La jeunesse et l’écoanxiété : plus de 75% des jeunes jugent le futur effrayant

En marge de la conférence de l’ONU sur le climat, du 6 au 18 novembre, à Charm el-Cheikh, en Égypte, les jeunes du monde se mobilisent. Si l’on entend souvent parler d’écoactivisme, quid de l’écoanxiété.

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Ces deux dernières années, plusieurs chercheurs se sont penchés sur cette nouvelle forme d’anxiété qui affecterait, d’après les chiffres, plus les jeunes que les vieilles personnes. Selon une étude publiée sur ce nouveau mal, les trois quarts des 16-25 ans dans dix pays, du Nord comme du Sud, jugent le futur « effrayant ».

Une peur chronique de la catastrophe écologique : c’est ainsi que l’Association américaine de psychiatrie définit l’écoanxiété. Elle peut aussi être décrite par le fait d’observer les conséquences lentes et apparemment irrévocables des changements climatiques sur l’environnement et s’inquiéter de l’avenir pour soi-même. Les enfants et les générations suivantes peuvent être une source de stress et ce type de stress se nomme l’écoanxiété. En 2021, The Lancet Planetary Health et un groupe de chercheurs internationaux publient un sondage : Climate anxiety in children and young people and their beliefs about government responses to climate change: a global survey.

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Dans ce sondage effectué auprès de 10,000 jeunes âgés de 16 à 25 ans dans 10 pays, du Nord comme du Sud (Australie, Brésil, États-Unis, Finlande, France, Inde, Nigeria, Philippines, Portugal et Royaume-Uni), disponible en ligne sur le site de The Lancet, l’anxiété climatique et l’écoanxiété (détresse liée aux crises climatique et écologique) interpellent davantage les chercheurs, car les gens sont plus conscients des menaces mondiales actuelles et futures associées au réchauffement de notre planète. Ils soulignent que la crise climatique a d’importantes implications à long terme pour la santé physique ainsi que sur la santé mentale à la suite de changements environnementaux aigus et chroniques, des tempêtes et des incendies de forêt aux paysages changeants et à l’augmentation des températures.

Et si l’anxiété climatique est complexe, elle reste, selon les chercheurs, rationnelle et n’implique pas de maladie mentale. Il s’agirait ainsi d’une émotion qui nous avertirait d’un danger. Ce qui pourrait nous pousser à rechercher plus d’informations sur la situation et à trouver des solutions potentielles. Ainsi, dans des situations menaçantes et incertaines telles que la crise climatique, cette attitude peut être considérée comme de l’anxiété pratique, car elle a pour effet bénéfique d’amener les gens à réévaluer leur comportement afin de réagir de manière appropriée à une situation.

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83% pensent que les anciennes générations n’ont pas assez pris soin de la planète
Ainsi, l’on apprend à travers cette étude que 59% des jeunes personnes interrogées étaient très ou extrêmement inquiets et 84% d’entre elles étaient modérément inquiets. Plus de 50% ont déclaré ressentir chacune des émotions suivantes : tristesse, anxiété, colère, impuissance et culpabilité. Par ailleurs, plus de 45% des répondants ont déclaré que leurs sentiments à l’égard du changement climatique affectaient négativement leur vie quotidienne et leur fonctionnement, et beaucoup ont signalé un nombre élevé de pensées négatives à propos du changement climatique, par exemple, 75% ont déclaré qu’ils pensaient que l’avenir était effrayant et 83% ont déclaré qu’ils pensent que les anciennes générations n’ont pas assez pris soin de la planète.

De plus, les personnes interrogées ont négativement évalué les réponses gouvernementales au problème du changement climatique et ont exprimé des sentiments de trahison à cet égard. L’anxiété climatique et l’insatisfaction face aux réponses des gouvernements seraient d’ailleurs plus répandues chez les enfants et les jeunes et impacteraient leur fonctionnement quotidien. Cet échec des gouvernements à répondre à la crise climatique est, donc, associé à une détresse accrue.

Après la publication de cette étude et l’intervention de plusieurs professionnels, dont celle de Laelia Benoit, pédopsychiatre et chercheuse à l’Institut national de la Santé et de la Recherche médicale (Inserm) à Paris, les chercheurs tirent ainsi la sonnette d’alarme et affirment qu’il est urgent de poursuivre les recherches sur l’impact émotionnel du changement climatique sur les enfants et les jeunes. Les gouvernements respectifs aussi doivent valider leur détresse en prenant des mesures urgentes contre le changement climatique. D’ailleurs, dans un entretien donné à L’OBS, Laelia Benoit souligne que l’écoanxiété n’est qu’une des multiples conséquences du dérèglement climatique sur le bien-être et la santé mentale, dont les pays du Sud sont les premières victimes. Pour elle, « l’écoanxiété, c’est la peur du présent et du futur. »

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