À l’occasion du lancement des activités marquant la Journée mondiale du cœur 2026, à la Mauritius Telecom Tower, à Port-Louis, hier, le ministre de la Santé, Anil Bachoo, a tiré la sonnette d’alarme sur la situation à Maurice, notamment concernant le diabète, le cancer et les maladies cardiovasculaires.
« Nous sommes en train de passer vers l’une des heures les plus sombres de notre histoire dans le domaine médical. Imaginez un pays comme Maurice où plus de 20 % de la population souffre de diabète, auxquels s’ajoutent environ 10 % de personnes prédiabétiques. Si rien n’est fait, quel sera le résultat ? » s’est-il demandé. Il a également fait ressortir que 80 % du budget de la santé sont consacrés aux soins curatifs, contre moins de 20 % à la prévention.
« Heureusement, dans tous nos hôpitaux, nous avons désormais des unités et des départements spécialisés dans le traitement du diabète. Aussi, concernant le cancer, entre 250 et 300 admissions additionnelles par mois sont enregistrées dans nos hôpitaux. Le cancer est une maladie dont le traitement doit démarrer tout de suite », ajoute-t-il.
Anil Bachoo a également indiqué que Maurice ne dispose actuellement que d’un seul hôpital national prenant en charge les patients atteints de cancer. « Nous n’avons qu’un seul hôpital national pour traiter le cancer. Nous invitons actuellement des médecins indiens à venir à Maurice. Le Premier ministre avait l’intention d’ouvrir un hôpital dédié à la gériatrie, mais nous avons finalement décidé que chaque hôpital dispose d’un département de gériatrie. Le travail a déjà commencé dans les cinq hôpitaux », fait-il ressortir.
Concernant le projet E-Health, le ministre a expliqué que celui-ci avait démarré en 2013, à la suite d’une visite en Inde effectuée par le Premier ministre, Navin Ramgoolam. « Malheureusement, le gouvernement d’alors avait perdu le pouvoir. L’ancien régime a fait un massacre avec ce projet. Nous avons dû retravailler le projet. Le programme sera probablement complété l’année prochaine », estime-t-il.
Le ministre a également abordé la question de l’utilisation abusive de pesticides non-conformes dans les pratiques de culture vivrière. « J’ai eu une réunion avec la FAO à ce sujet. Nous nous sommes demandé si certains pesticides interdits à Maurice sont utilisés quelque part. Nous allons mettre en place un High-Powered Committee sur cette question, avec l’appui du ministre de l’Agriculture et de scientifiques », préconise-t-il.
Il a aussi relevé la nécessité d’encourager les mères à pratiquer l’allaitement maternel et à effectuer régulièrement les tests de dépistage du cancer du sein.
Le ministre de la Technologie de l’information, de la Communication et de l’Innovation, Avinash Ramtohul, a pour sa part évoqué l’importance des données médicales pour améliorer les services de santé à la population. « Pour pouvoir offrir de meilleurs services de santé à la population, il est important de disposer de données médicales. Dans le passé, il était difficile de transférer les dossiers des patients d’un hôpital à un autre. Avec le système E-Health, nous allons connecter les données médicales afin de permettre des analyses plus poussées sur les types de maladies, les stocks de médicaments et le mode de vie des patients », fait-il valoir.
À ce stade, 180 000 patients mauriciens sont déjà enregistrés sur le système E-Health, et le projet devrait être complété l’année prochaine. Il a également évoqué son intention de mettre en place une collaboration entre les cliniques privées et les hôpitaux publics afin de faciliter l’échange des données médicales des patients.
De son côté, le représentant de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le Dr Abdou Salam Gueye, a appelé la population à ne pas attendre l’apparition de symptômes avant de prendre soin de sa santé cardiaque. « Il ne faut pas attendre que votre cœur vous force à l’écouter. Il faut connaître vos facteurs de risque, contrôler votre tension artérielle, rester actif et avoir une alimentation plus saine. Il faut éviter le tabac, suivre les conseils des professionnels de santé et reconnaître les signes d’alerte nécessitant une attention immédiate » ,prévient-il, en assurant la collaboration de l’OMS aux côtés de Maurice.
Le Chief Executive Officer de Mauritius Telecom, Veemal Gungadin, a indiqué que cette journée marquait également le lancement d’une série d’initiatives de dépistage médical au sein de l’entreprise. « Nous avons actuellement plus de 600 collègues qui se sont inscrits. Aujourd’hui, à la Telecom Tower à Port-Louis, 20 officiers du ministère de la Santé sont présents pour effectuer des dépistages. Les examens ont commencé par des analyses de sang et la prise de la tension artérielle », poursuit-il, ajoutant que cette initiative de prévention sera également menée à Ébène et à Cassis.
Il a également expliqué que Mauritius Telecom souhaitait utiliser la technologie pour toucher davantage de personnes et contribuer à plusieurs secteurs essentiels de la société. « À Mauritius Telecom, nous aidons à atteindre les gens et à les connecter grâce à la technologie. L’idée est de voir comment nous pouvons utiliser la technologie pour consolider des piliers importants de la société. Nous le faisons notamment dans le domaine de l’éducation. Beaucoup d’entre vous ont probablement entendu parler de l’initiative My-Learn, qui est un tuteur basé sur l’intelligence artificielle. Nous espérons le mettre entre les mains des élèves du secondaire dès la semaine prochaine », estime-t-il.
La Junior Minister à la Santé, Anishta Babooram, a mis l’accent sur l’importance de la prévention. « Nous nous appesantissons beaucoup sur la prévention. Mais tout le monde n’écoute pas. Les gens écoutent seulement lorsqu’il y a quelque chose de négatif. Lorsque le cœur est déjà en difficulté, il sera peut-être trop tard », a-t-elle prévenu.
Elle a profité de l’occasion pour annoncer le lancement des activités de Pink October consacrées à la sensibilisation au cancer du sein. « Le cancer du sein est celui qui touche le plus les femmes à travers le monde. À Maurice, nous enregistrons plus de 600 cas chaque année. Pourtant, nous pouvons éviter certaines mastectomies, c’est-à-dire l’ablation du sein, si les femmes se font dépister à temps », dit-elle.
Elle a annoncé que le ministère souhaitait également mettre davantage l’accent sur l’allaitement maternel afin de contribuer à réduire les risques de cancer du sein. « Nous avons décidé de nous assurer qu’il y ait au moins un espace dédié à l’allaitement dans toutes les Mediclinics de l’île », a annoncé Anishta Babooram.

