Pouvoir d’achat sous pression : La CEA  inquiet de l’ampleur du malaise social

Le diagnostic posé par la Consumers’ Eye Association (CEA) est sans ambiguïté : le pouvoir d’achat des Mauriciens est en net déclin. Pour Claude Canabady, il s’agit d’une réalité économique durable, alimentée par des facteurs externes et des fragilités internes.
Premier élément chiffré marquant : la dépendance du pays. Maurice importe entre 70 % et 80 % de ce qu’il consomme, ce qui expose directement les ménages aux hausses internationales. Avec la flambée récente des prix de l’essence et du diesel — en hausse d’environ 10 % selon les dernières révisions —, l’impact se diffuse rapidement du secteur du transport aux produits alimentaires.
Claude Canabady insiste également sur l’effet cumulatif : hausse du fret maritime, inflation importée et absence de mécanismes d’amortissement suffisants. Résultat, les prix à la consommation continuent de grimper, sans que les revenus suivent au même rythme.
Revoir le taux supérieur d’imposition pour les hauts revenus
Autre élément clé : l’élargissement de la crise sociale. Si les politiques de soutien ciblaient traditionnellement les plus vulnérables, la CEA constate aujourd’hui que la classe moyenne bascule progressivement dans la difficulté, signe d’un déséquilibre croissant entre salaires et coût de la vie.
Face à cette situation, plusieurs pistes sont avancées. Sur le plan fiscal, Canabady propose de revoir le taux supérieur d’imposition pour les hauts revenus afin de mieux redistribuer l’effort. Il appelle aussi à introduire davantage de concurrence sur les produits essentiels, notamment via une intervention accrue de la State Trading Corporation.
Mais la réponse la plus structurante reste la production locale. Réduire la dépendance de 70–80 % aux importations passe par une stratégie nationale visant à produire davantage, notamment dans l’alimentaire. Il regrette d’ailleurs que, depuis la pandémie de Covid-19, “deux années aient été perdues” sans mise en œuvre d’un plan à long terme.
Enfin, la CEA plaide pour une mobilisation globale de l’État, chaque ministère devant contribuer à un “blueprint” national pour limiter les importations. Sans réforme en profondeur, prévient-elle, la pression sur le pouvoir d’achat risque de s’installer durablement, au détriment du consommateur.

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