Une série de manifs se sont déroulées la semaine dernière liées notamment à la censure du message du cardinal Piat à Noël ; à l’éducation et aux victimes du Wakashio. Force est de constater que les Mauriciens manifestent de plus en plus. Est-ce révélateur d’un malaise social ? Pour Faizal Jeeroburkhan, observateur politique et pédagogue, ces protestations « démontrent un ras-le-bol généralisé chez les citoyens qui, pourtant n’ont pas cette culture revendicatrice de la rue comme dans beaucoup d’autres pays », note-t-il.
Revenant sur la censure du message du cardinal à Noël, il y voit une « vérité dérangeante qui ne plaît pas aux princes du jour. C’est une censure décidée, semble-t-il, par un esprit chétif qui n’arrive pas à prendre de la hauteur pour faire la distinction entre le message d’un religieux conseiller du pape et les discours sectaires et arrogants de certains de nos parlementaires, qui passent à répétition sur nos ondes ». La liberté d’expression des citoyens « est certainement de plus en plus menacée ».
Côté éducation, il déplore qu’il y ait eu un programme « bouche-trou » en catimini et bâclé pour l’enseignement à distance ». Si Lindsey Collen, observatrice politique et sociale, de Lalit, trouve que la décision de la chaîne de télé nationale par rapport au texte du cardinal est « clairement inacceptable », elle soutient que ce problème de censure n’est pas nouveau pour en avoir fait l’expérience elle-même dans le passé.
Elle pointe du doigt « la relation malsaine entre l’État et la religion qui est demeurée depuis l’époque coloniale et qui a pris des formes démesurées dernièrement où on a vu le Premier ministre en charge de Task Forces, l’une après l’autre, liées à des événements religieux et qui occupent une place centrale à la MBC ». Elle est d’avis qu’il faudrait un débat profond et national sur l’importance d’un État séculier plutôt qu’un État multi-fondamentaliste de même qu’un débat sur la Freedom of Information Act.
Pour un changement dans la société, deux choses sont, dit-elle, nécessaires : des débats où toute la nation s’entend sur le thème du débat. « Deuxièmement, il faudrait que les partis politiques, la presse et les associations formulent leurs demandes sur la base d’un programme ».
Rajen Narsinghen, juriste et observateur politique, trouve, lui, que les manifs reflètent un « dysfonctionnement au niveau institutionnel ». Il rappelle que Maurice est une démocratie libérale. « Dans une démocratie libérale, il faut écouter la voix des minorités ». Toutes ces manifs, ajoute-t-il, « sont symptomatiques d’un malaise qui est très profond ». Il estime que la censure du message du cardinal est « complètement inacceptable. Dans la Constitution, on prévoit le respect de toutes les religions. Le cardinal ne pratique pas de la politique de bas étage ». Il dit espérer que « le gouvernement va se ressaisir en écoutant le peuple et ne pas s’embourber en prenant des décisions à l’encontre de la liberté d’expression ».
FAIZAL JEEROBURKHAN (Observateur politique) :
« Un ras-le-bol généralisé chez les citoyens »

Jeudi dernier, se sont déroulées plusieurs protestations liées à la censure du message annuel du cardinal Piat à Noël ; l’éducation ; les victimes du Wakashio non compensées … cette série de manif est-elle révélatrice d’une défaillance ou d’un dysfonctionnement dans notre société ?
Ces manifestations témoignent de la légèreté, de l’amateurisme et la partisanerie avec lesquels les décisions importantes sont prises et la façon dont le pays est géré. Elles démontrent aussi un ras-le-bol généralisé chez les citoyens qui pourtant n’ont pas cette culture revendicatrice de la rue comme dans beaucoup d’autres pays. Le dysfonctionnement est surtout au niveau des institutions publiques, censées être indépendantes, mais qui fonctionnent avec la complicité des protégés politiques gravitant autour du pouvoir et de certains fonctionnaires véreux de l’État. Le nombre de scandales est en nette augmentation. Au début, on croyait que c’était des erreurs de parcours mais on a très vite compris que c’était dans l’ADN de nos gouvernants.
Affirmative Action (AA) revendique l’aboutissement de l’enquête promise par le PM sur la censure du message du cardinal. La censure du message d’un religieux, conseiller du pape, sur la souffrance était-elle compréhensible ou acceptable pour vous ?
