(Tirs croisés) Gérard Mongelard sur les logements sociaux : « Nous sommes en situation de crise »

Les principaux partenaires du secteur en conviennent : avec quelque 30 000 demandes pour les logements sociaux, un chiffre qui ira croissant alors que ces demandes sont loin d’être satisfaites même à moitié, le pays est en situation de crise.

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Gérard Mongelard, prêtre et membre de l’ONG Drwa A Enn Lakaz, rappelle que « le gouvernement nouvellement élu en 2014 avait annoncé la construction de 10 000 maisons sur cinq ans pour les plus nécessiteux. Or, à mai 2018, seulement 1 358 avaient été construites et il y avait à l’époque 20 778 personnes sur la liste d’attente ! Depuis 2019, on nous parle de la construction de 12 000 unités, soit 600 dans chaque circonscription », s’indigne-t-il. Autre incohérence à ses yeux : parmi les 30 000 demandes à ce jour, un chiffre appelé à croître, « qui pourra bénéficier de ces 8 000 maisons qui coûteront Rs 2,7 millions l’unité. Déjà, avec le coût de la vie, certaines familles qui ont bénéficié d’une maison n’arrivent pas à rembourser leur prêt ».

L’ICJM a récemment organisé une conférence-débat sur la question de logements sociaux et décents avec pour thème : From Social Housing to human settlement. Pourquoi l’accès a un logement décent pour des milliers de familles est-il toujours d’actualité ? Où se situe le problème ?

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Regardons ensemble les chiffres : en 2015, le ministre d’alors avait annoncé que seulement 759 maisons sur 2 000 avaient été construites. En 2016, toujours sur 2 000 annonces, seulement 1 256 maisons allaient être construites d’après le ministre… Au final, de janvier 2015 à juillet 2017, seulement 1 063 maisons ont été construites par la NHDC.
Alors que le gouvernement nouvellement élu en 2014 avait annoncé la construction de 10 000 maisons sur cinq ans pour les plus nécessiteux, à mai 2018, seulement 1 358 ont été construites et il y avait à l’époque 20 778 personnes sur la liste d’attente ! Ce qui nous amène à nous demander si le gouvernement n’a pas constamment raté sa cible ! Si oui, voilà pourquoi nous nous retrouvons dans la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui.

Les élections générales se profilent à l’horizon. Le gouvernement met les bouchées doubles pour la construction de 8 000 unités de logements sociaux au coût de Rs 2,7 millions l’unité. Les contracteurs ont même reçu une avance de 25% du coût total. Ces maisons devraient être prêtes d’ici 18 mois. Une bonne chose ?

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Dans les années 90, on s’attendait que tous les gouvernements qui allaient se succéder allaient construire suffisamment de maisons pour les familles à faibles revenus. Depuis 2005, le peu de maisons construites a eu pour résultat une accumulation considérable de familles sur la liste d’attente. Nous sommes en situation de crise.
Depuis 2019, on nous parle de la construction de 12 000 unités, soit 600 dans chaque circonscription. Certes, le Covid-19 a joué les trouble-fête mais il ne faut pas tout mettre sur le dos du Covid.

Aujourd’hui, à la veille des élections, on vient parler de 8 000 unités en 18 mois. On passe au coût initial de Rs 1,5 million à Rs 2,7 millions l’unité. Qui pourra bénéficier de ces maisons ? Déjà, avec le coût de la vie, certaines familles qui ont bénéficié d’une maison n’arrivent pas à rembourser leur prêt. Est-ce que toutes les précautions ont été prises pour ne pas se retrouver avec des maisons inondables ?

D’après la NHDC, en 2021, quelque 27 000 familles nécessitaient un logement. Le chiffre est loin des 8 000 logements qui seront construits et destinés aux familles avec des revenus supérieurs à Rs 30 000. Quid de ces autres familles dont les revenus sont loin de cette somme et qui attendent depuis des années un logement décent ?

Comme me disait quelqu’un, met for gagn for. C’est la question que l’on se pose. Déjà, avec le coût actuel, je connais certaines familles qui, en raison du dépôt réclamé par la NHDC et du tarif pour le notaire, ont préféré abandonner leurs démarches.
Pov pou res touzour pov. Drwa a enn lakaz a aidé beaucoup de familles qui aujourd’hui se retrouvent avec un toit décent. Il y a 30 000 demandeurs à ce jour, un chiffre qui ira croissant. Quels sont les besoins de base d’une famille ? L’alimentation, le logement, l’éducation et l’habillement. Faites vous-même un petit calcul. Comment voulez-vous qu’une famille avec Rs 15 000 par mois puisse avoir une maison ?

Le coût de la construction ayant augmenté de plus de 30%, la crise économique rend-elle encore plus difficile l’accès à un toit décent ?

Avec le coût de la vie qui ne cesse d’augmenter, les plus pauvres ont du mal à joindre les deux bouts. Je suis témoin d’enfants qui vont à l’école le ventre vide. Des familles qui n’arrivent pas à payer leurs factures d’eau et d’électricité et qui sont endettées…
Le gros problème de la drogue n’arrange pas les choses pour certaines familles. Tout disparaît dans la maison, même leurs minces revenus. Même les couples qui travaillent parviennent difficilement à acheter un terrain pour construire.

Le thème de la conférence à l’ICJM From social housing to human settlement suggère que donner accès à un logement social ne suffit pas. Il importe encore de tenir compte du passé difficile de ces familles demeurées sans un toit décent pendant plusieurs années, n’est-ce pas ?

C’est vrai qu’il ne s’agit pas seulement de donner un toit à une famille et penser que le problème est résolu. Imaginez une personne qui, pendant plus de 25 ans, a vécu dans un taudis. Pensez à tout ce qu’elle a pu subir pendant ces longues années.
La stigmatisation, le regard négatif, un environnement pas toujours sain, et propice à la prolifération de la drogue. Je prends l’exemple de ces 200 familles qui ont vécu dans des conditions terribles depuis de longues années et qui vont bientôt être transférées dans des maisons en dur dans quelques mois. Très belle initiative certes. Mais a-t-on pris en considération l’aspect humain ? Ces traumatismes qu’elles ont vécus en temps de cyclone et de grosse pluie ? La façon dont elles ont été traitées ?

Une fois, il y avait un problème dans une entreprise. Les directeurs ont fait venir trois experts de l’étranger pour étudier le problème. Ces derniers ont mis trois mois pour essayer de comprendre. Ensuite, ils ont réuni les directeurs et ont donné leur rapport. Les directeurs ont ensuite rassemblé tout le personnel et en trois heures, ils ont expliqué d’où venait le problème et donné les solutions. Finalement, ils ont vécu trois années de pagaille. Pourquoi ? Parce que les décisions ont été prises d’en haut sans consulter la base…

Quelles solutions voyez-vous à ce problème de logements sociaux ?
Le comité Drwa a enn lakaz a préparé un document avec des propositions bien concrètes. Nous comptons rencontrer les représentants ou dirigeants des différents partis politiques pour en discuter. C’est un travail qui a été réalisé from bottom to top. Nous dévoilerons les propositions en temps et lieu.

 

 

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