Crise de l’eau : Une motion de blâme contre le Chairman de la RPUC

Une tempête institutionnelle s’annonce ce vendredi au sein de la Rodrigues Public Utilities Corporation (RPUC). Les directeurs rodriguais ont décidé de déposer une motion de blâme contre le Chairman de la RPUC, Claude Wong So, qu’ils tiennent en grande partie responsable de la crise de l’eau qui a plongé des milliers d’habitants dans l’angoisse ces derniers mois. Mais derrière cette motion, il y a une série d’événements, de décisions contestées et de tensions.

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Depuis plus d’une décennie, Rodrigues fait face à un problème chronique de pénurie d’eau. La faible pluviométrie, les sécheresses récurrentes, la démographie galopante, le développement du tourisme et les effets du changement climatique ont progressivement accentué la pression sur les ressources hydriques de l’île.

Face à cette situation, l’Assemblée régionale de Rodrigues avait multiplié les investissements dans les infrastructures hydrauliques. Plusieurs réservoirs ont été construits, des réseaux modernisés et, surtout, un vaste programme de dessalement de l’eau de mer a été lancé afin de réduire la dépendance des précipitations.

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La mise sur pied de la RPUC devait marquer une nouvelle étape dans cette transformation. L’organisme avait reçu la responsabilité de gérer les usines de dessalement, les stations de pompage, les réservoirs et le réseau de distribution avec l’ambition d’assurer une fourniture régulière et durable d’eau potable à la population.

L’espoir du dessalement

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L’arrivée des unités de dessalement à Pointe-Coton, Pointe-Vénus, Songes et Caverne Bouteille avait suscité beaucoup d’espoir. Pour la première fois, Rodrigues disposait d’une solution relativement indépendante des aléas climatiques.

Cependant, plusieurs spécialistes avaient déjà attiré l’attention sur un point crucial : ces installations sophistiquées nécessitaient une maintenance rigoureuse, un suivi technique permanent et surtout un stock stratégique de pièces de rechange.

Les pompes submersibles utilisées dans les forages marins figurent parmi les équipements les plus critiques du système. Leur remplacement peut nécessiter plusieurs mois d’attente en raison des procédures d’importation et de fabrication. Des sources proches du dossier affirment que des inquiétudes auraient été exprimées dès 2023 concernant l’absence de certaines pièces essentielles dans les stocks de la RPUC.

Des recommandations auraient été formulées afin de constituer des réserves suffisantes de pompes, de moteurs et d’autres équipements stratégiques pour faire face à toute panne imprévue. Mais ces avertissements n’auraient pas été suivis avec toute la rigueur nécessaire. Lorsque plusieurs pompes sont tombées en panne de manière successive, le système de dessalement a commencé à montrer ses limites. La production d’eau a chuté à un moment où la demande atteignait déjà des niveaux critiques.

Au cours des derniers mois, la situation s’est considérablement détériorée dans plusieurs régions, notamment dans l’Ouest de Rodrigues. Les habitants ont commencé à subir des coupures prolongées. Certains villages ont été privés d’eau pendant plusieurs jours. Les réservoirs domestiques se vidaient plus rapidement qu’ils ne pouvaient être remplis.

Les agriculteurs ont vu leurs plantations souffrir du manque d’eau. Les éleveurs ont dû faire face à des difficultés inédites pour abreuver leurs animaux. Plusieurs établissements touristiques ont également été contraints d’adapter leurs opérations afin de faire face aux restrictions. Rapidement, la colère de la population s’est transformée en frustration généralisée.

Critiques de plus en plus virulentes

Au fil des semaines, les reproches se sont multipliés contre la direction de la RPUC. Les directeurs rodriguais dénoncent aujourd’hui un manque d’anticipation, une mauvaise gestion des équipements stratégiques et une réaction jugée trop lente face à une situation qui devenait chaque jour plus préoccupante. Ils estiment que les avertissements concernant le stockage des pièces critiques n’ont pas été pris au sérieux alors que la vulnérabilité du système était connue depuis longtemps.

Plusieurs critiques visent également le manque de communication envers la population et l’absence d’une présence forte de la direction sur le terrain pendant les moments les plus difficiles de la crise.

Pour sa part, Claude Wong So a toujours soutenu que le problème de l’eau à Rodrigues ne date pas d’hier et qu’il s’agit avant tout d’un défi structurel auquel l’île est confrontée depuis plusieurs décennies.

Dans plusieurs interventions publiques, il a souligné que les effets du changement climatique, la sécheresse prolongée et les limites naturelles des ressources disponibles rendent la gestion de l’eau particulièrement complexe à Rodrigues.
Ses proches collaborateurs rappellent également que plusieurs projets d’extension des capacités de dessalement et d’amélioration du réseau étaient déjà en cours avant l’éclatement de la crise.

Selon des observateurs, la situation a commencé à s’améliorer avec la prise de fonction du nouveau manager de la RPUC. Une réorganisation des opérations, une meilleure gestion des stocks stratégiques et un suivi renforcé des infrastructures critiques auraient permis de réduire progressivement les perturbations. Cependant, pour les directeurs, ces améliorations ne suffisent pas à effacer les erreurs du passé.

Le débat de ce vendredi est considéré comme l’un des plus importants jamais organisé autour de la gestion de l’eau à Rodrigues. Au-delà du sort de Claude Wong So, la question de la gouvernance des services essentiels sera à l’ordre du jour.

Pour de nombreux Rodriguais, cette motion de blâme représente bien plus qu’un simple vote administratif. Elle symbolise l’exaspération d’une population qui a dû vivre des semaines de privation et qui réclame désormais des responsabilités clairement établies.

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