Industrie du bâtiment — Déchets solides — Bhagwan : « Jusqu’à 100 000 T de débris chaque année »

« Que 3 % sont recyclés, environ 15 % enfouis à Mare-Chicose et 80 % de ces déchets sont déversés illégalement dans la nature »,

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Le ministre de l’Environnement, de la Gestion des déchets solides et du Changement climatique, Rajesh Bhagwan, a lancé un appel à une transformation profonde du secteur de la construction afin d’intégrer pleinement les principes de l’économie circulaire. Il intervenait, hier, lors d’une conférence organisée par United Basalt Products (UBP) sur le thème  « Repenser la construction de demain : économie circulaire, mythe ou réalité locale ? » au Caudan Arts Centre.
Rajesh Bhagwan a évoqué l’importance stratégique du secteur de la construction pour l’économie. Ce secteur contribue à près de 10 % du Produit intérieur brut (PIB) et emploie directement ou indirectement quelque 120 000 personnes, soit environ 22 % de la population active. Il a toutefois souligné que les méthodes de construction traditionnelles ne sont plus adaptées aux défis actuels. « Aujourd’hui, nous ne pouvons plus construire comme nous le faisions hier », a-t-il déclaré, estimant que les infrastructures de demain devront être conçues pour résister aux effets du changement climatique, notamment aux fortes chaleurs, aux inondations et aux vents extrêmes.
Le ministre s’est appesanti sur le fait que l’économie circulaire représente un levier essentiel pour atteindre un développement durable. Pour lui, cette transition ne pourra réussir que grâce à l’engagement conjoint des pouvoirs publics, du secteur privé et de la société civile. « L’économie circulaire sera ce que nous voulons qu’elle soit », a-t-il affirmé, appelant à un changement d’habitudes, de modèles économiques et de comportements vis-à-vis de l’environnement.
Rajesh Bhagwan est revenu particulièrement sur la problématique des déchets issus du secteur de la construction et de la démolition. Chaque année, entre 70 000 et 100 000 tonnes de ces déchets sont générées à Maurice. Or, seulement 3 % sont recyclés, tandis qu’environ 15 % sont enfouis à Mare-Chicose. Plus inquiétant encore, près de 80 % sont abandonnés illégalement dans la nature, sur des terrains vagues, le long des routes, des rivières ou des réservoirs.
Le ministre a dénoncé ces pratiques qu’il considère comme des atteintes inacceptables à l’environnement et un gaspillage de ressources précieuses. Les matériaux issus des démolitions, tels que le verre, le métal, le bois ou encore certains équipements sanitaires et électriques, doivent être considérés comme des ressources pouvant être réutilisées et réintégrées dans le circuit économique.
Rajesh Bhagwan a fait état que la feuille de route nationale pour l’économie circulaire 2023-33 identifie la gestion des déchets de construction et de démolition comme une priorité stratégique. Dans ce contexte, plusieurs initiatives sont en cours, notamment l’élaboration d’une stratégie nationale et d’un plan d’action spécifiques à ces déchets, la mise en place d’un cadre réglementaire modernisé ainsi que l’adoption de normes favorisant l’utilisation de matériaux recyclés dans le béton et les infrastructures routières.
Parallèlement, le ministère poursuit la mise en œuvre d’un programme national de tri à la source, qui prévoit la construction de deux installations intégrées de traitement des déchets, la distribution de bacs de tri aux ménages et le lancement d’une vaste campagne de sensibilisation.
Il a également mis en avant les récentes avancées législatives, notamment à travers la Waste Management and Resource Recovery Act et l’Environment Act, qui introduisent les principes de l’économie circulaire ainsi que la responsabilité élargie des producteurs.
Tout en soulignant le rôle moteur de l’État, le ministre a estimé que la réussite de cette transition dépendra largement de l’implication du secteur privé. Il a encouragé les entreprises à intégrer davantage les principes de durabilité et de valorisation des ressources dans leurs modèles d’affaires, sans attendre de nouvelles obligations légales.
Pour le ministre, la transition vers une économie circulaire dépasse les considérations techniques. Elle implique un véritable changement culturel, passant d’une logique de consommation et de gaspillage à une logique de durabilité et de valorisation des ressources. « Nos ressources sont limitées, nos terres sont limitées et nos carrières s’épuisent », a-t-il relevé.
Concluant son intervention, Rajesh Bhagwan a estimé que les choix effectués aujourd’hui déterminent l’avenir de l’environnement bâti de Maurice. Il a appelé à une planification urbaine plus intelligente, tenant compte des risques climatiques, de l’empreinte carbone des bâtiments et de l’utilisation optimale des ressources nationales afin de construire un avenir plus durable pour les générations futures.

 

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