Le malheur du cardinal a été de révéler une vérité dérangeante qui ne plait pas aux princes du jour. C’est une censure décidée, semble-t-il, par un esprit chétif qui n’arrive pas à prendre de la hauteur pour faire la distinction entre le message d’un religieux conseiller du pape et les discours sectaires et arrogants de certains de nos parlementaires, qui passent à répétition sur nos ondes. On a la chance d’avoir un cardinal qui refuse d’être complice d’un système mafieux pour avoir son « bout » comme d’autres dirigeants soi-disant socioculturels. Je tiens à féliciter AA pour ses revendications. Espérons que l’enquête promise par le PM aboutisse à quelque chose de concret avec des sanctions appropriées.
Cet épisode s’affiche-t-il comme un baromètre de la liberté d’expression des citoyens mauriciens ?
La liberté d’expression des citoyens, pierre angulaire de notre démocratie et garantie par notre Constitution, est certainement de plus en plus menacée. Les dérives successives du pouvoir en place ont mis en évidence ses intentions machiavéliques. Les restrictions et les nouvelles lois bâillons de l’ICTA et de l’IBA sur les réseaux sociaux et les radios privées ont fait reculer cette liberté. Certaines radios privées sont menacées de fermeture et certains journaux sont écartés des conférences de presse de l’État alors que les enquêtes concernant les crimes politico-financiers crapuleux et les achats criminels de médicaments et d’équipements médicaux en pleine crise du Covid 19 traînent les pieds et tardent à aboutir.
Votre point de vue sur la gestion de l’Éducation pendant la pandémie ?
L’Éducation était déjà mal gérée avant la pandémie. Celui-ci n’a fait qu’aggraver la situation en amplifiant les failles d’un système périmé, figé, centralisé, obsédé par les examens et les connaissances académiques. Pendant la pandémie, les décisions primordiales au niveau national ont été prises en cercle fermé sans consultation aucune et sans dialogue avec les acteurs du système. On a fait l’impasse sur le développement physique, biologique, psychologique, émotionnel et social des élèves. On est intervenu avec un programme « bouche-trou » en catimini et forcément bâclé pour l’enseignement à distance. Au bout de deux années rien n’a été entrepris pour professionnaliser cet enseignement. Il faut reconnaître que l’enseignement à distance est plus difficile à mettre en place, plus coûteux et bien moins efficace que l’enseignement en présentiel. Pour le rendre le plus efficace possible, il fallait mettre sur pied une institution spécialisée avec le concours d’experts tels que des concepteurs de programmes d’études, des pédagogues et des enseignants spécialisés en la matière, des ingénieurs et des techniciens en informatique, de son et d’image etc. Le moteur de cette institution serait des studios très équipés pour le traitement des textes, des graphismes, de l’animation audio et vidéo etc. Cette institution serait connectée et travaillerait de concert avec tous les établissements de l’île à travers Internet et les supports numériques (Zoom, Microsoft 365, Skype, WhatsApp etc). L’expertise locale faisant défaut, il aurait fallu faire appel à l’expertise étrangère pour cela. L’institution doit s’assurer que tous les apprenants disposent d’équipements informatiques appropriés, dont ordinateur, tablette, portable, accès à l’internet, électricité… La formation des enseignants et des parents sera aussi la responsabilité de l’institution. C’est malheureusement le prix à payer pour un enseignement à distance de qualité.
Quel bilan donc faites-vous de ces deux ans d’enseignement à distance ?
L’efficacité de l’enseignement en ligne dépend de sa conception et de son organisation, sa logistique, les technologies utilisées, la disponibilité des outils informatiques, la formation des enseignants, la préparation et la disponibilité des parents etc. Évidemment, au tout début de la pandémie, faute de temps et de moyens, en tout amateurisme, il fallait absolument lancer des cours en ligne et sur les ondes. Malheureusement, au bout de deux années, la qualité des cours n’a pas grandement évolué par manque de vision, de planification et d’expertise. Un fort pourcentage des élèves est resté sur la touche par manque d’outil informatique et accès à l’internet/télévision.
Comment surmonter ces défaillances dans notre société et comment régler les dysfonctionnements ?
Pour régler ces défaillances il faut une volonté politique à toute épreuve : un programme focalisé sur le développement du pays et le bien-être de l’ensemble de ses citoyens – pas d’un petit groupe de privilégiés – en adoptant et en consolidant la démocratie participative, la méritocratie, la bonne gouvernance, la transparence, l’inclusion, l’indépendance des institutions publiques, la liberté d’expression, la liberté de la presse et en combattant avec force et conviction le communalisme, le népotisme, le favoritisme, la fraude et la corruption, le gaspillage, la pauvreté, la drogue, la justice à géométrie variable etc.
