Chris Turner, co-fondateur du groupe Kula : « Maurice a accepté d’accompagner une innovation dans un secteur encore en développement »

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La société d’investissement à impact Kula, qui a obtenu une approbation réglementaire de la Financial Services Commission (FSC) à Maurice pour l’émission de son jeton numérique, veut démontrer que la blockchain peut servir au financement de projets réels et au suivi de leur impact. Le co-fondateur du roupe Kula Chris Turner explique pourquoi Maurice a été choisi comme base réglementaire et comment ce modèle entend rapprocher investisseurs, entreprises et communautés locales.

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Vous êtes à Maurice depuis environ une année. Comment évaluez-vous cette période et vos progrès ?

Je trouve l’expérience à Maurice très intéressante. Lors d’une récente rencontre avec la FSC, une question a été posée : « Comment le monde nous voit-il ? »

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Je pense que Maurice est déjà reconnue dans le secteur des actifs numériques, notamment par les acteurs internationaux des services financiers. Mais il existe encore un travail à faire pour mieux faire connaître ce qui est réalisé dans ce domaine.

Avant d’arriver ici, nous avons passé près de trois ans à rechercher une juridiction capable d’accueillir notre modèle économique. Nous avons rencontré plusieurs régulateurs dans le monde, mais comme il s’agit d’un secteur nouveau, beaucoup ne savaient pas exactement comment nous encadrer.

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Nous avons commencé en Suisse, puis exploré d’autres juridictions. À chaque fois, la difficulté était similaire : notre modèle ne correspondait pas aux catégories réglementaires existantes.

Finalement, grâce à des contacts à Maurice, nous avons présenté notre projet à la FSC. Après plusieurs mois de discussions, la FSC a accepté de nous accorder un cadre réglementaire pour l’émission de notre jeton de gouvernance.

Pour nous, c’est une marque de confiance importante. Maurice a accepté d’accompagner une innovation dans un secteur encore en construction. Cela crée aussi une responsabilité : nous voulons contribuer positivement à l’écosystème mauricien.

Le pays possède une solide expérience dans les services financiers et un positionnement stratégique vers l’Afrique, qui représente également un marché important pour nous.

Il reste toutefois un travail de formation et de sensibilisation à mener, car les actifs numériques et la blockchain restent encore des concepts nouveaux pour beaucoup de personnes.

Pour beaucoup de personnes, les jetons numériques restent encore abstraits. De quoi s’agit-il exactement ?

C’est vrai que les actifs numériques restent difficiles à comprendre pour beaucoup de personnes. Il faut rappeler que ce secteur est encore jeune et qu’il a également souffert d’une mauvaise image à cause de certains scandales liés aux cryptomonnaies.

Mais notre approche est différente.

Nous ne sommes pas une entreprise de cryptomonnaie. Nous sommes une société d’investissement à impact qui utilise la technologie blockchain pour apporter davantage de transparence.

L’idée vient de mon expérience dans le développement international. Pendant des années, j’ai constaté que beaucoup d’argent était investi dans des projets censés améliorer les conditions de vie des communautés, mais qu’il existait souvent un manque de visibilité sur l’utilisation réelle des fonds et sur les résultats obtenus.

La blockchain apporte une réponse à ce problème. Elle fonctionne comme un registre sécurisé permettant de suivre les transactions, les décisions et les résultats.

Avec Kula, notre jeton numérique, les investisseurs peuvent participer au financement de projets réels. Les fonds collectés sont utilisés pour investir dans des entreprises et des initiatives à impact, notamment en Afrique et en Asie.

L’avantage est que les détenteurs du jeton peuvent suivre les projets financés, comprendre où va leur argent et participer à certains mécanismes de gouvernance.

Ils ne sont plus uniquement des investisseurs passifs : ils peuvent voir l’impact produit par leur investissement.

Quelle est la différence entre votre modèle et la cryptomonnaie traditionnelle ?

La différence fondamentale, c’est l’usage que nous faisons de la technologie.

La cryptomonnaie repose sur la blockchain, mais la blockchain ne se limite pas à la cryptomonnaie. C’est avant tout une technologie qui permet de sécuriser des informations, de suivre des transactions et de créer un système transparent sans dépendre uniquement d’un intermédiaire central.

