Dee Craft Enterprise Ltd est une petite entreprise locale située dans le nord du pays. Elle est spécialisée dans la fabrication de sacs en jute, classiques et personnalisés. La directrice de l’entreprise, Deepta Soodaye, 32 ans et habitante de Poudre-d’Or, aspirait à professionnaliser son métier et ouvrir un magasin où elle pourrait exposer et mettre en vente ses produits. Son rêve est en passe de se réaliser car son magasin ouvrira ses portes en janvier prochain. Rencontre.

Deepta est une jeune femme très ambitieuse et débrouillardise. Après l’école, elle a rejoint un secteur dominé par les hommes : la construction. « J’ai voulu tenter l’expérience mais je ne me suis pas adaptée. Par la suite, je ne parvenais pas à trouver un emploi qui me convenait en raison de manque de qualifications. Lasse de la situation, j’ai fini par choisir de devenir femme entrepreneure pour éviter le chômage », relate la jeune femme.
Deepta est une jeune femme très ambitieuse, déterminée à atteindre son objectif. Elle rêve de se faire un nom dans l’univers de l’entrepreneuriat et goûter au succès. Après avoir abandonné les études alors qu’elle était en Form V, elle a pris de l’emploi dans une entreprise offrant des services spéciaux dans le domaine de la construction. « Cette compagnie offrait des services en location des machines et appareils normalement utilisés dans la construction d’un bâtiment, notamment des pelleteuses, des tracteurs, entre autres. J’étais affectée dans le département du dépannage. J’ai consacré cinq ans de ma vie à cette entreprise mais au fil des années, travailler dans un domaine dominé par les hommes devenait de plus en plus difficile. Certains hommes me rendaient mal à l’aise. je devais aussi subir d’énormes pressions et travailler à des heures indues. Cela devenait difficile pour ma famille et moi. J’ai alors soumis ma lettre de démission », explique-t-elle.
Après cette première expérience professionnelle, qui ne l’a point impressionnée, la jeune femme ne voulait plus entendre parler de travailler pour le compte d’une entreprise.

Inspirée par des femmes entrepreneures, elle décide d’ouvrir sa propre entreprise et travailler à son propre compte, sauf qu’elle n’avait aucune notion dans l’entrepreneuriat. « J’ai mené une étude sur le marché et après plusieurs recherches et réflexions, j’ai fini par opter pour la fabrication de sacs. À cette même époque, le gouvernement avait annoncé l’interdiction d’utiliser les sacs en plastique. Donc, pour moi, c’était l’occasion en or de proposer une alternative aux Mauriciens, dans le respect de l’environnement, notamment en fabriquant des “shopping bags”. De plus, il fallait que les sacs que je fabrique répondent aux normes de l’écologie et de la durabilité. C’est ainsi que j’ai décidé de confectionner des sacs en jute », dit-elle.

La prochaine étape pour Deepta était d’acquérir les connaissances nécessaires et maîtriser les techniques de fabrication des sacs en jute. Pour cela, elle s’est basée sur des recherches sur Internet. Au départ, Deepta pensait faire seulement des sacs en jute classiques, pour les achats. Mais, à l’issue de ses recherches, elle a constaté qu’elle peut proposer une grande variété de sacs, à savoir des pochettes, des porte-monnaie, des sacs pour bouteilles, des valises, des trousses pour maquillage, plumiers, entre autres. Connaissances acquises, Deepta doit maintenant penser aux équipements dont elle aura besoin pour la réalisation de son projet. « J’ai choisi de devenir entrepreneuse, j’ai décidé de fabriquer des sacs mais je ne savais pas coudre. J’ai acheté une machine à coudre et j’ai commencé à pratiquer. J’ai tout appris sur le tas. Je regardais des vidéos sur YouTube pour apprendre à coudre. Dans un premier temps, je fabriquais des sacs avec des défauts mais petit à petit, j’ai maîtrisé les techniques et je suis parvenue à faire des sacs parfaits », relate-t-elle.

Premier pari réussi, la jeune femme se lance dans un deuxième. Les sacs en toile de jute classiques n’allaient pas attirer autant de clients. Il fallait innover. « Il fallait venir avec des idées innovatrices, notamment embellir les sacs pour qu’ils attirent plus de clients, les jeunes comme les plus âgés. J’ai alors commencé à broder des logos et des dessins sur les sacs. Je faisais aussi de la peinture sur les sacs. J’ai réussi même si je n’ai jamais bénéficié d’une formation en couture ni en peinture. Puis, je me suis lancée dans la fabrication de sacs personnalisés, pour le compte des entreprises qui les offraient en guise de présent à leurs employés », dit-elle.

La petite entreprise Dee Craft Enterprise Ltd voit ainsi le jour. Deepta devient femme entrepreneure à plein-temps, et consacre son temps à fabriquer des sacs en toile de jute. Dans un premier temps, elle a pu conquérir le marché local, notamment des clients particuliers et des entreprises. Mais la tendance est passée au ralenti après une certaine époque car des sacs en toile de jute ne se vendent pas tout au long de l’année. « Je dépendais beaucoup des commandes que je recevais. Mais les revenus n’étaient pas réguliers. Je devais trouver autre chose en parallèle », confie Deepta. Par la même occasion, la jeune entrepreneuse avait reçu la visite d’un officier de ce qui était alors connu comme la Small and Medium Enterprise Development Authority (SMEDA). « Il m’a posé plusieurs questions sur les produits que je fabriquais et m’a demandé si les recettes étaient régulières. Je lui ai confié que j’arrivais difficilement à joindre les deux bouts et il m’a conseillé de m’inscrire à la SMEDA. »

Devenue membre de la SMEDA, elle a bénéficié de plusieurs formations, notamment en artisanat, joaillerie et fabrication de chaussures. Finalement, elle décide de se perfectionner dans la fabrication des chaussures et savates. Elle rejoint l’équipe des femmes entrepreneures en formation à Port-Louis. « J’ai commencé à découvrir le métier de fabrication de chaussures dont je suis vite tombée amoureuse. J’ai suivi la formation jusqu’à la fin et j’ai décidé de fabriquer des chaussures en parallèle avec les sacs en toile de jute. Toutefois, j’ai voulu proposer une collection unique en utilisant la toile de jute pour fabriquer les chaussures. À ma grande surprise, les chaussures en jute sont très prisées chez les jeunes », dit-elle.

Outre le jute, Deepta utilise également le semi-cuir comme matières premières. Après des années de persévérance, Deepta a fini par se faire un nom dans l’univers de l’entrepreneuriat. « J’ai réussi à répondre au défi grâce aux deux produits que je fabrique. Aujourd’hui, mes produits sont très prisés parmi les jeunes et les plus âgés. Je suis contente et satisfaite de mon accomplissement », dit-elle. Pour l’avenir, Deepta aspire à agrandir son entreprise pour la transformer en moyenne entreprise. « Je veux devenir un chef d’entreprise et pourquoi pas ouvrir une usine et employer des gens. Mon parcours n’a pas été facile mais je ne regrette pas d’être devenue femme entrepreneure. Désormais, je vais persévérer en vue de réaliser mes rêves », confie-t-elle.