De l’espoir pour notre société en 2022 ?
Qui a dit que l’espoir fait vivre les imbéciles ?
LINDSEY COLLEN (Lalit) :
« Le problème de censure n’est pas nouveau »

Jeudi dernier, se sont déroulées plusieurs protestations liées à la censure du message annuel du cardinal Piat à Noël ; l’éducation ; les victimes du Wakashio non compensées … cette série de manifs est-elle révélatrice d’une défaillance ou d’un dysfonctionnement dans notre société ?
Je pense définitivement qu’il y a plusieurs choses qui vont mal dans la société, cela accentué par la pandémie. Par ailleurs, l’espace commun pour un seul et même débat au niveau national semble avoir été fragmenté. Les gens vivent comme dans des bulles séparées. Tout comme la pandémie, les réseaux sociaux sont peut-être venus accentuer le problème. Il y a certainement des dysfonctionnements. S’agissant du message de Mgr Piat à Noël, la décision de la chaîne de télé nationale est clairement inacceptable. La MBC faisant partie des médias en général, on peut dire qu’il y a une crise au niveau mondial et à Maurice autour des médias. Là encore, il y a différentes bulles, différentes réalités. Mais, ce problème de censure par la MBC n’est pas nouveau. En 2000, j’avais reçu une lettre du directeur général pour m’annoncer qu’on avait enlevé des phrases de mon texte – qui était basé sur un fait – dans le cadre d’une émission électorale. Il l’avait mis en écrit, c’était un peu plus raisonnable en un sens. En citant cet exemple, je ne dis pas que j’ai vécu la même chose que le cardinal mais cela montre que 22 ans de cela, il y avait déjà un problème. Je n’avais pas le droit de dire que Kaya était mort avec 33 blessures sur le corps, ce qui était un fait établi. Donc, ce n’est pas un problème nouveau. Maintenant, s’agissant de la question du ‘religieux’, on peut dire qu’à Maurice, il y a une relation malsaine entre l’État et la religion qui est demeurée depuis l’époque coloniale et qui a pris des formes démesurées dernièrement où on a vu le Premier ministre en charge de Task Forces, l’un après l’autre, liées à des événements religieux et qui occupent une place centrale à la MBC. Cela mériterait un débat profond national sur l’importance d’un État séculier plutôt qu’un État multi-fondamentaliste ; sur la Freedom of Information Act. On pense parfois que cette loi concerne la presse. Cela concerne la presse oui en tant qu’interface mais cela concerne le droit de la population à l’information. Il faut ce débat pour que tous les Mauriciens comprennent l’importance de l’information pour chaque personne. Pour ceux qui diffusent les infos, il faut des Fact Checkers avec la hausse de Fake News dans le monde. Dans certains pays, des ONG, des compagnies vérifient pour une somme modique des faits pour les journalistes. Il faut aussi un débat sur le rôle des réseaux sociaux.
Si 22 ans de cela, il y a eu censure comme vous le dites, avec celle du texte du cardinal et l’IBA Act votée l’an dernier, la liberté d’expression des citoyens mauriciens est-elle menacée ?
Il y a danger, oui, mais ce n’est pas nouveau. L’IBA et l’ICTA représentent un potentiel d’expansion de la liberté d’expression. La venue des radios a ouvert le champ de liberté d’expression. C’est dans la gestion de cette ouverture du champ de liberté qu’émane la répression.
De telles censures sont inquiétantes ?
Ce qui est inquiétant pour moi, c’est qu’on ne parvienne pas à faire un débat logique et rationnel où tout le monde ferait preuve d’une certaine consistance dans ce qu’il réclame et réclame une même chose et ne s’éparpille pas. Par exemple, si certaines associations réclament du gouvernement la répression par rapport à des actes de pédophilie sur les réseaux sociaux, il faut un programme pour que les autres internautes ne soient pas entravés dans leur liberté d’expression. Il faut un débat non seulement sur la pédophilie sur les réseaux sociaux mais un débat qui inclut tout ce qui est lié aux réseaux sociaux. Il faut voir le problème ‘as a whole’. Un débat dans la presse ne suffit pas. Il faut un débat dans chaque Village Hall, dans chaque centre social, dans les syndicats pour des discussions. Ensuite, lier ces discussions à la Freedom of Information Act. Ainsi, l’AA n’aurait pas à aller manifester sous la pluie. Elle aurait pu soumettre une requête et obtenir une réponse quant à ce qu’est advenue l’enquête. Avec une Freedom of Information Act, un citoyen peut soumettre une requête concernant son Medical Record de telle année et il obtiendra sa réponse. De même les journalistes ont le droit d’obtenir des informations de l’État.
