Pourquoi certains produits en plastique et pas d’autres  ?

L’interdiction sur certains produits en plastique à usage unique a bel et bien pris effet vendredi. Et ce, après plusieurs mois de discussions et de tergiversations entre autorités et industriels. Une situation qui nous rappelle vaguement les nombreuses mesures interdisant l’utilisation des sacs en plastique annoncées en 2004, puis en 2015, et promulguée en 2016, et qui avaient elles aussi fait des vagues à l’époque. Pourquoi de telles mesures, pourtant louables, prennent-elles autant de temps  ? Et pourquoi aucune mention n’est pas faite des bouteilles PET, ennemi n°1 des écologistes  ?

Cette histoire de plastique ne date pas d’hier. Si nos amis rodriguais, eux, ont bien compris et retenu la leçon avec notamment l’interdiction d’utiliser les sacs en plastique depuis 2014, de même que tous les produits en plastique et polystyrène jetables sous le Rodrigues Regional Assembly (RRA) Banning of Disposable Plastic Food Items Regulations 2019, à Maurice, les choses semblent avancer plus lentement. C’est, en effet, le ministre de l’Environnement de l’époque Raj Dayal qui annonce l’interdiction définitive d’utiliser les sacs en plastique, en 2015, sous l’Environment Protection (Banning of Plastic Bags) Regulations. Ce dernier avançait que cette mesure très forte, et qui avait d’ailleurs soulevé un tollé parmi les producteurs de plastique, « will allow leapfrogging from a throw-away society to an ecologically responsible one. » Un moratoire de six mois avait alors été demandé par la Plastic Products Manufacturers & Users Association, ce qui avait retardé les campagnes de sensibilisation du ministère de tutelle. Le moratoire devait toutefois être rejeté.

Il est aussi bon de noter qu’en 2004, le ministre de l’Environnement de l’époque, Rajesh Bhagwan, s’était lancé dans une lutte acharnée contre les sacs en plastique justement, sous l’Environment Protection (Plasic Carry Bags) Regulations. Il privilégiait alors les sacs ‘biodégradables’ et sévissait contre les producteurs de plastique qui ne respectaient pas les nouveaux règlements. Quelque temps après, c’est le ministre des Finances Rama Sithanen qui annonçait dans le budget 2006-2007 une taxe d’une roupie sur chaque sac en plastique, ce qui avait provoqué une chute drastique dans la consommation des Mauriciens. Tendance qui n’a malheureusement pas duré longtemps.

Quid des  bouteilles PET  ?

Plusieurs années plus tard, soit en 2021, c’est au tour des produits en plastique à usage unique de faire leur entrée sur la liste noire du ministère de l’Environnement. Annoncée au début de l’année dernière par le ministre de tutelle, Kavy Ramano, il nous aura fallu attendre plusieurs mois avant de savoir si Maurice se débarrasserait définitivement de ses take-aways et couverts en plastique. Si effectivement les autorités ont tenu parole malgré encore une fois les revendications des diverses associations locales, cette mesure ne fait toujours pas l’unanimité.

Ainsi, une semaine avant l’entrée en vigueur de l’Environment Protection (Control of Single Use Plastic Products) Regulations 2020, d’autres objets ont été ajoutés à la liste existante, de même que d’autres dates butoir pour les producteurs. À partir du 1er mars 2021, les sacs en rouleaux, les petits sacs, les sacs transportés par les passagers débarquant de l’aéroport ou arrivant au port contenant leurs achats et tous les types de sacs en plastique non biodégradables fabriqués aux fins d’exportation seront interdits. En somme, tous les sacs en plastique sont bannis.

« Les sacs en plastique exemptés sont ceux conçus pour être utilisés pour l’élimination des déchets (sacs poubelles) y compris les déchets de quarantaine et les déchets cliniques ; ceux conçus à des fins agricoles ; à des fins médicales ou d’échantillonnage et d’analyse ; ceux qui constituent ou font partie intégrante de l’emballage dans lesquels les marchandises, matériaux ou produits sont scellés avant leur vente sur le marché local ou aux fins d’exportation ; et des sacs transparents réformables avec dispositif de sécurité utilisés par un passager pour contenir des liquides, des aérosols ou des gels à l’aéroport, à bord d’un avion ou transportés par un passager en transfert. »

Le message est donc bien clair : pas de sacs en plastique et pas de produits en plastique à usage unique. Mais qu’en est-il des bouteilles PET  ? Si plusieurs mesures semblent avoir été prises pour dissuader les producteurs locaux de même que les consommateurs mauriciens de « consommer » du plastique, rien ne semble avoir été fait pour éliminer les bouteilles PET qui représentent un des plus gros polluants. Les écologistes sont nombreux à en avoir parler, dont Adi Teelock de Platform Moris Lanvironnman ou encore l’ingénieur en environnement et océanographe Vassen Kauppaymoothoo.

Clarifier  la situation  

Ce dernier disait dans un entretien accordé à Week-End en 2019 que « que le gouvernement devrait jouer un rôle par rapport à cela, en permettant et en maintenant, en tant que facilitateur et régulateur, la mise en place d’un système de collecte de bouteilles en plastique. Et pourquoi ne pas donner des incentives aux personnes qui collectent les bouteilles en plastique? Les Rs 2,30 de taxe environnementale que nous payons pour chaque bouteille aurait pu être remboursées aux citoyens qui les retourneraient comme on le fait pour les bouteilles en verre. Pourquoi refuse-t-on de mettre en place ce système ? Or, si on continue à céder aux lobbies, on va perdre davantage d’argent pour remédier à la dégradation de notre environnement. La seule façon de s’en sortir, c’est d’avoir une approche intégrée. Actuellement, notre approche est souvent fragmentée, avec des ministères qui ont des responsabilités très diverses comme ceux de l’Ocean Economy, l’Environnement, le ministère des Finances, etc. »

Par ailleurs, quid des producteurs de pots de yaourt ou de dessert locaux qui devront écouler leur stock d’ici au 15 janvier 2022 ? Dans un autre entretien de Week-End en 2020, Eric Corson, de PIM Limited, proposait que l’on s’accorde d’abord sur les définitions afin de bien cerner le problème. « Si les autorités ne définissent pas avec précision les produits concernés, les conséquences peuvent être dramatiques pour beaucoup d’entreprises et de petits entrepreneurs, et par effet de ricochet sur les emplois. Lors des différentes présentations, les autorités ont surtout parlé du packaging immédiatement jetable qu’on puisse trouver, par exemple, dans les food courts ou dans la restauration, tels que les gobelets jetables, assiettes, couverts, pailles, etc. »

« Mais qu’en est-il des barquettes alimentaires qui aident à prolonger la durée vie de certains produits où il n’existe pas toujours des alternatives. Qu’en est-il des produits de consommation courante comme une bouteille de liquide vaisselle, un bac de crème glacée, un seau de peinture, et la liste est encore bien longue? Qu’en est-il des produits alimentaires importés dans des contenants en plastique? Beaucoup de questions pour lesquelles on se doit d’avoir des réponses précises des autorités. La définition des HS Code pourrait aider à clarifier la situation, mais en étroite concertation avec les différents stakeholders », disait-il.

Bref, il n’est vraiment pas facile de se débarrasser du plastique… et une autre liste de produits bannis est en gestation. Affaire à suivre.