Le Bitcoin, par exemple, a été conçu comme une monnaie numérique permettant des échanges entre personnes sans passer par une institution financière traditionnelle. Sa valeur repose notamment sur son système décentralisé et sur une quantité limitée : il n’existera jamais plus de 21 millions de bitcoins.

Notre approche est différente. Nous utilisons la blockchain comme un outil de gouvernance et de transparence. Le jeton Kula représente un mécanisme permettant aux investisseurs de participer à un modèle d’investissement basé sur des actifs réels.

Quand une personne investit dans Kula, son argent est utilisé pour financer des entreprises et des projets concrets. Elle peut ensuite suivre ce qui se passe : les investissements réalisés, les performances des projets et leur impact.

L’objectif n’est donc pas de créer un actif destiné uniquement à être acheté et revendu en fonction des fluctuations du marché. Nous voulons utiliser cette technologie pour rapprocher les investisseurs des projets qu’ils financent et leur donner davantage de visibilité.

Dans nos projets, nous voulons également donner une place aux communautés locales. Une partie de la gouvernance leur permet d’exprimer leurs besoins et de participer aux décisions qui concernent leur environnement.

C’est là que nous pensons que la blockchain peut changer les choses : elle permet de transformer de simples promesses en engagements vérifiables, car les informations et les décisions sont enregistrées de manière transparente.

Pourquoi avoir choisi Maurice comme juridiction ?

Nous avons étudié plusieurs juridictions avant de choisir Maurice. Dans beaucoup de pays, les régulateurs reconnaissaient l’intérêt de notre modèle, mais leurs cadres n’étaient pas encore adaptés.

Maurice a été capable de comprendre notre approche et de trouver un cadre permettant de l’encadrer correctement.

Après plusieurs mois d’échanges avec la FSC, nous avons obtenu une approbation réglementaire pour l’émission de notre jeton Kula.

Cette décision était importante car elle apporte de la crédibilité à notre modèle. Elle montre également que Maurice est ouvert à l’innovation dans le secteur financier.

Aujourd’hui, notre groupe est réglementé à Maurice pour cette activité. Nous avons également des structures internationales, mais Maurice reste notre base réglementaire.

Le fait d’être supervisés par un régulateur reconnu renforce la confiance auprès des investisseurs et des partenaires internationaux.

Les actifs numériques sont souvent associés au blanchiment d’argent. Quelles garanties existe-t-il ?

Il est vrai que le secteur des actifs numériques a été confronté à des préoccupations liées au blanchiment d’argent.

Mais notre modèle fonctionne dans un cadre réglementé. Nous devons respecter des règles strictes en matière de conformité, de contrôle des investisseurs et de suivi des transactions.

Notre jeton ne peut être proposé que sur des plateformes qui respectent également des exigences réglementaires.

La blockchain apporte un avantage important : la traçabilité. Les mouvements financiers peuvent être suivis et les activités suspectes peuvent être identifiées.

Les risques existent dans tous les secteurs financiers, traditionnels ou numériques. La différence est que cette technologie apporte un niveau supplémentaire de transparence.

Notre objectif est d’opérer avec les standards réglementaires les plus élevés.

Comment progresse votre entreprise aujourd’hui ?

Nous avons connu une évolution importante depuis notre lancement. La première phase a consisté à construire le modèle et à démontrer sa faisabilité.

Comme beaucoup de start-up, les fondateurs étaient impliqués dans de nombreux aspects de l’activité. Nous avons ensuite renforcé notre équipe avec des professionnels expérimentés afin de préparer une croissance durable.

Cette dernière année a été consacrée à la consolidation de nos structures et de notre gouvernance.

Nous avons aujourd’hui un portefeuille de projets en développement et environ 30 millions de dollars d’investissements à déployer cette année.

Nous avons également mis en place des structures réglementées en Europe pour accueillir des investisseurs institutionnels.

Notre ambition n’est pas une croissance rapide sans contrôle, mais une construction progressive sur le long terme.

Quels types de projets financez-vous ?

Nos projets se concentrent principalement en Afrique et en Asie.

