Ashwina prend le temps de s’occuper de ses chiens. Un plaisir pour la jeune enseignante

Puisque dehors les nouvelles sont mauvaises, pourquoi ne pas se créer son bonheur entre les murs de sa maison, l’espace ouvert de son jardin ? S’évader par des moyens ludiques et créatifs, se ressourcer auprès des siens, se réinventer en attendant le déconfinement, trouver des activités qui boostent sa confiance, apprécier ces petits riens qui font grand bien. Il est possible et même légitime de se faire plaisir et d’aller bien, sans se culpabiliser pendant le confinement.

Il est 9 heures. Le soleil tape fort. Il fait beau. Ashwina, enseignante dans le secondaire, s’étire. Rien ne presse, il est encore tôt pour la jeune femme. Agée d’une vingtaine d’années, elle vit encore chez ses parents. Comme tous les matins, elle médite puis quitte son lit à cette heure et se dirige vers la cuisine où le parfum du petit déjeuner lui titille les narines. Il y a comme un air de vacances. Ses parents, ses deux sœurs et son frère sont à table. Après, chacun ira à ses occupations. Les siennes sont planifiées.

Sur sa «to do list», regarder la télévision, suivre des tutoriels de beauté sur YouTube, la séance de sport avec la fratrie, s’occuper de ses quatre chiens, faire du jardinage, des pots en ciment et s’adonner à sa nouvelle passion, préparer des gâteaux pour le goûter… Et se détendre. «Cette année, contrairement au premier confinement, je suis plus sereine. L’année dernière, j’avais peur de cette nouvelle pandémie, c’était l’inconnu. Cette fois, je me suis mieux préparée. Comme je me sens bien en pyjama et que je suis une personne introvertie, c’est l’occasion pour moi de profiter de ma zone de confort. C’est le bonheur!» concède la jeune femme, qui habite à Coromandel.

Ces journées sans stress, qu’elle prend plaisir à s’accorder, Ashwina est convaincue qu’elle les mérite. En temps normal, elle est debout à 5 heures, prend son premier autobus en direction de Rose-Hill à 6 heures, saute dans un deuxième qui la conduit dans l’Est où elle travaille dans un collège privé. Elle y enseigne le français aux élèves en Grade 9, SC et HSC. Quand elle rentre chez elle en fin d’après-midi, Ashwina est au bout du rouleau.

Faut-il se sentir coupable parce que dehors c’est la crise ?

Confiné, on se retrouve face à deux choix. Prendre les choses comme elles sont, avec leur lot de nouvelles anxiogènes, déprimer, se morfondre et s’ennuyer ou… prendre les choses comme elles sont, mais construire sa bulle de bien-être. Avoir le moral dans les chaussettes pendant le confinement est sans doute le «mood» du moment. Normal! Beaucoup de Mauriciens vivent dans la crainte de perdre leur emploi, de voir leur situation financière se détériorer, etc.  Depuis plus d’un an, en effet, la Covid-19 nous démontre chaque jour que la vie ne tient qu’à un fil et que rien n’est acquis. Et quand le confinement devient une occasion pour arrêter le temps, revenir à l’essentiel, profiter du présent et des autres quand ils sont là, s’occuper de soi et s’écouter… alors, qu’on se le dise, il n’y a pas de mal à se faire plaisir, de se sentir bien dans sa peau! Faut-il quand se sentir coupable parce que dehors c’est la crise? A chacun son point de vue…  Dans toute vie et au quotidien, même avant la pandémie il y a des hauts et des bas! Alors, quand c’est possible de faire rimer bonheur et confinement, il n’y a aucune raison de s’en priver. Ce sont ces petits plaisirs légitimes sans fioritures qui apaisent et qui participent au bien-être nécessaire au corps et à l’esprit, sans aucune culpabilité.