Un danger, c’est le Non Disclosure Agreement (NDA). C’est quand le gouvernement entre dans un accord avec un autre gouvernement et le peuple n’est pas au courant de quoi il s’agit. Ce n’est pas possible.
Votre point de vue sur la manière dont l’Éducation a été gérée pendant la pandémie ?
La pandémie a mis en exergue beaucoup de faiblesses existantes dans notre système éducatif. C’est déchirant pour une société où certaines écoles payantes ont pu réunir tous les Softwares nécessaires pour poursuivre leur programme. Mais, ces élèves ont certainement raté des choses d’un point de vue de socialisation. C’est sûr que tous les enfants ont souffert. Beaucoup ont décroché, surtout ceux en milieu pauvre. Ils ont eu une certaine liberté et ne veulent plus retourner à l’école qui représente pour eux la répression. La compétition a continué malgré l’absence de scolarité. Cette pandémie a mis en lumière crûment l’inégalité dans le système. Sur Internet et à la télé, les cours sont en anglais ou en français. Ce ne sont pas tous les enfants qui arrivaient à comprendre. Ce sont des restes de notre passé colonial. Mais, en dépit de ses erreurs, la manière dont l’Éducation a été gérée n’a pas été trop mal.
Comment surmonter ces défaillances dans notre société et comment régler les dysfonctionnements ?
Deux choses sont nécessaires : des débats où toute la nation s’entend sur le thème du débat. Deuxièmement, il faudrait que les partis politiques, la presse et les associations formulent leurs demandes sur la base d’un programme. Il faut qu’on soit clair et non pas prendre une position tête baissée. Par exemple, garder les écoles ouvertes même si la pandémie bat son plein. Il faut savoir évaluer la situation.
RAJEN NARSINGHEN (Observateur politique):
« J’espère que le GM sera à l’écoute du peuple »
Jeudi dernier, se sont déroulées plusieurs protestations liées à la censure du message annuel du cardinal Piat à Noel ; l’éducation ; les victimes du Wakashio non compensées … cette série de manifs est-elle révélatrice d’une défaillance ou d’un dysfonctionnement dans notre société ?
C’est une défaillance qui se situe dans notre société en partie mais davantage au niveau des institutions qui fonctionnent mal ou qui ne fonctionnent pas. Ensuite, il y a cette nouvelle tendance depuis 2019 venant du gouvernement et des institutions gouvernementales qui disent « le chien aboie, la caravane passe ». Ce qui montre que dans leurs stratégies, ils font la pluie et le beau temps et ne tiennent pas compte de la voix du peuple. Ils ne réalisent pas que Maurice est une démocratie libérale et non pas une démocratie tout court. Dans une démocratie libérale, il faut écouter la voix des minorités. Le gouvernement en place a une majorité de 37%. Avec les abstentions de 20-23%, cela revient à une grosse majorité qui sont contre le gouvernement. Or, il fait abstraction des pétitions électorales, des contestations, des allégations. Si le gouvernement était raisonnable, il aurait écouté encore davantage la population. Outre ces petites manifs de la semaine dernière, il y a eu la grosse manif de R&A, avec 10 000 personnes ; la résistance de Bruneau Laurette et l’Opposition parlementaire avec une foule de près de 80 000 personnes à Port-Louis et environ 40 000 personnes à Mahébourg. Il y avait aussi une grosse mobilisation avec la Plateforme contre la hausse des Prix. Plus récemment, avec la Plateforme pour la Liberté d’Expression, le rallye en dépit des restrictions a été un grand succès. Avec les restrictions sanitaires, actuellement, le peuple ne peut que se contenter de manif à 10 personnes. Toutes ces manifs sont symptomatiques d’un malaise qui est très profond avec les mauvaises décisions, la corruption à une échelle jamais vue – scandale Pack & Blister, Molnupiravir etc. Par ailleurs, on ne laisse pas le choix vaccinal aux gens, le Parlement est muselé ; les députés sont expulsés ; l’ICAC ne fonctionne pas. Aussitôt un membre du gouvernement y est-il envoyé qu’il passe comme dans une machine à laver. Le peuple n’a d’autre choix que de faire des manifs. Alors même que le peuple mauricien est un peu mouton, depuis quelque temps, quelques braves gens manifestent, ce qui est bon pour la démocratie. En Tunisie, en Égypte, il y a eu le ‘Printemps arabe’. Si on ne fait pas attention, on risque d’avoir la même chose à Maurice.