En Zambie, nous travaillons notamment dans les secteurs de l’agriculture, de l’eau et de l’exploitation minière responsable. Au Kenya, nous sommes présents dans la mobilité électrique.

Nous avons commencé avec des investissements compris entre 1 et 4 millions de dollars.

Il existe dans le monde énormément d’entrepreneurs avec de très bons projets, mais qui ne correspondent pas aux critères des grands fonds d’investissement, lesquels recherchent souvent des opérations beaucoup plus importantes.

En même temps, ces projets sont parfois trop grands pour les banques locales.

C’est cet espace intermédiaire que nous voulons accompagner.

Nous sommes ouverts à différents secteurs, mais chaque projet fait l’objet d’une analyse approfondie afin d’évaluer sa viabilité économique, ses risques et son impact.

Comment mesurez-vous l’impact des projets financés ?

La transparence est au cœur de notre modèle.

Grâce à la blockchain, nous pouvons suivre les données financières mais aussi les indicateurs d’impact.

Dans notre projet de mobilité électrique au Kenya, par exemple, nous pouvons mesurer le nombre de kilomètres parcourus, l’énergie utilisée et la réduction des émissions de carbone.

Il ne s’agit pas simplement de rapports publiés plusieurs mois après les opérations. Nous voulons disposer de données accessibles et actualisées.

Cette transparence crée aussi une forme de responsabilité. Si un problème apparaît dans un projet, il devient beaucoup plus difficile de l’ignorer.

Les investisseurs peuvent poser des questions et demander des explications.

Notre objectif est de démontrer qu’il est possible de combiner rentabilité économique et impact positif.

Comment voyez-vous l’évolution de ce secteur dans les prochaines années, notamment à Maurice ?

Cette technologie ne va pas disparaître. Elle est appelée à prendre une place de plus en plus importante.

Je le constate notamment auprès des jeunes générations. Au Kenya, lorsque je formais des conducteurs de motos-taxis à l’utilisation des portefeuilles numériques, beaucoup connaissaient déjà ces outils.

Dans certains pays, cette adoption avance très rapidement.

Les gouvernements qui ne comprennent pas cette évolution risquent de manquer une opportunité.

Ils devront également réfléchir aux conséquences des nouvelles formes d’actifs numériques, notamment les stablecoins, qui permettent d’effectuer des transactions numériques avec une valeur liée à une monnaie traditionnelle.

Cela posera des questions importantes sur les systèmes monétaires, la fiscalité et la réglementation.

Les pays devront s’adapter rapidement.

Quels sont aujourd’hui les résultats concrets de vos projets et quelles sont vos perspectives ?

Nous sommes encore dans une phase de développement, mais les premiers résultats sont encourageants. Nous avons aujourd’hui plusieurs projets en Afrique et en Asie qui sont entrés dans une phase opérationnelle, notamment en Zambie et au Kenya.

Au Kenya, par exemple, nous travaillons dans la mobilité électrique avec des opérateurs de motos-taxis. Grâce à la technologie, nous pouvons mesurer différents indicateurs : le nombre de kilomètres parcourus, l’énergie utilisée, mais aussi l’impact environnemental généré, notamment la réduction des émissions de carbone.

L’objectif est d’avoir des données disponibles en temps réel plutôt que d’attendre uniquement des rapports annuels ou des évaluations réalisées plusieurs mois après.

Dans nos projets en Zambie, notamment dans les secteurs de l’agriculture, de l’eau et de l’exploitation minière, nous cherchons également à démontrer qu’un investissement peut être rentable tout en créant des bénéfices pour les communautés locales.

Notre modèle repose sur une idée simple : lorsqu’une entreprise se développe et crée de la valeur, cette valeur doit être partagée avec ceux qui participent au projet, y compris les investisseurs et les communautés concernées.

Pour l’avenir, nous voulons continuer à développer progressivement notre portefeuille de projets. Nous avons une vision de long terme : utiliser la technologie pour créer un modèle d’investissement plus transparent, plus responsable et plus proche des réalités du terrain.

Le plus important pour nous est de prouver qu’il est possible de combiner innovation financière, développement économique et impact positif.

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