La boucle est presque bouclée : consensus régional sur l’exploitation minière en eaux profondes

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par James Alix Michel

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Légende: James Alix Michel est l’ancien président des Seychelles (2004-2016) et un défenseur mondial de l’économie bleue, de la préservation des océans et de la résilience climatique. (Fondation James Michel)

Plus tôt cette année, la philanthrope suisse Dona Bertarelli et moi-même avons publié dans plusieurs journaux un appel en faveur d’une pause de précaution concernant l’exploitation minière des grands fonds marins dans les eaux côtières africaines et dans l’ensemble de l’océan Indien.
Nous avions choisi ce moment à délibérément. La 11e Conférence « Notre océan », la première à être organisée sur le sol africain, allait se tenir à Mombasa et Kilifi, au Kenya. Nous espérions que notre région saisirait cette occasion pour parler d’une seule voix.
À l’époque, peu de choses semblaient avoir changé immédiatement. Mais au cours de nombreuses années de plaidoyer, j’ai appris que les graines plantées discrètement mettent parfois plus de temps qu’un cycle d’actualité à germer. Aujourd’hui, je suis heureux de dire que la nôtre a porté ses fruits.
Lors de cette même conférence, en juin, le Kenya et Madagascar, rejoints par le Malawi, sont devenus les premiers membres du Groupe africain à soutenir officiellement un moratoire ou une pause de précaution sur l’exploitation minière des grands fonds marins. Cette décision a porté à plus de 40 le nombre de pays soutenant cette position à l’échelle mondiale pour la première fois.
Un mois plus tard, à la clôture de la 31 e Assemblée de l’Autorité internationale des fonds marins, tenue à Kingston, en Jamaïque, le 31 juillet, Maurice, le Mozambique et la République du Congo ont également apporté leur soutien, devenant respectivement les 44ᵉ, 45ᵉ et 46ᵉ pays à le faire.
Quarante-six gouvernements défendent désormais un principe simple : les grands fonds marins ne devraient pas être ouverts à l’exploitation commerciale tant que des études scientifiques indépendantes n’auront pas démontré que cette activité est sans danger.
Je suis particulièrement fier des décisions prises par Madagascar et Maurice. Ce sont nos voisins les plus proches. Nous partageons les mêmes courants marins, les mêmes récifs et les mêmes zones de pêche dans l’océan Indien occidental. Leurs gouvernements ont montré une fois de plus que la prudence n’est pas un obstacle au développement, mais peut en être une forme.
Cela m’amène, avec une certaine humilité et beaucoup d’affection, aux Seychelles et aux Comores. Parmi les petits États insulaires de notre région de l’océan Indien, nous avons été parmi les premiers à faire de la protection des océans une question d’identité nationale plutôt qu’un simple discours.
Durant ma présidence, les Seychelles ont conclu le premier échange dette-nature au monde consacré à la conservation marine, en collaboration avec le Club de Paris et The Nature Conservancy. Cette opération a permis de convertir 21,6 millions de dollars de dette nationale en financement à long terme destiné à l’adaptation au changement climatique et à la protection des océans.
Après mon départ de la présidence, j’ai eu la satisfaction de voir ce travail se poursuivre jusqu’à son aboutissement, avec la finalisation du processus relatif à l’obligation bleue et au Plan d’aménagement de l’espace marin, jusqu’à leur intégration dans la législation.
Les Seychelles ont ainsi lancé la première obligation bleue souveraine au monde en 2018 et ont officiellement désigné, en mars 2020, 30 % de leur zone économique exclusive, soit une superficie de plus de 400 000 kilomètres carrés, comme zones protégées. Les Seychelles sont ainsi devenues l’un des premiers pays au monde à achever un tel plan pour l’ensemble de leur territoire maritime.
Quelques années plus tard, les Seychelles ont signé l’accord permettant au pays de rejoindre la Great Blue Wall, une initiative de l’océan Indien occidental que j’ai contribué à mettre en place avec l’Union internationale pour la conservation de la nature. Cette initiative vise à développer une économie bleue régénératrice dans dix pays.
C’était un moment dont j’étais fier. Aujourd’hui encore, les Seychelles continuent de réaffirmer leur engagement en faveur de l’économie bleue. Je pense que le moment est venu pour les Seychelles de renforcer davantage ce leadership sur la scène internationale.
Nous n’avons pas construit ce bilan par hasard. Nous l’avons fait parce que nous croyions, et je continue de croire, que la santé de l’océan et la prospérité de notre population constituent une seule et même cause.
Les Seychelles appliquent déjà le principe de précaution sans l’avoir encore officiellement déclaré au niveau international. Notre Plan d’aménagement de l’espace marin exclut déjà l’exploitation minière des grands fonds dans nos eaux.
Ce qui manque désormais, c’est simplement que les Seychelles ajoutent leur voix, aux côtés de Madagascar et de Maurice, à celle des 46 pays qui demandent à l’Autorité internationale des fonds marins de laisser la science, et non la précipitation, déterminer l’avenir des grands fonds marins au-delà de nos frontières.
Cela ne coûterait rien aux Seychelles qu’elles ne mettent déjà en pratique sur leur propre territoire. En rejoignant ce mouvement grandissant et en soutenant l’appel à une pause de précaution, les Seychelles pourraient continuer à occuper leur place légitime en tant que pionnières de l’économie bleue que nous avons construite ensemble pendant près de deux décennies.
J’adresse le même appel chaleureux aux Comores, notre nation insulaire sœur et partenaire au sein de la Great Blue Wall, dont les eaux et l’avenir sont liés aux nôtres par les mêmes courants marins.
Je pense que le nom des Seychelles doit figurer sur cette liste, à l’image du bilan que nous avons déjà construit.
Nous avons été les premiers à échanger de la dette contre la protection des récifs. Nous avons été parmi les premiers à planifier l’ensemble de notre espace maritime. Nous avons été les premiers à lier nos finances à la protection de la mer.
Ne soyons pas parmi les derniers de nos voisins à déclarer clairement, sur la scène internationale, que les grands fonds marins méritent la même patience et la même prudence que celles que nous avons toujours accordées aux eaux moins profondes.
Avec nos voisins de Madagascar et de Maurice qui figurent déjà fièrement parmi les pays engagés sur cette question, les Seychelles ont une belle occasion de prolonger leur héritage.
Les Seychelles ont toujours fait preuve de vision, démontrant au monde que la protection des océans constitue le fondement de notre prospérité. En alignant notre position internationale sur la voie désormais suivie avec fierté par nos voisins, nous pouvons achever le cercle que notre propre histoire a commencé à tracer, avant la prochaine réunion de l’Autorité internationale des fonds marins prévue en mars prochain.

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