De la pause au soleil dans son jardin, à la pause vernis pour donner de la couleur à ses ongles, il y a des jours où Céline Wong Hon Lang n’en demande pas plus pour être heureuse… Confinement  s’accorde aisément avec harmonie pour cette Quatre-bornaise de 30 ans. Il lui permet de faire ces toutes petites choses qu’en temps normal on néglige, comme redécouvrir le plaisir de la lecture, passer quelque temps devant la télévision, choses qu’elle n’aurait pas faites il y a un mois encore. «D’habitude, je suis toujours en partance, j’enchaîne les rencontres avec des clients», confie-t-elle. Les petits poissons en pâte de gaufre fourrés au chocolat ou autres, une spécialité japonaise  qui a séduit le palais de nombreux Mauriciens, c’est elle. Céline Wong Hon Lang s’impose une routine qui, dit-elle, contribue à son épanouissement personnel. Architecte de profession, elle jongle entre la pâtisserie et ses projets liés à son métier d’origine. Elle a fondé deux compagnies: Taiyaki Treats Company Ltd et W. Architecture Co. Ltd. «Le matin, je m’occupe de mes commandes et je travaille un maximum. Le reste de la journée, je prends ce temps pour le ménage et me ressourcer. Pour être bien et apprécier ma vie, je ne fais rien de superficiel», dit la jeune entrepreneure. Cette dernière savoure pleinement la quiétude que lui offre le présent confinement non sans avoir connu la désillusion lors du précédent. Il y a un an, à pareille époque, elle quittait un poste stable pour prendre un nouvel emploi dans une compagnie d’architecte, mais celle-ci devait revenir sur sa décision après avoir subi les conséquences de la crise économique.

De la musique et un air de vacances

S’offrir des détentes, en faire un rituel quotidien, sans avoir à se soucier du placard et du réfrigérateur, à son emploi après le déconfinement, à sa situation financière… une autre interprétation du luxe pendant ce cap plutôt mouvementé. Ces petits luxes que d’autres ne peuvent se permettre, Ashwina a choisi de ne pas les afficher sur les réseaux sociaux. «Quand je fais de bons petits plats, je pense à ceux qui ne peuvent s’en permettre», dit-elle. Quasiment chaque soir, sa cuisine devient un lieu de réjouissance où tous les membres de sa famille s’y retrouvent pour préparer le dîner dans la bonne humeur, en musique et en chantant. Avant que le train-train quotidien ne revienne dans deux semaines, elle veut en profiter. «J’ai aussi appris à jouer au carom, grâce à mon père», raconte-t-elle.

«Mes amis me disent que j’ai de la chance. Je me réveille à l’heure selon ce que j’ai à faire. Mais je prends quand même du temps avant sortir du lit, je suis alors en meilleure forme», dit Nayam Poinen, 26 ans. L’emploi du temps de cet installateur de serre agricole de Vacoas se résume à faire des recherches pour ses projets liés à l’agriculture. Il ne s’en plaint pas, il a renoué avec sa guitare et il peint. «C’est comme être en vacances», fait remarquer Nayam Poinen d’une voix posée. Il peint sur différentes structures. «Je ne sais pas encore ce que je ferais de mes peintures. Pour l’instant, je les garde dans ma chambre…»

Des crayons couleur et du papier

Des crayons de couleur, du papier, de la peinture, du bois, des bouteilles… voilà les éléments déclencheurs de bonheur pour Danielle Bazire, dans la profession dentaire et ses amies: Béatrice Bigaignon, enseignante, Anne Robert, professeure d’économie, Lena Commarmond et Majo Philogène, personnal assistant. Pour ces femmes professionnelles et actives, passer de manière inattendue à des activités créatrices a réveillé en elles un potentiel jusqu’ici insoupçonné. «Surtout développer la confiance en soi», précise Danielle Bazire. Mandalas, lapins et œufs de pâques, paysages… ces amies ont réalisé des oeuvres qui sont loin de leur univers professionnel. Faire volontairement abstraction de l’actualité sombre pour s’épanouir avec la même candeur de l’enfance n’est pas là, aussi, le secret du bonheur?