Le Household Rooftop Solar Photovoltaic Grant Scheme est entré en vigueur depuis samedi
Le ministre Assirvaden annonce Rs 41 milliards d’investissements dans les énergies renouvelables au cours des trois prochaines années
Le gouvernement franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de transition énergétique. Samedi, le ministre de l’Énergie et des Services publics, Patrick Assirvaden, a procédé au lancement du Household Rooftop Solar Photovoltaic Grant Scheme, un programme destiné à encourager les ménages à générer leur propre électricité grâce à l’installation de panneaux photovoltaïques sur les toitures. Inscrit dans les mesures du budget 2026-27, ce dispositif est doté d’une enveloppe de Rs 270 millions, financée par le Climate Sustainability Fund. Il permettra aux bénéficiaires de recevoir des subventions à hauteur de 25 % du coût d’installation, avec un plafond fixé à Rs 75 000 par foyer.
Le programme cible essentiellement la classe moyenne. Les ménages dont les revenus mensuels ne dépassent pas Rs 150 000 pourront en bénéficier. Les installations éligibles concernent des systèmes photovoltaïques d’une capacité allant jusqu’à 3,5 kW, avec ou sans batterie de stockage, ainsi que des systèmes de plus de 3,5 kW, à condition qu’ils soient équipés d’une batterie et répondent aux critères du CEB Solar PV Scheme (Households) de 2026. La gestion administrative du programme sera assurée par la Development Bank of Mauritius (DBM) pour le compte du ministère de l’Énergie.

Pour Patrick Assirvaden, cette mesure vise à démocratiser l’accès à l’énergie solaire tout en réduisant la dépendance du pays aux combustibles fossiles. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large destinée à accroître rapidement la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique national. Il a aussi saisi l’occasion pour émettre un avertissement aux fournisseurs de service qui profiteraient de l’aide gouvernementale pour augmenter leur prix. « Ce n’est pas parce que le gouvernement accorde une aide allant jusqu’à Rs 75 000 que les prix des panneaux voltaïques doivent passer de Rs 250 000 à Rs 375 000. Nous suivrons la situation de près, et ceux qui abuseront de la situation en paieront les conséquences », déclare-t-il.
Le ministre a également annoncé la création prochaine d’une filiale dédiée aux énergies renouvelables au sein du Central Electricity Board (CEB). Cette nouvelle entité sera chargée de gérer l’électricité produite non seulement par les particuliers équipés de panneaux photovoltaïques mais également par les producteurs indépendants. L’objectif : mieux intégrer les nouvelles sources de production décentralisées au réseau électrique national et accompagner l’essor des producteurs d’énergie renouvelable.
Patrick Assirvaden a, par ailleurs, dévoilé les grandes lignes de la future stratégie nationale en matière d’agrivoltaïsme, qu’il décrit comme un mariage entre l’agriculture et la production d’énergie solaire. Ce type de projet prévoit que des agriculteurs qui le souhaitent devraient pouvoir installer des panneaux photovoltaïques destinés à la production énergétique dans des champs de légumes ou de cannes à sucre.
Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, présidera prochainement un comité interministériel chargé d’examiner l’utilisation des terres afin de concilier les impératifs de sécurité alimentaire avec ceux de la production d’énergie renouvelable. Les ministères de l’Énergie, de l’Agro-industrie, la Mauritius Cane Industry Authority (MCIA) ainsi que le CEB seront appelés à coordonner leurs actions afin d’identifier les terrains les plus appropriés.
Le ministre a également dénoncé les obstacles administratifs auxquels sont confrontés des planteurs souhaitant installer des panneaux photovoltaïques sur leurs exploitations. Il estime qu’il n’est pas logique d’imposer systématiquement une conversion des terres agricoles alors que celles-ci continuent à être exploitées à des fins agricoles.
Interrogé sur la revendication des producteurs de bagasse concernant une revalorisation des prix, Patrick Assirvaden a indiqué que la bagasse demeure un élément essentiel du mix énergétique à Maurice. Il est d’avis que la bagasse ne peut toutefois être dissociée du charbon, utilisé pendant la période d’entrecoupe afin d’assurer la continuité de la production électrique des producteurs indépendants. « Sans le charbon, les IPP ne seraient pas viables aujourd’hui », indique-t-il.
Mais cette dépendance est appelée à diminuer progressivement avec le développement de la biomasse. Il ajoute avoir repris les travaux engagés plusieurs années de cela sur cette question et préside désormais un comité chargé d’accélérer cette transition. L’objectif est de remplacer progressivement le charbon par d’autres combustibles renouvelables, notamment les copeaux de bois, déjà utilisés par certains IPP, mais dans des proportions encore limitées. À terme, la biomasse devrait assurer la pérennité de la filière bagasse tout en réduisant l’empreinte carbone dans le secteur de l’énergie.
Le ministre de l’Énergie a également révélé que plusieurs appels à projets sont actuellement en préparation afin d’ajouter 405 mégawatts de nouvelles capacités de production d’électricité. Selon ses estimations, un projet de 10 MW représente un investissement d’environ Rs 600 millions. Les futurs projets mobiliseront ainsi près de Rs 41 milliards d’investissements, provenant aussi bien du secteur privé mauricien que d’investisseurs étrangers, sur une période de trois à quatre ans.
Le Junior Minister Damry a parlé dans le même sens estimant que ce projet entraînera la croissance économique du pays. Pour le gouvernement, il s’agit de l’un des plus importants programmes d’investissement jamais engagés dans le secteur énergétique à Maurice.
Malgré ces projets, Patrick Assirvaden reconnaît que le risque de délestage ne peut être totalement écarté. « Il existe toujours un risque. Des équipements peuvent tomber en panne et des imprévus peuvent survenir », concède-t-il.
Dans cette optique, le gouvernement poursuit sa campagne nationale en faveur de l’efficacité énergétique. Deux batteries de stockage d’une capacité totale de 40 MW ont déjà été acquises. Le ministre a également fait état de la signature, dans les prochains jours, d’un accord portant sur une ligne de crédit d’environ Rs 1 milliard, destinée à financer l’acquisition de nouvelles batteries dans une démarche visant à renforcer la stabilité du réseau électrique.
Interrogé enfin sur les tensions observées sur les marchés pétroliers internationaux, Patrick Assirvaden s’est voulu rassurant. Il estime que Maurice ne fait face à aucun risque immédiat de pénurie de produits pétroliers. Le pays dispose de plusieurs fournisseurs et la State Trading Corporation (STC) continue d’assurer normalement l’approvisionnement national.
À travers ces différentes mesures, le gouvernement entend accélérer la mutation du secteur énergétique en misant simultanément sur la production décentralisée, les grandes centrales photovoltaïques, l’agrivoltaïsme, le stockage par batteries et le développement de la biomasse.


