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Entre érosion accélérée, grands travaux et interrogations environnementales
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L’État mauricien et Beachcomber Resorts & Hotels ont décidé de passer à l’offensive
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Le recul du trait de côte atteint environ 40 mètres entre 1967 et 2012 et certaines portions de la plage continuent aujourd’hui de perdre entre un et deux mètres par an
La plage de Trou-aux-Biches est depuis longtemps l’une des cartes postales les plus emblématiques de Maurice. Son lagon turquoise, son sable blanc et ses couchers de soleil ont contribué à bâtir sa réputation internationale et à faire de cette portion du littoral nord-ouest l’un des piliers de l’industrie touristique mauricienne.
Derrière cette image idyllique se cache aujourd’hui une réalité beaucoup plus préoccupante : celle d’un littoral qui recule inexorablement sous les assauts combinés du changement climatique, de l’élévation du niveau de la mer, des événements météorologiques extrêmes et des pressions humaines accumulées depuis plusieurs décennies. Face à cette menace, l’État mauricien et Beachcomber Resorts & Hotels ont décidé de passer à l’offensive avec deux projets distincts mais complémentaires qui pourraient profondément transformer le visage de Trou-aux-Biches dans les années à venir.
Une plage qui perd du terrain : entre un et deux mètres par an
Les chiffres donnent la mesure du problème. Selon les études réalisées dans le cadre de l’Environmental Impact Assessment (EIA), Trou-aux-Biches figure parmi les seize sites côtiers les plus vulnérables de Maurice nécessitant des mesures de protection urgentes.
Beachcomber avance de son côté que le recul du trait de côte atteint environ 40 mètres entre 1967 et 2012 et que certaines portions de la plage continuent aujourd’hui à perdre entre un et deux mètres par an.
Cette érosion progressive a déjà réduit considérablement la largeur de certaines sections de plage, diminuant leur rôle naturel de protection contre les houles et exposant davantage les infrastructures côtières.
Pour les experts, le phénomène n’est plus seulement esthétique.
Il s’agit désormais d’un enjeu économique, environnemental et même sécuritaire.
Le grand projet de l’État
L’étude d’impact environnemental commandée par le ministère de l’Environnement prévoit une intervention majeure sur près de 1,1 kilomètre de littoral.
Le projet repose sur plusieurs composantes :
- construction de 460 mètres d’enrochements de protection ;
- installation de quatre épis en forme de T et d’un épi supplémentaire ;
- apport massif de sable pour élargir certaines sections de plage ;
- création d’une rampe de mise à l’eau pour les pêcheurs ;
- aménagement de promenades, terrasses, espaces verts et aires de détente ;
- installation de « reef balls » destinés à favoriser la régénération écologique.
Les concepteurs affirment que ces infrastructures permettront de stabiliser durablement le littoral tout en maintenant l’attractivité touristique du site.
Beachcomber choisit une approche différente
Parallèlement, Beachcomber a lancé son propre projet de réhabilitation devant le Trou aux Biches Beachcomber Golf Resort & Spa. L’approche retenue diffère sensiblement.
Plutôt que de miser principalement sur des ouvrages lourds en béton ou en roche, le groupe hôtelier a choisi la technologie STABIPLAGE®, présentée comme une solution dite « douce » ou « fondée sur la nature ».
Le dispositif prévoit :
- six structures géotextiles immergées en forme de T ;
- l’apport d’environ 13 500 mètres cubes de sable ;
- une stabilisation progressive du littoral en accompagnant les dynamiques naturelles plutôt qu’en les bloquant.
L’objectif est de ralentir le transport du sable tout en préservant les échanges sédimentaires naturels.
Une question fondamentale : lutter contre la mer ou apprendre à vivre avec elle ?
C’est probablement là que se situe le cœur du débat. Depuis plusieurs décennies, la réponse classique à l’érosion côtière a consisté à construire des murs, des digues ou des enrochements destinés à repousser la mer.
Or, de nombreux spécialistes considèrent aujourd’hui que ces ouvrages peuvent parfois déplacer le problème plutôt que le résoudre.
L’EIA reconnaît d’ailleurs que plusieurs structures existantes à Trou-aux-Biches ont été conçues principalement pour protéger des infrastructures localisées, parfois au prix de la disparition progressive de portions de plage.
La nouvelle génération de projets cherche davantage à travailler avec les dynamiques naturelles qu’à les contrer frontalement.
Mais la question demeure : ces solutions seront-elles suffisantes face à une montée du niveau de la mer appelée à se poursuivre pendant plusieurs décennies ?
Les pêcheurs parmi les grands bénéficiaires
Le projet gouvernemental ne vise pas uniquement le tourisme. Une rampe de mise à l’eau est prévue afin de répondre aux besoins exprimés par la communauté des pêcheurs. Cette dimension est importante car Trou-aux-Biches demeure également un village de pêche traditionnel. L’EIA souligne que la pêche, les activités nautiques et le tourisme constituent des composantes essentielles de l’économie locale.
Malgré les assurances des promoteurs, certains risques subsistent. L’étude identifie plusieurs impacts potentiels :
- augmentation temporaire de la turbidité de l’eau ;
- dispersion de sédiments durant les travaux ;
- perturbations ponctuelles des habitats marins ;
- risques liés au transport de matériaux ;
- nuisances sonores et poussières pendant la construction.
Des espèces coralliennes sensibles ont également été recensées dans la zone. Deux colonies d’Acropora hemprichii, considérées comme vulnérables selon la classification de l’UICN, nécessiteront un suivi particulier et éventuellement une transplantation avant les travaux.
Une bataille emblématique du changement climatique
Au-delà du cas particulier de Trou-aux-Biches, cette opération illustre un défi auquel Maurice devra faire face sur l’ensemble de son littoral. L’étude du ministère rappelle que les plages mauriciennes sont confrontées à des phénomènes croissants :
- élévation du niveau de la mer ;
- houles plus énergétiques ;
- cyclones plus intenses ;
- pressions humaines sur les écosystèmes côtiers.
Autrement dit, Trou-aux-Biches n’est probablement qu’un avant-goût de ce qui attend d’autres régions côtières de l’île.
Une plage sauvée… pour combien de temps ?
Les auteurs de l’EIA se montrent confiants et estiment que les mesures proposées devraient protéger durablement le littoral.
Mais la véritable question est ailleurs. Peut-on encore « figer » un littoral dans un contexte où le climat évolue rapidement ?Les travaux engagés aujourd’hui représentent-ils une solution pour vingt ans, cinquante ans ou seulement quelques années ?
Personne ne possède encore la réponse.Une chose est cependant certaine : sans intervention, les experts considèrent que l’érosion continuerait son œuvre et que l’une des plages les plus célèbres de Maurice risquerait de perdre progressivement ce qui a fait sa renommée mondiale.
À Trou-aux-Biches, la bataille contre la mer est désormais engagée. Reste à savoir si les ouvrages construits aujourd’hui seront capables de résister aux défis de demain.

