TotalEnergies — Stations-service de Flic-en-Flac-Belle-Vue-Rainbow — L’emploi de 50 pompistes locaux en sursis

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— Les rumeurs d’un grand remplacement par des travailleurs étrangers s’accentuent

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— Petroserv : « Notre contrat de ressources humaines a été résilié avec TotalEnergies »

— TotalEnergies : « La prérogative du recrutement reviendra au nouveau gestionnaire »

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Ils ont beau cumulé plusieurs années de bons et loyaux service en tant que pompistes et préposés des boutiques au sein des stations-service de TotalEnergies, une cinquante d’employés affectés aux sites de Flic-en-Flac, Belle-Vue et Bell-Village (Rainbow) vont bientôt se retrouver sur le pavé. C’est du moins le scénario qui se dessine suite à la lettre qu’ils ont reçue de la part de leur employeur Petro Services Limited (Petroserv), entreprise proposant des services d’externalisation de pompiste ainsi que du personnel pour les compagnies pétrolières et stations-service. Le contrat liant Petroserv et TotalEnergies a en effet été résilié et, selon la cellule de communication de cette dernière, « si TotalEnergies reste le propriétaire de la station-service, une société-gestionnaire externe a été enrôlée pour administrer et exploiter le site. » Du coup, la responsabilité d’embaucher du personnel incombe désormais au nouvel exploitant. De quoi alimenter les rumeurs d’un recrutement massif de travailleurs étrangers, venant principalement de pays d’Asie du Sud, pour supplanter la main-d’œuvre locale.

En première ligne dans l’accueil des clients, le pompiste, aussi appelé préposé de station-service, véhicule l’image de l’entreprise. Il vous fait le plein d’essence, gère la caisse et la vente de produits annexes, tout en instaurant une atmosphère conviviale et personnalisée, ce qui crée un lien de fidélité avec les clients réguliers. Si la disparition progressive du métier de pompiste traditionnel au profit des automates n’est pas à l’ordre du jour à Maurice, plusieurs dynamiques contradictoires marquent la période actuelle. Face à la pénurie de main-d’œuvre locale dans les secteurs opérationnels, de nombreuses stations-service privilégient désormais l’intégration des travailleurs étrangers.

Sauf que si on se fie à l’engagement remarquable dont font preuve les 50 pompistes affectées aux stations-service TotalEnergies de Flic-en-Flac, Belle-Vue et Bell-Village (Rainbow), l’idée reçue de la prétendue réticence des Mauriciens à s’acquitter de certaines tâches est battue en brèche. Tributaire du rythme des travaux, ces valeureux travailleurs cumulent souvent jusqu’à 70 heures de travail par semaine pour un salaire net de départ totalement dérisoire. On en veut pour preuve les 600 signatures (environ), dénombrées à vendredi soir, de fidèles clients de la station-service TotalEnergies de Flic-en-Flac autour d’une pétition (environ) ayant pour toile de fond l’épée de Damoclès planant sur les têtes de ceux qu’ils côtoient quotidiennement depuis plusieurs années.

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« Ces pompistes mauriciens jouent un rôle de pilier social, offrant un mot gentil, des conseils de route ou simplement une présence humaine. J’aurais pu aller ailleurs pour faire le plein, mais c’est la raison pour laquelle j’ai jeté mon dévolu sur TotalEnergies. En guise de soutien à ces braves gens, dont certains sont là depuis cinq ou six ans, j’irai voir ailleurs si jamais on les renvoie comme de vieilles chaussettes », confie une automobiliste.

« Ils sont d’un niveau

d’excellence absolu »

La rumeur s’est répandue comme une traînée de poudre du côté de la station balnéaire. Les publications de soutien à l’endroit des pompistes se multiplient, depuis vendredi, sur la page Facebook Flic-en-Flac community, et tous se rejoignent sur un point, à l’instar de ce commentaire sans équivoque laissé par un riverain : « Ces pompistes sont d’un niveau d’excellence absolu et de rigueur professionnelle irréprochable, comme on en voit rarement ailleurs. Les décideurs doivent privilégier le culte du mérite et de l’effort au détriment d’autres facteurs, sinon on fera le plein ailleurs. Ça ne nous posera aucun inconvénient. »

