L’Association Socioculturelle Rastafari (ASR) a tenu une conférence de presse ce jeudi 25 juin pour réitérer ses principales revendications : la reconnaissance et le respect de la culture rastafari au sein de la société mauricienne, ainsi que la reconnaissance de l’usage du cannabis dans le cadre des pratiques religieuses rastafaries et assurer l’inclusion effective des rastafari dans les instances où sont discutées les politiques et cadres juridiques liés à la reconnaissance de leurs droits.
Les membres de l’association affirment vouloir contribuer pleinement au développement du pays, mais estiment que leur communauté continue d’être victime de préjugés et de discrimination.
« Depuis vingt ans que nous faisons entendre nos revendications, nous sommes témoins de discrimination, de ségrégation et de nombreux stéréotypes liés à notre communauté, notamment à cause de nos cheveux », ont-ils soutenu.
Abordant la question du cannabis, le porte-parole de l’association, Michaël Toocaram, a insisté sur la dimension spirituelle de cette plante pour les rastafaris.
»Nou pa pe pran sa pou gagn nissa, ni pou pran nissa. Pou nou, li sakre. Ena mafieux ki pe pran sa plant-la pe servi li à des fins komersial. Nou pe lans enn apel a gouvernman », a-t-il déclaré.
De son côté, Ruddy, membre de l’ASR, a indiqué que l’association avait déjà soumis un plaidoyer à la National Agency for Drug Control.
»Nous avons déjà déposé notre plaidoirie auprès de la National Agency for Drug Control. Nous demandons des garanties afin que les rastafaris ne soient plus victimes de discrimination en raison de l’usage, de la consommation, de la plantation, du transport ou du partage du cannabis. Les rastafaris du monde entier utilisent le cannabis dans le cadre de rituels, de cérémonies et pour ses différentes vertus. De plus, notre Constitution garantit la liberté de religion à Maurice, mais l’illégalité du cannabis pénalise notre intégration sociale et culturelle », a-t-il déclaré.
Les membres de l’association ont également plaidé en faveur d’une société plus inclusive et respectueuse des différences culturelles et religieuses.
Présente lors de la rencontre avec la presse, Lovena, mère de famille et membre de la communauté rastafari, a évoqué les difficultés auxquelles sa famille dit être confrontée.
»Nou sibir prizon, tay nou seve akoz gandia. Nou demann gouvernman trouv enn solision. Nou bann zanfan, ki zot lavenir ? Monn al labank, zot dir mwa ki mwa ek mo misie nou moralite pa bon. An tan ki rasta, nou pa kapav fer nanye. Mo fami rasta, mwa monn viktim, mo krwar mo bann zanfan osi viktim. Seki pa konserne pa koze », a-t-elle affirmé.
Dans leur plaidoyer, ils estiment que de façon systématique, ils sont réprimés pour l’usage de la gandia, et cette répression a un impact disproportionné dans leurs vies. »Pendant nos peines, nos enfants grandissent sans leurs pères, les cellules familiales sont fragilisées, nous nous appauvrissons. À notre retour, nous n’avons plus de travail et avec notre “moralite gate”, même pour des offenses mineures, le Certificate of Character devient un obstacle à l’emploi et à l’insertion sociale. Des années après nos peines, nous rencontrons encore des problèmes pour ouvrir un compte en banque, obtenir des visas, circuler librement. À cause de cette répression, un stigma nous colle à la peau, la société nous regarde avec mépris, nos familles sont bouleversées, de grandes souffrances sont imposées aux Rastas »
À l’issue de la conférence de presse, les membres de l’Association Socioculturelle Rastafari ont lancé un appel au gouvernement et réclamé une rencontre avec le Premier ministre, Navin Ramgoolam, afin de discuter de leurs revendications et de la place de la communauté rastafari dans la société mauricienne.
À savoir :
En 2015, la Jamaïque a dépénalisé la possession de petites quantités de cannabis (jusqu’à 56,7 g) et reconnu son usage sacramentel par les rastafaris. D’autres pays caribéens ont suivi : Antigua-et-Barbuda (2018–2023), Saint-Vincent-et-les-Grenadines (2018–2019), la Barbade (2019) et Trinité-et-Tobago (2019) ont adopté diverses réformes allant de la dépénalisation à la reconnaissance partielle ou explicite de l’usage religieux du cannabis. Hors Caraïbes, l’Afrique du Sud a légalisé l’usage privé du cannabis en 2018, une décision saluée par les communautés rastafaris. Aux Bahamas, des réformes similaires sont en cours. Présent sur tous les continents, le mouvement rastafari compterait entre 700 000 et 1 million d’adeptes, bien qu’aucun recensement officiel mondial ne permette d’en établir le nombre exact.
La relation singulière entre Rastafari et gandia
Le mouvement rastafari a toujours été associé à la gandia ; un des premiers Rastafari, Leonard Howell (1898-1981), avait rencontré l’herbe grâce aux descendants des engagés indiens en Jamaïque. Il a établi la première commune rastafari à la fin des années 1930 sur les collines de St Andrews, où la culture de l’herbe participait aux rituels et finançait son auto-suffisance. Depuis, les Rastafaris ont tissé une relation avec la gandia. En le plaçant au cœur de leur livity, un terme qui rassemble leurs pratiques spirituelles, culturelles.

