Divali — Quand la lumière rassemble les Mauriciens

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Des maisons illuminées aux gâteaux traditionnels partagés entre voisins, en passant par une Messe de la Lumière célébrée en présence de représentants de différentes confessions, Divali rappelle que la lumière ne connaît pas de frontières. Si cette fête puise ses racines dans la tradition hindoue, son message de victoire du bien sur le mal, d’amour, de paix et de partage trouve un écho bien au-delà de ceux qui la célèbrent. À Maurice, où les cultures et les religions se côtoient, elle est aussi une invitation à faire entrer la lumière dans tous les foyers et à cultiver ce qui unit les Mauriciens. Surtout après les moments sombres que le pays a récemment connus…

En ce jour, des milliers de Mauriciens célébreront Divali dans la tradition et la convivialité. Comme chaque année, les préparatifs battent leur plein dans les maisons, les commerces et les confiseries. Les diyas, ces petites lampes en argile, seront allumés devant les habitations, tandis que les façades se pareront de guirlandes lumineuses. Mais Divali ne serait pas tout à fait Divali sans ses incontournables gâteaux, généreusement partagés avec la famille, les amis et les voisins.

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À Maurice, cette fête de la lumière a progressivement dépassé le cadre de sa célébration religieuse pour devenir un rendez-vous auquel de nombreux Mauriciens, toutes confessions confondues, ont fini par s’attacher. Une occasion de se retrouver, de faire plaisir, de partager et de faire labous dou. Un moyen aussi d’honorer la culture et les traditions de nos concitoyens, ces voisins, ces collègues souvent discrets, mais qui en ce jour de  Divali sillonneront le voisinage avec leurs petites boîtes de friandises pour apporter un peu plus de lumière.

En effet, que serait Divali sans gâteaux ? Depuis plusieurs jours, les confiseries mauriciennes tournent à plein régime, dont l’incontournable Bombay Sweets. Le mois d’octobre représente chaque année une période particulièrement intense pour les confiseries spécialisées dans les gâteaux indiens. Et le personnel s’active sans relâche. Les plateaux de ladoo, de mawa samousa ou encore de barfi et de gato dile passent d’une main à l’autre. Une véritable effervescence, tant visuelle qu’olfactive et gustative.

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Des douceurs qui racontent une tradition

Côté prix, cette année encore l’on peut compter, avec une moyenne de Rs 15 par gâteau et environ cinq pièces par boîte, au minimum Rs 75 pour un assortiment. Le montant peut toutefois rapidement grimper selon la taille et la variété des gâteaux choisis. Les habitudes de consommation évoluent également. Si les douceurs traditionnelles restent incontournables, la demande pour des produits moins sucrés et des alternatives plus saines se fait davantage sentir. Depuis quelque temps, des gâteaux aux sucrants naturels, à base notamment de noix ou de dattes, ou le miel en remplacement au sucre sont privilégiés. Tandis que des préparations vegan et sans gluten, élaborées à partir de noix et de lait d’origine végétale, trouvent désormais leur place dans les assortiments.

Pour Sunita, une habitante du Sud, Divali reste avant tout une affaire de traditions familiales. « Je prépare traditionnellement mes gâteaux dont les rasgulla, gato patat et ladoo. Pour le reste, je les achète, car c’est trop compliqué à faire », raconte-t-elle avec le sourire. La septuagénaire se souvient aussi d’une époque où les moyens financiers étaient plus modestes, mais où le partage occupait déjà une place centrale. « Mes parents n’avaient pas de budget pour les gâteaux, mais nous préparions de petits gâteaux simples, comme les roth à base de farine et de lait. Tout le voisinage était content de partager ce moment. Nous n’avions pas beaucoup d’argent comme maintenant, mais nous savions comment vivre avec notre prochain dans le respect. »

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Par ailleurs, selon la tradition indienne, la lumière des diyas guide la déesse Lakshmi, associée à la richesse, à la prospérité et au bonheur, vers les maisons. Les habitations sont ainsi nettoyées et illuminées pour accueillir sa présence et ses bénédictions. Malgré le manque d’eau dans beaucoup de foyers, le ménage a pu se faire dans la retenue. « Pa finn lav lakaz ar gro dilo sa lane-la », nous confie pour sa part Barathi. Pour ce qui est des installations électriques, comme pour chaque année, la prudence reste de mise. Il est d’ailleurs recommandé d’éviter les branchements improvisés, de faire appel à un technicien qualifié et de tenir les enfants et les animaux à l’écart des installations.

Une lumière qui dépasse les frontières religieuses

Cette volonté d’apporter de la lumière dans les foyers mauriciens, nous l’avons vue dans la célébration organisée vendredi matin à l’église Sainte-Thérèse d’Avila, à Curepipe. En collaboration avec la Central Division of Police, la Messe de la Lumière a réuni les membres de la force policière, de nombreux fidèles de différentes confessions religieuses ainsi que plusieurs personnalités politiques et diplomatiques. Une célébration qui a ému plus d’un. Car au-delà du caractère symbolique de cette célébration, cette rencontre a illustré une dimension essentielle du mauricianisme, soit la capacité à se retrouver autour de valeurs communes, indépendamment des appartenances religieuses.

