Le ministre Gungapersad : « Changer l’appellation des écoles ZEP pour moins de stigmatisation »
Le ministre de l’Éducation, Mahend Gungapersad, a rencontré hier après-midi les Head Masters des 28 écoles ZEP, ainsi qu’une représentante de Caritas, dans le cadre d’un état des lieux approfondi du fonctionnement de ces établissements. Cette rencontre s’inscrivait dans une démarche de dialogue et d’accompagnement, visant à identifier les difficultés du terrain tout en valorisant les efforts accomplis. Il a aussi profité de l’occasion pour commenter la situation au niveau des écoles SEN, des résultats du School Certificate (SC) et d’Agaléga.
D’emblée, le ministre a salué le travail réalisé par les équipes éducatives des écoles ZEP. « Je remercie personnellement et félicite ces headmasters pour leur bon travail. Certaines de ces écoles ont bien travaillé et la performance des enfants est satisfaisante. Pour les autres, nous continuons à les motiver afin qu’ils puissent donner le meilleur d’eux-mêmes », a-t-il déclaré. Un tour d’horizon a ainsi permis de faire ressortir les principales requêtes des écoles et d’examiner les formes d’accompagnement possibles de la part du ministère.
Mahend Gungapersad a fait ressortir que dans le cadre du Blueprint de l’Éducation, qui fait l’objet d’un Resit décidé par le conseil des ministres, la question de l’appellation même des écoles ZEP a été abordée. « Nous avons vu comment changer le mot ZEP et nous leur avons demandé des suggestions pour trouver ensemble un autre nom afin de ne pas stigmatiser les enfants, les enseignants et tous ceux qui travaillent dans ces écoles », a-t-il expliqué. Les discussions ont également porté sur les problèmes quotidiens rencontrés sur le terrain, ainsi que sur le ZEP Meal, avec l’objectif clair de « voir comment cela va se passer dans les écoles et comment donner aux enfants le meilleur ».
Certains problèmes spécifiques ont été soulevés et consignés. « Le comité technique du ministère a pris bonne note de ces éléments et, dans les jours à venir, nous verrons comment y répondre », a assuré le ministre. La mise en place prochaine d’un Academic Monitoring Committee a également été annoncée. Cette structure aura pour mission de faire le monitoring du volet pédagogique et académique dans ces écoles et de voir comment revamp teaching and learning».
SC : appel au recul et à l’analyse
Le ministre est aussi revenu sur le cas d’une école SEN récemment au centre de l’actualité. Une rencontre a eu lieu avec les syndicats et les représentants du SENA, hier matin. « Nous avons dit que n’importe quelle école doit respecter les Workers’ Rights et traiter tout travailleur dans la dignité », a-t-il affirmé, ajoutant qu’une solution devrait être trouvée prochainement dans un esprit de concertation.
Abordant les résultats du School Certificate (SC), Mahend Gungapersad a appelé à la prudence. « C’est bien de voir toute cette passion autour des analyses, mais je trouve qu’il ne faut pas faire de commentaires hâtifs. Même l’ex-ministre de l’Éducation a émis des commentaires, mais nous ne devons pas politiser cela », a-t-il dit. Pour lui, il est essentiel de replacer les chiffres dans leur contexte. « Dans les jours à venir, nous verrons les chiffres. J’ai demandé à nos techniciens d’analyser les données de 2022 à 2025. Il y a des trends établis: ce n’est pas du jour au lendemain que le taux de réussite a baissé », poursuit le ministre.
Il a posé la question de fond: « Est-ce que le Nine-Year Schooling a fonctionné ? Ce sont les produits de ce système censés améliorer les résultats, mais que voit-on à la fin ? » Refusant toute logique de Blame Game, il a souligné que « ce qui nous importe, c’est le bien-être des enfants ». D’où la nécessité d’identifier rapidement les mesures à prendre pour les nouvelles cohortes. À cet effet, des Chief Examiners de plusieurs matières seront prochainement appelés à travailler avec les techniciens du ministère afin d’identifier précisément les problèmes. « Nous ne voulons rien faire en isolation. C’est un ensemble, un parcours », a-t-il précisé, évoquant également les commentaires sur l’indulgence du NCE ou la notation du PSAC.
Approche globale de l’apprentissage
Le ministre de l’Éducation a, par ailleurs, indiqué que « la manière d’apprendre de nos enfants a changé » et que leur capacité de concentration n’est plus la même, malgré l’accès à de nombreuses facilités. Un constat partagé avec de nombreux pédagogues et éducateurs. « Pourquoi n’apprennent-ils pas? Pourquoi ne pas chercher des solutions avec les enfants, les responsabiliser et les sensibiliser? », s’est-il interrogé. Il s’est aussi appesanti sur le rôle des parents et l’impact des réseaux sociaux, difficilement contrôlables en dehors de l’école.
Pour Mahend Gungapersad, le suivi académique doit commencer tôt. « Il faut voir l’Academic Monitoring des enfants non pas en Form V, mais à bas âge », a-t-il martelé. Il a également dit avoir soulevé, lors d’une visite à Cambridge l’an dernier, la nécessité d’aligner le curriculum du Lower Secondary (Grades 7, 8 et 9) avec la pédagogie de Cambridge, un alignement qui n’a pas encore été réalisé. « Beaucoup pensent que le niveau entre Grades 7 et 9 est trop bas et ne prépare pas correctement les enfants aux examens de Cambridge », trouve-t-il.
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Les 3 Credits et l’approche « humaine »
Parmi les autres facteurs évoqués figure le système de notation. « Avec un grading system de 75 à 100, beaucoup d’enfants passent leurs examens sans connaître réellement leur potentiel », a-t-il mis en avant, appelant à une analyse globale plutôt qu’à des accusations hâtives. Au sujet de la polémique autour des élèves n’ayant pas obtenu trois Credits au SC — soit plus de 40 % —, il a tenu à clarifier sa position. Il a évoqué qu’auparavant de nombreux élèves sans cinq Credits ne montaient pas en Lower VI, laissant des collèges quasiment vides. « Il y a eu des élèves qui ont commis l’irréparable. Je suis allé à quatre enterrements. Ce sont des tragédies humaines », ajoute-t-il.
Pour lui, permettre aux élèves ayant trois Credits de poursuivre leur parcours relève d’une décision « humaine » et non pas « politique ». « Si nous n’avions pas pris cette mesure, combien d’enfants seraient restés sur le pavé? » Son message aux élèves concernés est clair : « faites ce qu’il faut pour avancer, car vous avez une carrière devant vous. Les enfants qui ont du potentiel, nous devons les récupérer dans la mesure du possible. »
Enfin, le ministre est revenu sur les résultats à Agaléga, après avoir rencontré les élèves concernés l’an dernier. « Ils m’ont parlé de problèmes de Subject Combinations. Est-ce qu’ils ont eu des difficultés au niveau de leur préparation ? Il faut revoir tout cela selon les aptitudes des enfants. Je suis le dernier à vouloir les stigmatiser. »

