Le thème choisi par les Nations unies pour célébrer le 26 juin 2021 la Journée mondiale contre l’abus et le trafic des drogues dans le monde : “En parler, c’est sauver des vies !” A Maurice, la situation a dégénéré ces dernières années. Les travailleurs sociaux en témoignent régulièrement : « Alors que dans les années 70 et 80 trônait l’opium, principale substance illicite, nous nous retrouvons en 2021 avec une palette inimaginable de stupéfiants, allant du Brown Sugar à la coke (cocaïne) en passant par la méthamphétamine et le LSD. Sans oublier quelques produits médicaux, comme le Subutex dont l’usage a été perverti. »

Le constat est grave et sans équivoque : des milliers de Mauriciens, jeunes et adultes, filles comme garçons, consomment au quotidien des produits illicites. Cela peut être du Brown Sugar, dérivé de l’héroïne, qui fait toujours des ravages sur plusieurs générations de Mauriciens, tout comme de la cocaïne. « La coke a tout récemment fait son apparition sur le marché », soutient Danny Philippe, travailleur social de l’Ong DRIP (Développement rassemblement information et prévention). C’est un produit qui, de tout temps, concerne un public très sélect et une clientèle de choix.

« Dans notre jargon, on dit toujours que le Brown est la drogue des pauvres, et la coke celle des riches. » Or, ces dernières années, soutient M. Philippe, la donne a changé. « Autant en matière de consommation que de trafic. Vendre de la drogue est une activité ultra-lucrative qui comporte ses risques. Mais qui permet à un grand nombre de personnes, jeunes et moins jeunes, de mener un train de vie conjugué avec le luxe et le Show Off. Les signes sont d’ailleurs très visibles : on voit des personnes que l’on connaît, d’origine modeste, qui changent de voiture, de maison… Leur train de vie change d’un extrême à un autre en très peu de temps. »

Raison de plus, s’appesantit le travailleur social, pour en parler, pour évoquer le sujet aussi souvent que possible, et avec le plus grand nombre de personnes. « Parce que l’ignorance, le manque d’informations est à la base des confusions et des attitudes qui mènent souvent les uns et les autres à leur propre perte. » Dany Philippe explique que si la plupart des jeunes deviennent accros aux produits, dont surtout, depuis 2013, les nouvelles drogues synthétiques, c’est par curiosité, parce qu’ils sont en quête de sensations nouvelles et d’expériences inédites.

« Ce qu’ils ne savent pas, ce sont les effets indésirables, comme les “bad trips”, les répercussions des hallucinogènes et d’autres “side effects” qui poussent les uns à une violence inimaginable, par exemple. » Il cite, à cet effet, des exemples de Mauriciens qui se sont montrés violents avec leurs proches, mère ou père, souvent avec des issues fatales. « La presse locale a relayé plusieurs de ces cas. » Donc, « parler de ces produits, mais aussi de leurs effets sur le corps et prévenir, demeure l’arme primordiale dans ce combat ».

Inévitablement, soutient M. Philippe, la répression est l’élément phare de tout gouvernement. « Mais depuis plusieurs années, on l’a vu, des gouvernements du monde entier ont admis que la “war on drugs” a échoué. Mais, cependant, il ne s’agit pas de s’arrêter là, et de se croiser les bras ! Non. Tirons plutôt des leçons de ces expériences, et avançons ! » Parce que, continue-t-il, en restant sur ce statu quo, nous sommes en train de remplir nos prisons de consommateurs. « Ça ne règle en rien le problème. »
Toutefois, le cœur du trafic prend souvent naissance dans les quartiers défavorisés. « Il s’agit, quand on prône en 2021 la nouvelle War on Drugs, de commencer par l’éducation, l’accompagnement et l’encadrement de ces personnes vulnérables. Si on éduque ces personnes et on leur donne l’accès à des boulots, qu’elles fassent partie de la population productive du pays, on diminuera considérablement la frange qui se laissera piéger tant par la consommation que le trafic. »
Le travailleur social conclut : « Les politiques doivent réaliser que les premières victimes de drogue sont les consommateurs, eux-mêmes. Leurs proches, familles et parents. Si au lieu d’attribuer ces énormes budgets à la seule répression, l’état injectait une belle part dans le traitement, la réhabilitation, mais aussi des projets sociaux, les résultats seraient plus probants ! »

 

Combattre la désinformation

Le thème de la Journée internationale contre l’abus et le trafic de drogues 2021 vise à combattre la désinformation et à promouvoir le partage des faits sur les drogues, les risques pour la santé et les solutions pour s’attaquer au problème mondial de la drogue et favoriser la prévention, le traitement et les soins fondés sur des preuves.
La campagne met en lumière des statistiques et des données clés tirées du Rapport mondial sur les drogues, publié chaque année par l’ONUDC. Elle fournit ainsi des faits et des solutions pratiques au problème mondial actuel de la drogue afin de parvenir à une vision de la santé pour tous, fondée sur la science.

La pandémie de COVID-19 a permis une sensibilisation sans précédent du public à la santé, aux mesures de protection pour rester en bonne santé et surtout à la protection des autres. Un sentiment croissant de communauté et de solidarité mondiales continue d’émerger, tout comme la nécessité de garantir des soins de santé pour tous.

Cette Journée mondiale est l’occasion de partager les résultats des recherches, des données factuelles et des faits qui sauvent des vies afin de continuer à puiser dans un esprit de solidarité partagé. La campagne invite chacun à jouer un rôle, en prenant fermement position contre la désinformation et les sources non fiables tout en s’engageant à ne partager que les véritables données scientifiques sur les drogues et à sauver des vies.