La lumière de Divali, célébrée par les Mauriciens de foi hindoue, a ainsi été accueillie dans un esprit de fraternité et de respect mutuel. Pendant la célébration, une prière en hindi a été dite, mettant en exergue la beauté du pluriculturalisme et du plurilinguisme de la société mauricienne. C’est le curé de la paroisse, le père Pierre Piat, qui a célébré la messe et prononcé l’homélie, accompagné du vicaire, le père Landry. Le DCP Mohunlall Madhow l’avait sollicité quelques jours auparavant pour organiser cette célébration avec la communauté. La talentueuse chorale de la police a, quant à elle, apporté une dimension musicale à la cérémonie, tandis que plusieurs policiers ont contribué à son organisation.

L’un des moments forts a été la distribution de lumignons aux paroissiens et aux personnes présentes. Au moment de leur allumage devant l’autel, les fidèles ont, à leur tour, élevé leurs lampes. Toute l’église s’est illuminée pour célébrer la victoire du bien sur le mal. Dans son homélie, le père Pierre Piat a rappelé la signification de Divali. « Le mot vient du sanskrit Deepavali. C’est une grande fête des Lumières de la tradition hindoue. Elle symbolise la victoire de la lumière sur l’obscurité, du bien sur le mal, et de la connaissance sur l’ignorance », a-t-il expliqué.

Évoquant les récits associés à cette fête, notamment le retour de Rama à Ayodhya après plusieurs années d’exil et sa victoire sur le démon Ravana, ainsi que la victoire de Krishna dans le sud de l’Inde, il a rappelé la tradition consistant à inviter Dieu à entrer dans les maisons nettoyées et illuminées. Pour le prêtre, cette symbolique rejoint également la foi chrétienne. La lumière reçue de Dieu doit devenir une lumière offerte aux autres. « Quand on reçoit la lumière de Dieu, on devient aussi lumière pour nos frères, et par l’amour on est capable d’apporter la lumière dans le cœur des autres », a-t-il déclaré.

Mais cette lumière ne peut se limiter à un symbole ou à une célébration ponctuelle. Elle doit se traduire par des actes concrets, notamment envers les plus vulnérables. S’appuyant sur les enseignements du pape, le père Pierre Piat a invité les fidèles à ne pas fermer les yeux sur les difficultés sociales. « On ne peut pas vivre dans la société les yeux fermés sur le cri des pauvres », a-t-il insisté, évoquant les injustices, les discriminations et la précarité. La compassion, a-t-il rappelé, consiste à « accepter de souffrir avec celui qui souffre ».

La messe de la Lumière avec la Police

Une partie de son intervention a également été consacrée aux personnes sans-abri, particulièrement celles qui vivent dans les rues de Curepipe. À la suite d’une interpellation du vice-président de la République, trois mois auparavant, la paroisse avait décidé de se mobiliser. Un petit groupe de fidèles est allé à la rencontre de ces personnes et en a recensé entre 30 et 40, voire davantage.

Depuis plusieurs semaines, des bénévoles organisent des repas à proximité de la gare. Au-delà de l’aide alimentaire, ces rencontres ont progressivement permis de tisser des liens avec les bénéficiaires. « Ce qui touche beaucoup dedans, c’est que petit à petit, il y a comme une amitié qui s’est créée », a raconté le père Pierre Piat. Certaines personnes sont désormais connues par leur prénom et participent elles-mêmes à l’installation des tables et à la préparation de ces moments de partage. La paroisse souhaite aujourd’hui aller plus loin en envisageant la création d’un abri de nuit à Curepipe, sur le modèle des initiatives de Caritas à Port-Louis et à Saint-Jean. Une demande a été adressée à la municipalité pour obtenir un terrain, et la communauté attend désormais une réponse.

Il a également insisté sur l’importance de réintégrer les personnes marginalisées au sein de la communauté. « Investir pour soulager la pauvreté, investir pour aller à la rencontre des gens blessés qui sont séparés du reste, c’est une occasion pour les réunir, pour les faire se retrouver et prendre leur place à nouveau au cœur de la communauté. » Avant d’ajouter cette conviction : « Le risque de l’amour entraîne toujours un élan de générosité. » S’adressant aux membres de la force policière présents, le père Pierre Piat a salué leur mission de proximité auprès de la population, leur rôle dans le respect des lois et leur contribution.

En ce jour sacré, Week-End souhaite une joyeuse fête de Divali aux Mauriciens qui célébreront, avec une pensée spéciale pour ceux et celles, qui pour une raison ou autre, ne célébreront pas. Happy Divali !

Kovillina Durbarry

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