Si l’industrie du tourisme à Maurice peut aujourd’hui se réjouir d’un rebond remarquable en termes d’arrivées après le Covid-19, force est de convenir que les hôteliers doivent encore affronter un obstacle : la pénurie de main-d’œuvre.
Pour soutenir cette reprise, l’AHRIM (Association des Hôteliers et Restaurateurs de Maurice) demande en urgence le recrutement d’étrangers. En l’absence d’alternative pour pallier dans l’immédiat au manque de personnel, cette solution devrait-elle être pour autant être privilégiée de manière permanente ?
Pour Renaud Azema, CEO de Vatel Mauritius et premier directeur de l’École hôtelière de Maurice, la main-d’œuvre étrangère est une solution à court-terme. Il se dit en faveur d’un tel recours « à condition que la solution soit choisie, calibrée et formée pour une prestation à la hauteur ». Il met en garde contre l’altération du cachet mauricien.
« Il faut faire attention à ne pas dénaturer le service mauricien car cela peut aller très vite alors que la réputation de Maurice s’est bâtie en 50 ans ». Sur le long-terme, il recommande de retourner vers les Mauriciens. « Il faut attirer la jeunesse mauricienne vers ces métiers ».
Il dit souhaiter que l’EHSGD reprenne son lustre d’antan. Il insiste sur l’urgence de faire comprendre aux jeunes que travailler dans le tourisme, « c’est se garantir un épanouissement, acquérir des compétences professionnelles » et martèle que « la flexibilité est possible aujourd’hui dans l’hôtellerie ! ».
Mubarak Sooltangos, Marketing and Strategy Consultant, admet qu’il n’y a pas de solution alternative immédiate. Il est toutefois d’avis qu’il faut privilégier la main-d’œuvre mauricienne « parce que celle-ci fait partie de notre paysage touristique du fait de sa culture îlienne. Elle vient compléter le caractère que nous devons donner à notre offre en tant que destination touristique tropicale ».
En effet, interroge-t-il : « comment fait-on si la majorité des employés sont Bangladais, Indiens ou Malgaches et ne peuvent rien communiquer sur les divers caractéristiques et atouts de notre pays ? ». Il prône en outre de sonder systématiquement chaque client à la fin de son séjour en vue « d’améliorer davantage le service et pourquoi pas, pour récompenser, et ainsi motiver le personnel ».
Gerard Paya, consultant en tourisme et formateur à l’EHSGD, défend les qualités de cette école. « Les profs se donnent et se battent mais on a laissé tomber l’école hôtelière. Les croisières envoient leur HR pour venir recruter chez nous. Des Canadiens sont venus dernièrement pour recruter des cuisiniers. Cela veut dire que la formation marche ». S’il ne se montre pas contre la main-d’œuvre étrangère, celle-ci, note-t-il, ne connaît pas l’histoire de Maurice.
« Si on prend des étrangers, il faut faire une formation sur l’histoire et la culture de Maurice pour qu’ils puissent vendre la culture mauricienne avec les clients ». Quant à l’avenir, il faut, dit-il, « retourner dans les collèges pour attirer des jeunes vers cette industrie qui est actuellement en pleine effervescence. Il y a énormément de vie, d’espoir dans l’hôtellerie. Il faut savoir l’exploiter ».
Retrouvez l’article au complet dans l’édition du Mauricien 8 juin.

