La Rodrigues Private and Allied Industries Workers saisit l’Employment Relations Tribunal avec pour objectif le respect du principe de « À travail égal, salaire égal ! »
Après l’échec des négociations, la Rodrigues Private and Allied Industries Workers Union sort les griffes et promet de défendre jusqu’au bout les droits des travailleurs de Rodrigues. Ainsi, la tension est palpable dans les relations industrielles au sein de l’Airport of Rodrigues Ltd. Ce qui n’était hier qu’un conflit autour de salaires et de conditions de travail prend désormais les dimensions d’un véritable bras de fer social et juridique. Après l’échec des négociations et de la conciliation devant la Rodrigues Commission for Conciliation and Mediation, le syndicat annonce qu’il porte désormais le combat devant l’Employment Relations Tribunal (ERT).
Pour le syndicat, l’enjeu dépasse largement quelques roupies supplémentaires sur une fiche de paie. Derrière cette confrontation se trouve, affirme-t-il, une question beaucoup plus profonde : quelle valeur accorde-t-on au salarié rodriguais ?
C’est devenu le cri de ralliement du RPIAWU : à travail égal, salaire égal. Le syndicat réclame une harmonisation des salaires et des conditions de travail pour les employés exerçant des fonctions comparables et possédant des qualifications similaires. Il réclame également une véritable reconnaissance de la polyvalence des travailleurs de Rodrigues, certains employés devant, selon le syndicat, assumer plusieurs responsabilités correspondant à différents grades.
Pour le RPIAWU, il n’est plus question que la réalité insulaire serve automatiquement de justification à une rémunération inférieure. Le syndicat remet en cause la logique selon laquelle la différence de volume d’activités entre l’aéroport régional de Rodrigues et celui de Maurice devrait nécessairement conduire à des écarts de rémunération. Selon le RPIAWU, la référence au Load of Work ne peut pas devenir une formule magique permettant de justifier toutes les différences. Le syndicat critique également le recours à un rapport de 2020 pour soutenir ce qu’il qualifie de Discounted Salary.
Derrière cette expression se cache une colère profonde. Car pour les employés concernés, il ne s’agit pas uniquement de chiffres. C’est une question de respect, de reconnaissance et de dignité.
La RPIAWU place également le débat dans le cadre du groupe Airport Holdings Ltd, en affirmant qu’ARL et Airports of Mauritius Ltd sont des sociétés sœurs. Le syndicat met en avant la section 26 de la Workers’ Rights Act de 2019 dans son argumentaire, prônant l’égalité de traitement et la rémunération liée à un travail de valeur égale. Mais c’est désormais devant les instances compétentes que cette interprétation devra être examinée et tranchée.
157 420 passagers
Le syndicat entend également replacer le conflit dans la nouvelle réalité économique de Rodrigues. Les chiffres cités par le RPIAWU font état de 157 420 arrivées de passagers en 2025, un niveau présenté comme historique. Depuis janvier 2026, la Passenger Service Charge sur les vols domestiques serait par ailleurs passée de Rs 150 à Rs 500, tandis que l’État poursuit un vaste programme de modernisation de l’aéroport de Plaine-Corail, avec un investissement annoncé de Rs 7,75 milliards.
Moderniser une piste. Construire de nouvelles infrastructures. Augmenter la capacité d’accueil. Développer le trafic aérien. Tout cela représente l’avenir. Mais pour le syndicat, l’avenir ne peut pas être uniquement fait de béton, d’acier et de nouvelles technologies. Il doit aussi être fait de justice sociale. Car derrière chaque avion qui atterrit à Plaine Corail, derrière chaque passager accueilli, derrière chaque opération réalisée, il y a des femmes et des hommes. Des travailleurs. Des familles. Des Rodriguais. Et c’est précisément cette dimension humaine que le RPIAWU veut placer au centre du débat.
Ce conflit, relevant du domaine des relations industrielles pourrait dépasser le seul cadre de l’Airport of Rodrigues Ltd. Car derrière cette confrontation se dessine une question qui revient régulièrement dans le débat à Rodrigues : le développement de l’île doit-il nécessairement s’accompagner d’une différence de traitement entre Rodrigues et Maurice ?
Pour le RPIAWU, la réponse est claire. L’île veut des investissements, des infrastructures modernes, davantage de connectivité et d’opportunités. Elle veut également que les droits fondamentaux des travailleurs soient respectés et valorisés.
Le syndicat affirme donc qu’il ne reculera pas. Le dossier ARL–RPIAWU entre dans une nouvelle zone de turbulences, avec en toile de fond l’aéroport régional de Plaine-Corail.
Jocelin Louis : « Nous irons jusqu’au bout »
Pour Jocelin Louis, président du RPIAWU, le message est désormais lancé. Le syndicat entend défendre les intérêts des travailleurs rodriguais avec détermination et porter ses revendications devant les instances compétentes. Car au fond de cette bataille, une phrase résume toute la colère et toute l’espérance des travailleurs concernés : « nous ne réclamons pas un privilège mais l’égalité. »

