CUREPIPE XV : La ville d’hier et d’aujourd’hui

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Dès l’occupation de l’île par les Hollandais, la nécessité d’ouvrir «un chemin passant par le centre de l’île » se fit sentir. Il paraît que cette idée a émergé lors d’une tournée que fit le gouverneur hollandais Lamotius en juin 1678. Récit de cette escapade.

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« Le lundi 6 (juin 1678), nous dit le gouverneur Lamotius, je suis parti avec deux hommes … dans le but de faire une excursion d’inspection dans l’intérieur des terres. Le samedi 11, je rentrai à la loge avec mes deux hommes. Contre toute attente, nous avons été forcés de nous emménager pendant six jours dans la forêt, non sans avoir enduré une foule de privations et pas du tout à notre aise. Il a plu pendant 3 jours et 3 nuits sans discontinuer un instant et que nous ayons pu apercevoir le soleil pendant tout ce temps.

Il nous était impossible de faire du feu et nous avons dû rester bel et beau sans manger et avons dû coucher à l’air avec nos vêtements transpercés d’outre en outre. Vers le milieu de cette île, j’ai découvert un magnifique plateau de terre mesurant bon nombre d’arpents, si bien que lorsque nous manquerons de terrain sur les Plaines de Noortwyck (Port-Louis) nous pourrions alors venir nous établir dans cette localité qui se trouve dans une bien belle situation. »

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Le projet pour réunir le Nord-Ouest et le Sud-Est

C’est sous l’occupation française que le projet routier nord-ouest/sud-ouest prendra corps. En effet, « dès le début de l’occupation française, la construction d’une voie pour relier les deux parties de l’île fut envisagée ». (« Histoire de Curepipe, des Origines à 1890 » de Guy Rouillard) Ainsi, le 23 décembre 1730 la direction de la Compagnie des Indes demandait au gouverneur Maupin « à faire travailler à un chemin de communication pour aller du port Nord-Ouest à celui du Sud-Est en passant par le milieu de l’île, puisque…on le peut traverser sans trouver qu’une seule montagne qui est le piton du milieu de l’île ».

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C’est dans le cadre de ce projet que des travaux furent entrepris pour aménager le tronçon curepipien de ladite route. Pour la main-d’oeuvre requise les constructeurs se tournèrent vers la population servile. Dans sa séance du 26 Pluviose III (14 février 1795) le Comité de défense extérieure reçoit la missive suivante : « Les noirs de réquisition doivent arriver demain pour commencer le chemin à partir de Curepipe. Tous les outils nécessaires y ont été rendus le 22 (Pluviose). Les payottes sont construites, ainsi tout est en mesure pour ce travail. Le maire annonce qu’il y aura 300 noirs. »

La situation des travaux routiers

« Le 25 février, le comité entendit la lecture de la situation de travaux du génie. Il était rapporté qu’il n’y avait que 114 esclaves du port de la Fraternité (le Grand-Port) employés à ce travail ; on se proposait d’augmenter successivement ce nombre à mesure que les habitants pourraient fournir des vivres à leurs esclaves. Pour cette partie, ceux des Trois Ilots seront en mesure de travailler ayant envoyé quelque peu de biscuits… jusqu’à ce qu’on puisse prendre des mesures sur les lieux. En mars, les travaux sont en cours des deux côtés de Curepipe. »

À la réunion du 3 avril, le Comité de défense extérieure, « on lut une adresse de la municipalité de la Savane demandant que, due à l’urgence des travaux de la culture des terres, les esclaves de ce canton soient exemptés de travailler aux chemins de Curepipe. À la séance du 3 mai, lecture fut faite d’un rapport des travaux du génie disant qu’on continuait le chemin du côté de Grand-Port et que travail ne pouvait aller vite par le peu d’esclaves qu’on pouvait y placer. Il n’y avait que 96 esclaves employés à cet ouvrage. » (Idem)

Le général Avril et le voyageur Milbert

Ces chemins n’étaient cependant pas toujours commodes « du Grand-Port à la ville de Port-Louis », nous dit le général Jean-Jacques Avril en 1799. « Il y a dix lieues qu’il faut faire à travers des bois et des ravins ; chaque pas présente des embuscades. » Il ajoute que « l’armée, une fois enfourrée dans ce chemin couvert, tortueux et difficile pourrait courir le risqué d’être détruite ».

Le voyageur Jacques Milbert faisait aussi état du risque que posait les toutes franciliennes. « Nous renonçâmes au projet de gagner le chemin qui est frayé dans les bois et qui conduit par le milieu de l’île au Port Nord Ouest par Moka. », dit-il. Il s’agit manifestement du chemin longeant le Piton-du-Milieu. Et d’ajouter que : « Nous préférâmes malgré la difficulté de la route descendre vers la Rivière Profonde (Deep River) qui se réunit au bras principal de la Grande- Rivière du Port Impérial (Grand Port). » Il est notable que « les Anglais faits prisonniers lors de la bataille du Grand Port firent à pied le trajet entre les deux ports ».

Les Anglais et les routes mauriciennes

Le général Jean-Jacques Avril.

Il est notable qu’aussitôt l’île prise, « un relevé complet des routes en usage fut fait, accompagné de commentaires » et que « ces plans méticuleusement exécutés font voir que la route carrossable en venant de Port-Louis s’arrêtait à la rivière Sèche (Pont Fer) et reprenait aux environs de Rose-Belle. Seulement un sentier traversait Curepipe ». (Idem)
En 1819, soit neuf ans après la prise de l’île par les Anglais qui eut lieu en décembre 1810, fut amorcée la construction de la route Port-Louis/Curepipe avec prolongement vers Mahébourg, ce qui allait changer le destin de Curepipe. Achevé en 1825, le lieu devint le passage obligé des diligences. Quelques habitations sur les hauteurs et un hôtel de relais y virent le jour mais Curepipe resta un simple relais de diligences jusqu’à l’ouverture d’une grande ligne ferroviaire en 1865. Lorsqu’une épidémie de malaria décima une partie de la population en 1867, de nombreuses familles port-louisiennes s’installèrent à Curepipe qui devinrent pour elle une source de vie. D’où son nom la ville lumière.

Le capitaine Palmer était partie prenante du projet routier en question : « On the 10th of May (1819) I was sent with a detachment of men on a most disagreeable service… that was, of road making, to facilitate the communication between Port-Louis and Mahebourg, which was then quite impassable for ny wheeled vehicle, and in fact during the wet months almost impassable for passengers. The part of the road which ran through the great forest and was twelve miles in length was merely a very narrow footpath, cut through a dense forest and as bad a rocks and stumps could make it. My locality or post was about half way between Port-Louis and Mahebourg, at a spot called Curepipe, so called from its being the halting place for travellers between two places, and though there was no accommodation of any kind, house, hut or shed, they always stopped here to refresh themselves, and drink from the brook which ran across the road. »

 

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