Le noyau de donneurs fidèles s’effrite : Maurice vieillit, ses donneurs de sang aussi

Sans relève, les banques de sang pourraient entrer dans une zone critique

À première vue, les réserves de sang à Maurice tiennent bon. Les collectes s’enchaînent, les campagnes de sensibilisation se multiplient et les besoins des hôpitaux sont, pour l’instant, couverts. Pourtant, derrière cette apparente stabilité se cache une réalité beaucoup plus préoccupante : le pays fait face à un double vieillissement. Celui de sa population, d’abord. Celui de ses donneurs de sang, ensuite. Depuis des années, le système national repose sur un noyau de volontaires fidèles qui répondent présents à chaque appel. Mais ces donneurs avancent en âge et la relève peine à suivre. Si rien ne change, les responsables du secteur craignent que le pays ne soit confronté à une crise dans les années à venir.

« Le plus grand défi aujourd’hui, ce n’est pas seulement la collecte immédiate, c’est la relève », avertit Dewanand Hossen, président de la Blood Donors Association. « Si aucune action concrète n’est entreprise, nous pourrions faire face à une situation très difficile d’ici deux ans. »

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Un système porté par une minorité

Sur une population d’environ 1,3 million d’habitants, seuls 2 à 2,5% des Mauriciens donnent régulièrement leur sang. Un chiffre relativement faible lorsqu’on sait que les besoins médicaux augmentent constamment avec le vieillissement de la population, l’augmentation des interventions chirurgicales et la prise en charge de nombreuses pathologies.

Plus inquiétant encore, la majorité des donneurs réguliers appartient aujourd’hui à la tranche d’âge des 25 à 50 ans, qui représente près de 45% des effectifs. Ces donneurs constituent l’épine dorsale du système depuis plusieurs années.

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Chez les plus jeunes, en revanche, les chiffres peinent à décoller. Les 18-25 ans ne représenteraient que 10 à 15% des donneurs. Une proportion jugée insuffisante pour assurer le renouvellement naturel des générations.

À cela, s’ajoute une autre tendance : la diminution progressive du nombre de donneurs masculins. Une partie de cette baisse s’explique par l’atteinte de la limite d’âge autorisée pour le don de sang, qui conduit chaque année plusieurs donneurs expérimentés à quitter le circuit.

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Les peurs qui éloignent les jeunes

Pourquoi les jeunes Mauriciens boudent-ils les collectes ? Pour les responsables associatifs, les obstacles sont multiples. Le premier reste la peur. Peur de l’aiguille, peur de la douleur, mais aussi peur, parfois irrationnelle, de contracter une maladie lors du prélèvement.

« Nous devons encore combattre énormément d’idées reçues », dit Dewanand Hossen. « Certaines personnes pensent qu’elles risquent d’être contaminées alors que tout le matériel utilisé est stérile, individuel et à usage unique. »

Mais les freins ne sont pas uniquement médicaux. Plusieurs observateurs évoquent également une évolution des comportements sociaux. Dans une société où les sollicitations sont nombreuses et où les priorités individuelles prennent souvent le dessus, le don de sang peine parfois à trouver sa place parmi les engagements des jeunes générations.

Le résultat est visible lors de certaines périodes de l’année. Pendant l’hiver, la saison cyclonique, les fêtes de fin d’année ou encore durant certaines périodes religieuses, les déplacements diminuent et les collectes enregistrent souvent une baisse significative de participation. À ces moments-là, les réserves nationales flirtent régulièrement avec les seuils critiques.

Une bombe à retardement démographique

Pour les spécialistes du secteur, la véritable menace dépasse largement les fluctuations saisonnières. C’est le vieillissement progressif de la population mauricienne qui inquiète le plus.

Alors que l’espérance de vie augmente et que le nombre de personnes âgées continue de progresser, les besoins en produits sanguins sont appelés à croître. Parallèlement, le nombre de donneurs potentiels risque de diminuer si les jeunes générations ne prennent pas le relais.

