Secteur des services financiers : Maurice accélère sa préparation à l’évaluation ESAAMLG de 2027

Jyoti Jeetun sur les primes d’assurance en hausse : “If consumers continue to be squeezed, the government will need to do something about it”, prévient Jyoti Jeetun

Réformes du secteur, préparation de Maurice à la Mutual Evaluation du Eastern and Southern Africa Anti-Money Laundering Group (ESAAMLG) de 2027, montée en puissance de l’assurance santé dans un contexte de vieillissement de la population et critiques récurrentes face à la hausse des primes : lors de la 53e assemblée générale de l’Insurers Association of Mauritius (IAM), les intervenants ont dressé un état des lieux sans complaisance d’un secteur en mutation, confronté à la hausse des coûts, aux risques émergents et à l’impératif de préserver la réputation du centre financier international mauricien. Cette assemblée générale s’est déroulée dans un contexte que la ministre des Services financiers, Jyoti Jeetun, a qualifié d’« unprecedented uncertainty ».

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Entre tensions géopolitiques, inflation mondiale, transformation du secteur financier et exigences accrues en matière de conformité, l’industrie de l’assurance se retrouve à un tournant stratégique.

Dès le début de son intervention, Jyoti Jeetun a indiqué que l’environnement international s’est profondément détérioré. Elle a également évoqué le changement climatique, les guerres commerciales et les conflits armés récents. « The problem is that these tail risks are occurring with greater frequency. It is not business as usual anymore. This new normal is characterized by increased uncertainty and volatility », dit-elle.

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Elle a notamment insisté sur les conséquences économiques du conflit au Moyen-Orient, mettant en avant que la hausse des prix du pétrole et les perturbations des chaînes d’approvisionnement auront des effets sur l’économie mauricienne et, par ricochet, sur le secteur de l’assurance, ajoutant que « the insurance sector is an important contributor to our economy. 2025 was a good year for the sector. The Iran war is changing the scenario. »
Selon Jyoti Jeetun, la hausse des primes observée dans plusieurs segments de l’assurance s’inscrit aussi dans ce contexte global marqué par l’inflation et la multiplication des risques. Elle a aussi parlé de la préparation de Maurice à la prochaine évaluation mutuelle du Eastern and Southern Africa Anti-Money Laundering Group (ESAAMLG) prévue en 2027, un exercice jugé crucial pour la crédibilité du centre financier mauricien.

La ministre a été catégorique. « The products, the skills, the market size do not matter if we do not safeguard our reputation. Our industry is built on our reputation. It is built on our credibility. These are non-negotiable » , estime-t-elle. Elle affirme que l’évaluation constituera un test majeur pour notre jurisdiction. « We have the Mutual Evaluation of the Eastern and Southern Africa Anti-Money Laundering Group coming up in 2027. It is an important test of our jurisdiction. Let me say this without any ambiguity. We are leaving no stones unturned to ensure that we pass this test.” Le gouvernement, les autorités de régulation et l’ensemble des parties prenantes sont mobilisés. La ministre des Services financiers a ajouté : “The National Committee on AML/CFT and the Core Group are working on a detailed action plan… We are taking no risks to safeguard the reputation of our IFC », rassure la ministre.

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Pour les acteurs du secteur, l’enjeu dépasse largement la conformité technique : il s’agit de préserver la confiance des investisseurs et des partenaires internationaux. Au-delà des exigences réglementaires, la ministre revient sur la nécessité pour l’industrie de se moderniser pour rester compétitive, notamment en développant de nouveaux produits face aux risques émergents. « The profile of risks is changing. Cyber threats, professional liability exposure, and cross-border risks are increasing in scale and complexity » , trouve-t-elle.

Elle a encouragé le secteur à innover, aussi bien dans les produits que dans les méthodes de distribution, le traitement des sinistres ou l’utilisation des données. Lancée en 2025, la National Insurance Claims Database devrait, selon elle, permettre une tarification plus personnalisée, notamment en assurance automobile : “Safe drivers will pay less. Risky drivers will pay more », prévient-elle

La ministre a également laissé entendre que le vieillissement de la population entraînera une demande croissante pour l’assurance santé, l’épargne retraite et la protection sociale.
Pour sa part, le président de l’Insurers Association of Mauritius, Naresh Gokulsing, a salué la résilience du secteur malgré les difficultés rencontrées en 2025. « Despite the various challenges, the insurance industry has remained resilient and our members have sustained growth. » Mais il a insisté sur la nécessité d’engager des réformes pour renforcer l’industrie : « We need to continue to push for the right reforms in order to build an insurance industry that will continue to drive progress. »

Parmi les priorités évoquées figurent l’amélioration de la pénétration de l’assurance, l’adoption des nouvelles technologies, la réforme des pensions et l’adaptation du cadre réglementaire, notamment dans le domaine de la santé. « There was a mention in the budget, a big jump on the health space. The regulation of health is getting more traction. » Selon lui, l’assurance santé prend aujourd’hui une place de plus en plus importante, tendance typique des économies vieillissantes. « In a developed market where you have an aging population, the health sector is now overtaking the motor », fait-il ressortir.

Hausse des primes

L’une des questions les plus sensibles abordées lors de l’assemblée générale a été celle de la hausse des primes, régulièrement critiquée par les consommateurs. Naresh Gokulsing a reconnu que le problème est réel, mais a relevé le fait qu’il est largement lié à l’augmentation des coûts.

« You have seen a lot of comments going around that insurance has become more expensive. The cost of repairs is a major explanation of why the cost of insurance has gone up. » Dans le secteur automobile, les prix des pièces détachées et des réparations pèsent lourdement, dit-il. « For the car, the repairers have some monopoly on spare parts », concede-t-il.

Dans l’assurance santé, la hausse des primes est directement liée à celle des traitements médicaux. « The price of health insurance is the function of the cost of claims… the cost of treatment has gone up materially, post-COVID », fait-il ressortir.
Il a également évoqué une structure de marché parfois peu concurrentielle dans certains services. « There are probably a few players, almost an oligopolistic structure », reconnait-il.  Selon lui, les compagnies d’assurance ne réalisent pas des profits excessifs sur ces segments. « More companies are operating around 100 or 101 combined ratio, they are not making any technical profit. »

Le président de l’IAM a aussi mis en garde contre l’augmentation des risques liés au climat, notamment les inondations soudaines observées ces dernières années.  « The frequency and severity of these catastrophes have increased, when insurers see the severity increase, they increase the price. » Ces évolutions obligent le secteur à revoir ses modèles et à développer de nouvelles solutions d’assurance.

De son côté, la ministre des Services financiers a appelé les acteurs de l’industrie à ne pas perdre de vue l’intérêt du consommateur, face aux critiques croissantes concernant le coût des assurances. « We continue to get complaints about rising insurance premiums, something is not working… The FSC as the industry regulator, need to take this seriously. If consumers continue to be squeezed, the government will need to do something about it », prévient-elle.

Jyoti Jeetun a également plaidé pour des produits plus accessibles, notamment pour les agriculteurs et les ménages exposés aux risques climatiques, ainsi que pour une utilisation accrue des technologies, de l’intelligence artificielle et des données pour proposer des assurances plus adaptées. “We need more personalised insurance, aligned with individual risk profiles”, devait-elle mettre en exergue.

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