Le juge Lutchmyparsad Aujayeb, siégeant en Cour d’assises, a entendu les soumissions des avocates impliquées dans l’affaire Kusraj Lutchigadoo, mardi. Cette affaire, qui était en attente d’un jugement, avait été rouverte pour entendre deux nouveaux témoins dans cette affaire. Toutefois, dans son intervention en Cour, Me Bhavna Bhagwan, la représentante du Directeur des Poursuites Publiques (DPP), a remis en question la crédibilité des témoins Rajiah et Reddi.
Kusraj Lutchigadoo répond d’une accusation de drug dealing with aggravating circumstances namely: attempt to possess synthetic cannabinoids for the purpose of distribution with an averment of trafficking, en infraction avec les dispositions de la Dangerous Drugs Act. Il est reproché d’avoir essayé de prendre possession de deux colis de drogue synthétique, d’un poids total de 2.5 kg le 27 février 2018 à Ébène, qui lui avait été livrée de France par DHL. Le destinataire du colis était listé comme Keshav Ramsurn.
Le livreur de la DHL était un dénommé Frédéric Annea. Ce dernier participait en fait à un exercice de Controlled Delivery montée par l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU), ce qui avait débouché sur l’arrestation du dénommé Lutchigadoo. Annea avait ensuite été le principal témoin à charge contre lui.
Mais alors que le procès intenté contre Lutchigadoo en Cour d’Assises avait pris fin en mars 2022, et que la Cour devait rendre son jugement dans cette affaire, son avocat, Me Gavin Glover, Senior Counsel, avait en mai 2024, demandé à la Cour de rouvrir le procès pour prendre connaissance de nouvelles preuves disculpant le prévenu. Le juge Aujayeb avait accédé à cette requête et ordonné la réouverture du procès le 23 février 2026.
Un dénommé Mahesh Rajiah avait ainsi expliqué en Cour qu’il connaissait le « vrai » Keshav Ramsurn, et qu’il ne s’agissait pas de Lutchigadoo.
Un policier, Basana Reddi, condamné dans une autre affaire de drogue, a, pour sa part, expliqué que, alors qu’il était On Remand, il avait rencontré le dénommé Annea. Ce dernier lui aurait expliqué que les policiers lui avaient dit d’incriminer Lutchigadoo, en échange de son immunité. Le policier avait expliqué qu’il ne voulait pas qu’une personne innocente croupisse en prison et avait décidé de tout dévoiler.
« Témoins de complaisance »
Me Bhagwan a indiqué qu’au vu de certaines incohérences dans les témoignages de Rajiah et de Reddi, leur crédibilité a été mise à rude épreuve et que la Cour devait ignorer complètement leurs témoignages. Elle s’est demandé pourquoi ils ont attendu deux ans, depuis la fin du procès en 2022, avant de venir de l’avant en 2024. Elle les a accusés d’être des « témoins de complaisance » en faveur de l’accusé.
Me Yanilla Moonshiram, Senior Counsel, assurant la défense de Kusraj Lutchigadoo, a pour sa part soutenu que le témoin clé dans cette affaire, Fréderic Annea, avait inventé toute cette affaire pour incriminer Lutchigadoo. Il avait ainsi été promis une immunité par les policiers de l’ADSU s’il témoignait à charge contre Lutchigadoo. Elle a ensuite fait ressortir que toutes les affaires qui avaient été logées contre Annea avaient éventuellement été rayées. Elle a dénoncé la parade d’identification où Annea avait été demandé d’identifier Lutchigadoo comme un Sham.
Elle a également soutenu que le policier Reddi ne connaissait pas Lutchigadoo, et n’avait aucune raison d’être un témoin de complaisance. Elle a décrit Reddi comme un « coherent and credible witness ».
La cour rendra son jugement à une date qui sera notifiée aux parties par circulaire.