Qu’en est-il des victimes du Wakashio ?
Ils ont crié et crié et le gouvernement ne les a pas compensés. Il y a comme une complaisance avec les autorités japonaises. Il y a tellement de scandales après scandales que les gens oublient. La compagnie japonaise responsable du Wakashio est en train de mettre une Limitation of Damage. C’est scandaleux. Le gouvernement aurait du bec et ongles lutter contre cette tentative de la société japonaise de limiter les dommages. Au niveau de la compensation, il y a une opacité. Que feront-ils de l’argent reçu de la société japonaise ? Personne ne sait. S’il n’y avait pas de restrictions sanitaires, les manifs auraient pris bien plus d’ampleur.
Affirmative Action revendique l’aboutissement de l’enquête promise par le PM sur la censure du message du cardinal et demande s’il y aura des sanctions. Une telle censure du message d’un chef religieux sur la souffrance était-elle compréhensible ou acceptable pour vous ?
C’est complètement inacceptable. Nous vivons dans un État laïc et le gouvernement doit pratiquer une politique d’équidistance. Dans la Constitution, on prévoit le respect de toutes les religions. D’autre part, la section 16 de la Constitution parle de politique de non-discrimination. Si dans le passé, la chaîne de télé nationale montrait des manquements, aujourd’hui, c’est encore plus grave. Il y a ceux qui n’ont pas les compétences voulues qui prennent les décisions. En termes de partage de temps d’antenne, il y a des discriminations, Le cardinal, rappelons-le, est aussi le conseiller du pape. De plus, il ne pratique pas de la politique de bas étage. Il parle de manière posée et sérieuse. Quand on compare cela à la fois où en 2019, dans une société socioculturelle, à la dernière minute, quelques heures avant les élections, une personne avait fait une déclaration qui a été truquée et manipulée, il y a une politique de deux poids deux mesures. Dans un pays laïc donc, avec une politique d’équidistance, une telle censure est anticonstitutionnelle et inacceptable.
Cet épisode démontre-t-il que la liberté d’expression des citoyens mauriciens est en danger ?
Définitivement. On a vu les diverses tentatives de répression avec l’IBA Act malgré les protestations de rue, l’appel de l’Opposition, de Reporters Sans Frontières et d’autres organisations internationales. Malheureusement, le gouvernement pense qu’il suffira, six mois avant les élections, de distribuer des cadeaux ici et là pour calmer la population. Je ne suis pas politicien. Je laisse cela aux soins de la population de décider.
Votre point de vue sur la manière dont l’Éducation a été gérée pendant la pandémie ?
La gestion au niveau du primaire et du secondaire a été catastrophique. Il n’y a pas eu de décision rationnelle. Je ne blâme pas la ministre mais les techniciens du ministère qui font gaffe sur gaffe, qui n’ont pas pris de décision scientifique. Il y a aussi le fait que le primaire et le secondaire ne sont pas préparés à l’Online Education. Il y a l’Electronic Divide. Le ministre Sawmynaden avait alloué un contrat à une société pour distribuer des tablettes. On a gaspillé Rs 250-300 M pour des tablettes qui ne valent rien. C’est un crime et les gens derrière cela doivent aller en prison.
Quel espoir pour 2022 ?
J’espère que le gouvernement va se ressaisir en écoutant le peuple et ne pas s’embourber en prenant des décisions à l’encontre de la liberté d’expression. Il faut que ceux impliqués dans la corruption soient sanctionnés. Il faut redonner confiance en revoyant le fonctionnement de la Police, de la FSC, de la Banque de Maurice et de l’ICAC. Qu’on appelle la société civile, l’Opposition pour discuter. Il ne faut pas de la politique partisane. Tout cela évitera les manifs. Dans une démocratie libérale, il faut que tout cela soit réglé !

