Fuites d’eau dans les réseaux de distribution et intervention :Pa korek ditou !

« KOREK ! » est le nom de la nouvelle application lancée cette semaine par le ministre des TiC, Avinash Ramtohul, permettant aux citoyens de signaler une fuite d’eau directement depuis leur téléphone portable. On ne sait pas si cet outil s’avèrera payant dans la lutte contre ce fléau, mais dans l’immédiat, c’est « Pa korek ditou ! », vu le  nombre conséquent de vidéos de fuites d’eau de grande ampleur qui sont relayées chaque semaine sur les réseaux sociaux. Plusieurs appels lancés vers la CWA se soldent par des réponses laconiques, expéditives et évasives. Puis, zéro intervention. Dans certains quartiers où l’eau est une denrée rare, on pourrait croire que de grosses averses sont à l’origine des flaques d’eau formées sur les routes. Or, c’est bel et bien l’eau émanant des tuyaux perforés qui s’écoule, comme à la route principale à Beau-Bassin où la CWA a attendu plus de 10 jours et la publication d’un article sur un média en ligne pour intervenir.   

Face à cette sempiternelle crise hydrique qui commence à lasser plus d’un, c’est toute une série de réflexions qu’il faudra mener à plus long terme pour améliorer la fourniture d’eau qui vire au cauchemar pour des centaines de milliers d’abonnés à travers le pays. Outre les conséquences de la quasi absence de pluie ayant occasionné une baisse du niveau des réservoirs, les abonnés de la CWA paient également l’ampleur de l’impact des pertes d’eau non facturées (PNF) sur le réseau de distribution. Maurice est d’ailleurs considéré comme le mauvais élève de l’Afrique à ce niveau, avec un taux de perte de plus de 60%. Le rapport de l’Audit 2024-2025 avait apporté de l’eau au moulin de cette thèse, en dévoilant des statistiques variant de 53% à 71% à l’échelle nationale, selon les zones.

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Sur les Rs 1,6 milliard de coûts de production et distribution, ces pertes génèrent un manque à gagner estimé à Rs 3,6 milliards. Au-delà de la négligence des infrastructures physiques, des lacunes opérationnelles et du gaspillage financier massif, le document met à l’index le vieillissement des canalisations. Résultat : 195 à 200 millions de mètres cubes d’eau traitée ne sont ni captés ni facturés annuellement. Au Parlement, mardi, le ministre de tutelle Patrick Assirvaden a brandi la réduction de l’eau non facturée comme étant le premier pilier de son plan Marshall pour l’eau, adopté par le gouvernement en octobre 2025.

Une priorité devant le dessalement

Répondant à une question de la députée Joanna Bérenger, il a mis les points sur les i : le gouvernement n’abandonnera pas la lutte contre les pertes d’eau au profit du dessalement qui fait partie du plan global.  En sus du remplacement de 114 km de conduits vétustes grâce à une ligne de crédit indienne de Rs 2,9 milliards, le ministre a aussi évoqué le renouvellement des compteurs, l’installation de systèmes de télémétrie et de télésurveillance ainsi que l’acquisition d’équipements spécialisés pour détecter les fuites. Une stratégie nationale est également en préparation avec l’appui du Singapore Cooperation Enterprise, afin de réduire durablement ces pertes.

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La CWA entend aussi changer son fusil d’épaule en vue d’« améliorer le traitement des fuites d’eau » grâce à une nouvelle fonctionnalité intégrée à l’application KOREK!. Photos, géolocalisation et intelligence artificielle. Les utilisateurs peuvent désormais signaler une fuite, transmettre sa localisation et suivre l’évolution de leur plainte directement depuis leur téléphone. L’IA permettra d’évaluer la gravité des cas, afin d’aider la CWA à prioriser ses interventions. Le passage d’un système de signalement traditionnel à la plateforme numérique réduira-t-il l’échelle du problème ? Même si tout cela reste spéculatif pour l’instant, le DG de la CWA, Shyam Thanoo y croit dur comme fer : « Ce nouvel outil permettra d’identifier plus rapidement les fuites d’eau et de réduire les délais d’intervention. Cette initiative s’inscrit dans les efforts de modernisation de l’organisme et dans l’amélioration du service aux consommateurs grâce aux technologies de l’information et de la communication. »

La faute aux installations anarchiques

En attendant que ces belles promesses se concrétisent, la situation vire à la catastrophe sur le terrain. La faute aux installations anarchiques des tuyaux d’approvisionnement qui ne sont pas enfouis comme il se doit ou qui traînent carrément le long des rues et des trottoirs. Un travail bâclé qui engendre des fuites de grande ampleur dans les quatre coins du pays. Qu’est-ce qui ne tourne pas rond à la CWA pour à ce point faire fi du triste spectacle des fuites d’eau qui durent parfois plus d’un mois ? On pourrait multiplier, hélas, les exemples à l’envi, mais nous n’en prendrons que deux.  Ce sont des centaines de m3 d’eau qui se perdent quotidiennement depuis ce laps de temps à la rue Jemmapes, à Port-Louis, à quelques mètres du Victoria Urban Terminal (VUT), faute de réactivité de la hotline de la CWA. C’est ce qu’affirme une commerçante.

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Au rayon des pires, on retrouve aussi le je-m’en-foutisme dont a fait preuve l’instance régulatrice face aux flaques d’eau qui se sont formées sur la route Royale à Beau-Bassin, des tuyaux s’étant perforés à la rue Dr Reid. « Les fuites existent partout, mais celles de Beau-Bassin étaient beaucoup trop conséquentes. Kouma dir la pli in tombé. On a appelé la hotline une dizaine de fois. En vain. Il a fallu que ça fasse le buzz sur les réseaux sociaux et sur un média pour qu’ils daignent se déplacer un mois plus tard pour la réparation. Li pa korek », confie un lanceur d’alerte. Plaintes qui constituent la partie émergée de l’iceberg…

 

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