– Rajni Lallah : « Toutes les initiatives sous d’anciens gouvernements ont échoué ; entre-temps, les gens continuent à être malades »
Le ministre des Terres et du Logement, Shakeel Mohamed, a annoncé, à l’Assemblée nationale, mardi, un projet de désamiantage des maisons ex-CHA. Lalit accompagne les résidents de ces maisons depuis de nombreuses années et a émis plusieurs requêtes aux gouvernements successifs pour éliminer « ces maisons toxiques ». En dépit des déclarations d’intention, cela ne s’est jamais concrétisé. Rajni Lallah, porte-parole de Lalit, souhaite que cette fois-ci, le gouvernement tienne parole.
Dans son intervention, Shakeel Mohamed a reconnu la complexité du problème. D’abord, l’absence de statistiques fiables. Il a reconnu que les propres registres de l’État ne sont pas cohérents. Ils mentionnent « 3 013 ou 3 113 » unités et le nombre contenant encore de l’amiante est estimé à « 1 453 ou 1 560 ». Depuis 2015, « 218 ou 228 » maisons ont été démantelées. Encore que ces chiffres ne datent pas d’aujourd’hui. Le ministre a indiqué que Statistics Mauritius mène actuellement une enquête sur le terrain.
Pour Rajni Lallah, cette démarche de Shakeel Mohamed est positive. Elle relève toutefois que ce n’est pas la première fois qu’un gouvernement prend ce genre d’initiative. « C’est bien que Shakeel Mohamed ait fait une déclaration en toute transparence. Je note toutefois qu’il n’y a aucun engagement de sa part. Il attend toujours l’approbation du ministère des Finances et du Conseil des ministres, ainsi que l’avis juridique de l’Attorney General. Si ces conditions ne sont pas réunies, cela risque d’être une nouvelle déclaration d’intention, sans plus », fait-elle comprendre.
Elle a souligné qu’à l’installation de l’actuel gouvernement, Lalit et des représentants des maisons ex-CHA avaient eu une réunion de travail avec la ministre déléguée à l’Environnement d’alors, Joanna Bérenger. Le conseil des ministres du 10 avril dernier a décidé de nommer un comité interministériel, présidé par Shakeel Mohamed. Suite à quoi, Lalit lui a adressé une nouvelle correspondance, suivant celle de l’année dernière. « En 2025, il ne nous avait pas répondu, mais cette fois-ci il a signifié son intention de nous rencontrer. J’espère que cela se fera avant le budget », indique-t-elle.
Rajni Lallah a précisé également que plusieurs rapports cités par le ministre lors de son intervention à l’Assemblée figuraient parmi les documents que Lalit lui avait transmis, le 30 avril dernier. Soit l’évaluation Addisson (2001/02), le National Action Plan (2002), le rapport du Dr Sibartie (2006), le National OSH Profile (2009), la Commission Vérité et Justice (2011), un communiqué de 2015 et le rapport de l’Ombudsperson for Children (2017/18).
Tous ces rapports ont mis en avant le danger que représente la présence de l’amiante au préjudice des occupants de ces maisons. Le ministre Shakeel Mohamed a mis l’accent sur le fait que le désamiantage est une « urgence nationale ». Il a avancé que l’amiante résiduel est connu pour provoquer le cancer du poumon. Lalit a toujours insisté sur la responsabilité de l’État dans cette affaire, car les maisons avaient été construites par le gouvernement, suite aux cyclones Alix et Carol, au début des années 60. D’où les demandes successives pour un plan de désamiantage approprié.
Selon Rajni Lallah, la santé des habitants a toujours été au centre de toutes les requêtes. « Il est malheureux de dire que ceux qui vivent encore dans ces maisons toxiques sont les plus démunis. Car ceux qui ont eu les moyens, au fil des années, ont reconstruit leurs maisons par eux-mêmes. Ceux qui n’ont pas les moyens sont toujours en train de subir la situation. Nous avons toujours dit aux gouvernements successifs que la santé des habitants est prioritaire. Ils ont été exposés depuis très longtemps », fait-elle valoir.
La porte-parole de Lalit dit avoir également noté, avec satisfaction, que le ministre Shakeel Mohamed a pris conscience du problème « lakaz zeritie ». En effet, plusieurs de ces maisons autrefois attribuées aux parents sont aujourd’hui occupées par leurs enfants et leurs familles. Ce qui pose problème sur le plan légal, lorsqu’il y a des démarches à entreprendre.
Rajni Lallah note que le bureau de l’Attorney General se penche sur la question et souhaite qu’elle ne constitue pas un obstacle dans la mise en œuvre du projet. « Il y a déjà Rs 800 millions qui avaient été votées en 2022. Malheureusement, ceux qui ont reconstruit n’ont eu que l’argent pour la dalle. Le gouvernement d’alors avait promis de payer une location pour la famille pendant les travaux et d’aider à la reconstruction. Mais cela n’a pas été le cas. »
Cet argent, a-t-elle ajouté, peut être utilisé pour débuter les travaux, une fois que l’exercice des statistiques sera complété. « Nous pouvons commencer par les maisons où il y a des personnes âgées et des enfants, mais aussi là où il y a moins de contraintes légales. Car plus on retarde ce projet, plus les personnes sont en train d’être malades », dit-elle.
Dans son Statement, Shakeel Mohamed avait parlé d’un mécanisme volontaire d’échange, de terrain contre logement, soit que le gouvernement donnera « un logement social sain » aux familles concernées, en échange de leurs terrains, abritant les maisons toxiques. Rajni Lallah estime que cette option est valable, mais souhaite que ceux qui préféreront garder leurs terrains, soient aidés dans la reconstruction de leurs maisons.
Le ministre a évoqué deux options financières actuellement à l’étude, soit, un crédit à travers la Mauritius Housing Company ou une subvention directe par ménage. Les unités de remplacement seraient standardisées à environ 49 mètres carrés, avec une allocation mensuelle de loyer, pendant un cycle ciblé de remplacement de neuf mois. Le coût indicatif de reconstruction est estimé entre Rs 2,5 millions et Rs 3 millions, par unité.
Rajni Lallah revient sur l’urgence de la situation et la nécessité de maintenir le projet jusqu’au bout cette fois-ci. « Autrement, à chaque fois qu’un nouveau ministre arrive, il faut tout recommencer de zéro », constate-t-elle.