Le défi n’est, donc, plus seulement de collecter suffisamment de poches de sang aujourd’hui. Il est de garantir que Maurice disposera encore d’un nombre suffisant de donneurs dans 10, 15 ou 20 ans.

« Le système repose encore largement sur les mêmes donneurs fidèles. Mais ils vieillissent », résume le président de la Blood Donors Association.

Former les donneurs de demain

Face à cette menace silencieuse, les campagnes de sensibilisation s’intensifient. La Blood Donors Association travaille désormais en étroite collaboration avec le ministère de l’Éducation, afin de multiplier les interventions dans les collèges. L’objectif est simple : sensibiliser les futurs adultes avant même qu’ils n’atteignent l’âge légal du don.

L’idée consiste à créer une culture du don de sang dès l’adolescence, afin que ce geste citoyen devienne aussi naturel que d’autres formes d’engagement social. Cette stratégie de long terme apparaît aujourd’hui comme l’une des rares réponses durables au problème du renouvellement des donneurs.

Le rendez-vous qui sauve des milliers de vies

Chaque année, le point culminant de cette mobilisation nationale demeure la Mega Blood Donation. Organisé depuis 2002 en partenariat avec le ministère de la Santé, cet événement est devenu le plus important rendez-vous de collecte de sang du pays.

Durant une semaine, des collectes sont organisées à travers l’île avec un objectif clair : remplir les réserves avant les périodes traditionnellement plus difficiles. L’opération permet généralement de récolter plus de 1,500 poches de sang en quelques jours seulement.

Les chiffres communiqués en 2025 par le ministre de la Santé, Anil Baichoo, illustrent l’importance de cet engagement citoyen. Maurice comptait alors 33,370 donneurs volontaires enregistrés et avait collecté 51,454 unités de sang au cours de l’année. Des résultats honorables, mais qui ne suffisent pas à dissiper les inquiétudes concernant l’avenir.

Le casse-tête des groupes rares

Si la pression est réelle pour l’ensemble du système, elle devient particulièrement préoccupante lorsqu’il s’agit des groupes sanguins rares. À Maurice, les groupes positifs dominent largement la population. Le groupe O+ représente à lui seul 38,3% des habitants, suivi du A+ (26%), du B+ (25%) et du AB+ (6,7%).

À l’inverse, les groupes négatifs ne concernent qu’environ 4% de la population. Pour les patients appartenant à ces catégories plus rares, chaque poche de sang compte. Lors d’urgences médicales, d’accidents graves ou d’interventions chirurgicales complexes, la recherche de donneurs compatibles peut parfois devenir une course contre la montre.

Un geste qui vaut trois vies

Au-delà des statistiques et des projections démographiques, le message des acteurs du secteur reste simple. Une seule pinte de sang peut contribuer à sauver jusqu’à trois vies. Derrière chaque poche collectée, se trouvent des accidentés de la route, des patients atteints de cancer, des femmes confrontées à des complications lors d’un accouchement ou encore des personnes nécessitant des interventions chirurgicales lourdes.

Pour Dewanand Hossen, l’urgence est désormais de convaincre une nouvelle génération de prendre le relais. « Le plus grand défi aujourd’hui, ce n’est pas seulement la collecte, c’est la relève », répète-t-il. Avant de lancer un appel qui résonne comme un cri du cœur : « Anou fer sa zes-la. Anou ed sa bann pasian-la. »

Hors-texte

Les conditions pour donner son sang

Pour être éligible au don de sang à Maurice, il faut :

  • Être âgé de 18 à 60 ans ;
  • Peser au moins 50 kg ;
  • Présenter un taux d’hémoglobine minimum de 12,5 g/dL ;
  • Être en bonne santé au moment du prélèvement.

Les autorités sanitaires, conformément aux recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé, autorisent toutefois les donneurs réguliers en bonne santé à poursuivre leurs dons jusqu’à 65 ans, afin d’élargir temporairement le bassin de donneurs face aux défis démographiques actuels.

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