Joanna Bérenger du Fron Militan Progresis a soutenu que la future réforme constitutionnelle doit marquer une étape décisive dans l’évolution démocratique du pays. Tout en reconnaissant que cette Constitution a servi et permis à Maurice de devenir « une démocratie respectée », elle estime qu’après 58 ans d’indépendance, le moment est venu de l’améliorer afin d’y inscrire pleinement ce qu’est devenue la nation mauricienne. Selon elle, le pays ne doit plus « demander la permission d’être libre ». Elle a décrit la mise sur pied de la Constitutional Review Commission comme un « acte de maturité nationale et non comme un simple exercice juridique. »
La parlementaire de l’opposition a affirmé que « l’Histoire jugera cette réforme non seulement à travers la loi débattue actuellement, mais surtout à travers les résultats qu’elle produira et le courage politique que le gouvernement démontrera dans sa mise en œuvre. » Elle a estimé que le premier défi de la commission sera celui de l’ambition, soutenant qu’une révision constitutionnelle ne se mesure pas au nombre d’articles modifiés, mais à la portée de la vision se dégageant ?
Dans cette optique, Joanna Bérenger a plaidé pour l’introduction des droits fondamentaux dans la Constitution, notamment le droit de la nature, les droits sociaux et économiques, le droit à la vie privée et la protection contre la surveillance de l’État, ainsi que les valeurs de paix, de justice et de liberté. « Ces droits ne doivent pas être de simples principes destinés à donner une image moderne au pays, mais constituer une véritable réponse aux défis contemporains tels que le réchauffement climatique et l’accroissement des inégalités économiques », estime-t-elle.
Joanna Bérenger a également évoqué la nécessité d’inscrire dans la loi fondamentale le droit à un environnement sain, le droit à la santé, le droit à l’éducation ainsi que la protection des citoyens, « afin que chaque Mauricien puisse sentir que sa dignité ne dépend ni de ses revenus, ni de ses origines, ni du bon vouloir de l’État. » Elle indique que la Constitution doit devenir « un texte qui élève le citoyen. »
Abordant ensuite le volet institutionnel, la parlementaire du Fron Militan Progresis a déclaré que la dernière décennie a démontré les conséquences lorsque des institutions censées être indépendantes avaient cessé de l’être. Elle a affirmé qu’il ne suffit pas de réparer le système ni de remplacer « la capture d’un groupe par un autre groupe », mais qu’il faut un changement profond du système politique. Elle a plaidé pour une démocratie où la qualité de vie des citoyens prime sur les profits et les avantages d’une minorité, « où les gouvernants rendent des comptes et où les contre-pouvoirs ne dépendent pas des nominations du pouvoir en place. »
Elle a aussi insisté sur la nécessité pour la commission de faire preuve de rigueur intellectuelle et d’ouverture d’esprit. Elle a soulevé la question de l’application concrète des nouveaux droits constitutionnels, prenant l’exemple du droit d’accès à l’eau potable. Selon elle, il faudra déterminer si ces droits seront substantiels ou procéduraux. Elle a expliqué qu’un juge ne devrait pas avoir à décider du volume d’eau accordé par personne, mais plutôt à vérifier si les autorités ont agi raisonnablement compte tenu des ressources et des besoins existants. Elle a averti que si ces droits ne peuvent pas être portés devant les tribunaux, ils ne constitueront qu’« une promesse sur papier ».
Joanna Bérenger a mis l’accent sur l’indépendance de la future commission, affirmant qu’« elle ne doit appartenir à aucun camp politique, mais au pays tout entier. » Elle réclame davantage de transparence, soulignant que la population a le droit de voir, lire et comprendre les propositions qui seront formulées.
Elle a notamment suggéré que le rapport de la commission soit publié dans son intégralité et déposé à l’Assemblée nationale, alors que l’article 7 prévoit uniquement sa transmission au président de la République.
Enfin, elle constate que le programme gouvernemental prévoyait la création de cette commission dans un délai de six mois et non à l’occasion des 60 ans de l’indépendance. Elle fait valoir qu’il serait « une mascarade » de ne pas prendre au sérieux les recommandations de la commission ou de relancer des consultations interminables.
Joanna Bérenger a aussi regretté que plusieurs sujets majeurs ne figurent pas dans le texte de loi, notamment la réforme du système électoral, l’introduction d’une dose de proportionnelle, la représentation des femmes au Parlement, la fin de la déclaration d’appartenance ethnique des candidats aux élections générales et l’équilibre des circonscriptions.
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