Chaque année, le tabagisme tue plus de 8 millions de personnes dans le monde, dont environ 1,3 million de non-fumeurs exposés à la fumée secondaire. Face à l’influence persistante de l’industrie du tabac, l’Université de Maurice, en collaboration avec l’ONG VISA, a réuni lundi au Gold Crest Hotel, à Quatre-Bornes, les acteurs clés autour des conclusions de l’Indice 2025 sur l’ingérence du secteur. Cette rencontre visait à impulser une riposte coordonnée pour protéger les politiques de santé publique à Maurice.
L’événement a réuni plusieurs parties prenantes clés, dont la représentante de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), Vinoda Vythelingum, le coordinateur de recherche du Global Centre for Good Governance in Tobacco Control, Yodhim Del Rosa, la professeure associée à l’Université de Maurice, le Dr Marie France Chan Sun, ainsi que le président de l’ONG VISA, Poubarlanaden Appavoo. Des représentants de divers ministères et organisations partenaires étaient également présents.
Réalisé par l’Université de Maurice, en collaboration avec l’ONG VISA, le rapport s’inscrit dans une enquête mondiale coordonnée par le Global Centre for Good Governance in Tobacco Control, couvrant 100 pays, dont 20 en Afrique. Il évalue la manière dont les gouvernements gèrent l’ingérence de l’industrie du tabac, conformément à l’article 5.3 de la Convention-cadre de l’Organisation mondiale de la Santé pour la lutte antitabac. À Maurice, l’étude est dirigée par le Dr M. F. Chan Sun.
L’indice 2025 révèle que Maurice se classe au 15e rang sur 100 pays, avec un score de 44, ce qui le place parmi les meilleures performances en Afrique. Toutefois, des défis persistent, notamment en raison de l’influence de l’industrie du tabac dans certains secteurs tels que le tourisme et l’hôtellerie.
Dans son intervention, la représentante de l’OMS, Vinoda Vythelingum, a souligné que le tabagisme demeure l’une des principales causes de décès évitables dans le monde, avec plus de 8 millions de morts chaque année. Elle a indiqué qu’à Maurice, les maladies non transmissibles représentent près de 80% des décès, le tabac constituant un facteur de risque majeur.
Tout en saluant les progrès réalisés – notamment l’introduction d’avertissements sanitaires illustrés, l’interdiction de la publicité, les lois sur les espaces sans fumée et le conditionnement neutre -, elle a toutefois relevé que la prévalence du tabagisme « reste élevée », à 18,1%, y compris chez les jeunes.
Vinoda Vythelingum a également indiqué que Maurice figurait parmi les premiers pays au monde à ratifier la Convention-cadre de l’Organisation mondiale de la Santé pour la lutte antitabac (OMS FCTC) en 2004. Des avertissements sanitaires illustrés sont affichés sur les paquets de cigarettes en 2008. Elle a ajouté que le pays dispose d’une législation complète en matière de lutte antitabac, incluant l’interdiction de la publicité, de la promotion et du parrainage du tabac, la mise en place d’espaces publics sans fumée, ainsi qu’une fiscalité spécifique sur le tabac, régulièrement révisée à la hausse.
Elle a réaffirmé le soutien de l’Organisation mondiale de la Santé dans la mise en œuvre des recommandations du rapport, soulignant la nécessité « de renforcer la sensibilisation, ainsi que les mécanismes de suivi et de déclaration.»
Le Dr Chan Sun a, pour sa part, qualifié l’indice d’outil important pour évaluer les efforts du pays visant à protéger la santé publique contre les intérêts de l’industrie du tabac. Elle a indiqué que Maurice avait reçu un prix de reconnaissance spéciale de l’Organisation mondiale de la Santé en 2024 et s’était classée dixième sur 90 pays dans l’Indice 2023, avec un score de 41.
Dr Chan Sun a enfin appelé à « une collaboration continue entre les parties prenantes » afin de mettre en œuvre les recommandations et de renforcer davantage la position de Maurice dans les efforts mondiaux de lutte antitabac.
Des recommandations pour les politiques publiques
Les discussions ont permis d’explorer les moyens de limiter l’influence de l’industrie du tabac dans l’élaboration des politiques publiques et de renforcer les mesures existantes.
Le rapport met en avant une influence indirecte persistante, notamment via certains acteurs du secteur privé, ainsi qu’un manque de transparence dans les interactions entre autorités et industrie. Il souligne également des lacunes en matière de régulation des conflits d’intérêts, le lobbying et la divulgation des activités liées au secteur du tabac.
Pour y remédier, il recommande la mise en place d’un code de conduite encadrant les relations entre responsables publics et industrie du tabac, ainsi que la création d’un registre obligatoire des entités liées au secteur, de leurs organisations affiliées et des lobbyistes.
Il préconise également de renforcer les obligations de transparence sur les activités de l’industrie, notamment la divulgation de données sur ses parts de marché, ses revenus, ses dépenses de marketing et ses activités de lobbying ou contributions politiques.
Le rapport appelle, en outre, à supprimer certains avantages accordés à l’industrie, notamment les ventes en duty-free et les exonérations fiscales. Il exhorte à réduire la visibilité des produits du tabac dans les points de vente. Il insiste aussi sur la nécessité de renforcer la sensibilisation des administrations publiques à l’article 5.3 de la Convention-cadre de l’Organisation mondiale de la Santé. Et celle de réviser le cadre réglementaire afin de garantir une transparence totale et la mise à disposition publique des informations relatives aux activités de l’industrie.