Pour comprendre l’origine de cette pétition, il faut remonter au 9 septembre et la missive adressée par Petroserv — prestataire de TotalEnergies dans le service du personnel — à ses 50 pompistes et responsables de boutique. « We are hereby informing you of a development which shall affect your employment with Petro Services Ltd. Our client TotalEnergies has formally notified Petro that it intends to convert its Company Owned Company Operated (COCO) service stations to a new operation model. As a result, Petro Services has been informed that the manpower services currently being provides to TotalEnergies will no longer be required following the conversion of the respective stations. The provisional schedule communicated by TotalEnergies, which may be revised, is as follows :

• Flic-en-Flac : at the close of the station on 30 September 2026

• Rainbow : at the close of the station on 14 October 2026 & 

• Belle-Vue : at the close of the station on 1 November 2026. »

« Je n’ai aucune solution

pour un redéploiement »

Certes, cette lettre, précise Petroserv, « is not a notice of terminating your employment », mais d’après son Managing Director, Bernard Thomas, qu’on a joint au téléphone, jeudi, « la résiliation de notre contrat avec TotalEnergies signifie que nous n’avons plus de contrats de personnel avec aucune station-service. Je me retrouve ainsi pris au dépourvu, car les 50 préposés employés chez nous ont tous été formés et recrutés uniquement pour ce secteur d’activité. On attend de savoir qui sera le gestionnaire des trois sites en question de TotalEnergies, mais pour l’instant, je n’ai aucune solution pour un redéploiement. Aussi, je n’envisage pas de m’en remettre au Redundancy Board pour l’instant puisque j’entends trouver des solutions, avec l’appui du syndicat ». C’est le syndicaliste Lall Deonath, président de l’Artisans & General Workers’Union (AGWU), qui est en charge de ce dossier. On a tenté en vain de le joindre.

Quid de TotalEnergies ? Un responsable de sa cellule de communication souligne que « la compagnie a mis fin au contrat le liant à Petroserv pour le personnel pour la simple et bonne raison qu’elle va confier la gestion des trois sites de Flic-en-Flac, Rainbow et Belle-Vue à une société externe dont on taira le nom pour l’instant. C’est la première fois que TotalEnergies, qui reste propriétaire des stations-service en question, adopte cette formule. Du coup, la prérogative du recrutement des pompistes et préposés de boutique reviendra au nouveau gestionnaire. » 

Y a-t-il une possibilité que le nouvel exploitant opte pour sauvegarder l’emploi des 50 pompistes et préposés de boutique ? Si non, seront-ils remplacés par des travailleurs locaux ou étrangers ? La réponse reste la même : « On comprend la situation dans laquelle se trouvent ces personnes, mais ce ne sera plus TotalEnergies qui s’occupera des dossiers liés aux ressources humaines », soutient notre interlocuteur.

« On a la boule au ventre »

What next ? Ne tirons pas de conclusion hâtive, mais à l’heure où les débats font rage autour du recours accru à l’immigration de travail, à l’image des stations-service — entre ceux qui estiment que la main-d’œuvre étrangère est indispensable à l’économie et d’autres qui dénoncent une concurrence pour les emplois destinés aux Mauriciens, la pression à la baisse sur les salaires que ferait peser leur participation au marché du travail, ainsi que les difficultés liées à la communication —, personne ne sera surpris de voir le ravitaillement des véhicules des trois stations-service de TotalEnergies être confié à des travailleurs venant de pays d’Asie du Sud.

Les concernés peuvent compter sur la fidèle clientèle de TotalEnergies. Plus de 500 automobilistes ont signé cette pétition

« Personne n’est dupe. Dans les quatre coins de l’île, ce sont des pompistes étrangers qui ont pris le relais des locaux. Dans beaucoup de cas, ces recrutements sont justifiés, car il y a effectivement une pénurie de main-d’œuvre locale, mais tel n’est pas le cas sur les trois sites de TotalEnergies. On a la boule au ventre depuis qu’on a reçu cette lettre. On a des familles à nourrir. On a besoin d’une réponse, et vite », confie un préposé du site de Flic-en-Flac.

ANDY SERVIABLE

 

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