Joseph Jims Christophe, conseiller du village de Cap-Malheureux, et des volontaires ont, en maintes occasions, attiré l’attention des autorités sur l’état dans lequel se trouve la Maison de pêcheurs, située à quelques mètres de la chapelle. La cour, complètement abandonnée, est envahie d’herbes folles, de vieux objets, de bouteilles vides en plastique, entre autres.

« C’était un endroit bien fréquenté avant le confinement. Beaucoup de touristes visitaient la chapelle. On a déjà attiré l’attention des autorités sur l’état de la Maison de pêcheurs, mais rien n’a été fait » déplore le conseiller Joseph Christophe. Il est devenu urgent, selon ce dernier, d’entretenir cet espace ou de le céder à une société coopérative de pêche ou un groupe de pêcheurs pour la vente de poissons. « On ne peut tolérer cette situation. C’est une honte. Avec l’été qui s’est déjà manifesté, cet endroit va être transformé en un nid de moustiques pour les résidents de cette localité. »

Outre la Maison des pêcheurs, le conseiller Christophe est préoccupé par d’autres problèmes qui affectent les habitants de cette région, et plus particulièrement les élèves qui doivent marcher sur une longue distance, sans trottoir, pour se rendre à l’école. « Je suis conseiller du village depuis 1995. Je ne me souviens plus de combien de fois les parents d’élèves ont fait part de leurs inquiétudes aux députés de la circonscription sur ce problème d’insécurité routière et le danger auquel nos enfants sont exposés pour aller ou après la sortie de l’école. Nous leur avions fait part de leurs doléances. De 1995 à 2020, soit depuis 25 ans, tien n’a été fait. Tandis que le “by-pass” de Cap-Malheureux, au coût de Rs 207 millions et dont les travaux avaient démarré en septembre 2018, a été déjà inauguré le jeudi 8 octobre par le Premier ministre Pravind Jugnauth. « Nous ne sommes pas contre le développement. Mais pourquoi les habitants des villages doivent tout le temps subir ? », se demande le conseiller Christophe. Il invite les députés à se rendre tôt chaque matin à côté de la chapelle pour constater de visu la vitesse à laquelle roulent les automobilistes.

Un autre danger, selon le conseiller, guette les chauffeurs d’autobus de Triolet Bus Service et les automobilistes dans la région : le pont d’Anse-La-Raie qui se situe à quelques mètres du cimetière de Cap-Malheureux. Les automobilistes doivent passer sur ce pont pour se rendre dans les régions avoisinantes ou lorsqu’ils doivent se rendre à Port-Louis. « Bann feray anba pon pe pouri. Bis ranpli ek pasaze vibre a sak fwa zot pass lor sa pon la. Mo pa swete me enn zour pou ariv enn gran katastrof si pa repar sa pon la opli vit », prévient le conseiller.

En ce qui concerne le lieu de crémation pour les habitants régions avoisinantes, Joseph Christophe n’est pas tendre envers les autorités. La route qui y mène n’est pas asphaltée. Ceux qui s’y rendent éprouvent beaucoup de difficultés pour marcher, surtout pendant la saison pluvieuse. Il n’y a aucun endroit pour garer les véhicules. « Cap-Malheureux est un endroit très négligé. Cette situation dure depuis belle lurette. On ne sait plus à quelle porte frapper », se désole le conseiller. Le village de Cap-Malheureux, comme d’autres endroits très fréquentés du pays, Flic-en-Flac, Roches-Noires, n’est pas épargné par l’érosion. Lors d’une visite, le conseiller indique les endroits où la plage « a ostensiblement reculé » et le mur d’enceinte de l’église qui se désagrège. « Les autorités doivent se rendre sur place pour dresser un état des lieux. Si possible, au plus vite », suggère-t-il.

Pour rappel, Louis Evan David, président de la coopérative de pêche de Grand-Gaube, avait fait une demande l’année dernière pour gérer la Maison de pêcheurs qui, selon lui, est restée fermée depuis longtemps. Il avait l’intention d’investir dans des équipements modernes pour vendre du poisson et fournir de la glace à ceux qui ont l’habitude de prendre la mer très tôt pour aller pêcher dans le lagon. « J’avais tout planifié pour aller de l’avant avec ce projet. J’ai rencontré beaucoup d’obstacles. »
Il garde l’espoir quand même de voir aboutir ce projet. « Mo pou kontinie fer demars », lâche-t-il.

Evan David, pêcheur et propriétaire d’un bateau, faisait partie de plusieurs comités, notamment de la Mauritius Fishermen Cooperative Federation (MFCF) où des discussions avaient eu lieu concernant la gestion de la Maison des pêcheurs de Cap-Malheureux. « J’avais fait part aux dirigeants de mon intention. Et j’avais même entrepris des démarches auprès d’une institution bancaire pour des emprunts. J’ai dû abandonner lorsque les responsables de la MFCF n’ont donné aucune suite à ma demande », regrette-t-il. « Mo pa konpran kifer zot pa ankouraz bann peser investi pou ki dan lavenir nou kapav dibout lor nou prop lipie. »

Le budget 2017-18 avait prévu des dotations pour la rénovation de trois maisons des pêcheurs, soit celles de Tamarin, Mahébourg et Cap-Malheureux. Le but : permettre aux pêcheurs de profiter de facilités appropriées pour stocker leurs prises. Une enveloppe de Rs 3 millions était prévue pour rentabiliser ce secteur.