Trois ans de guerre au Soudan, Berlin tente de mobiliser l'aide internationale

Le Soudan entre dans sa quatrième année de guerre entre l'armée et les paramilitaires qui a plongé la majorité de la population dans la pauvreté, sous les yeux inquiets de la communauté internationale réunie mercredi à Berlin où elle espère récolter plus d'un milliard de dollars.
Le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a dit espérer réunir d'ici mercredi après-midi un montant total d'engagements plus important "que lors de la dernière conférence à Londres, où avait été récolté un milliard de dollars" (850 millions d'euros), dans un entretien à la radio allemande Deutschlandfunk.
La pire crise humanitaire au monde, comme l'ONU a qualifié la situation au Soudan, a arraché quelque 12 millions de Soudanais à leurs foyers et répandu la famine.
A l'ouverture de la conférence, le président de la Commission de l'Union africaine, Mahamoud Ali Youssouf, a déploré "l'absence de couverture médiatique" du conflit.
M. Wadephul a de son côté trouvé "regrettable" que "les États-Unis ne soient plus aussi actifs que les années précédentes" dans ce dossier.
Avec 579 millions de dollars (492 millions d'euros) en 2025 et "200 millions supplémentaires" (170 millions d'euros) pour 2026, avant la nouvelle contribution de mercredi, Washington reste "fortement engagé en faveur de cette cause", a réfuté le conseiller américain aux affaires arabes et africaines, Massad Boulos.
A l'occasion de l'anniversaire du début du conflit, la réunion de Berlin rassemble gouvernements, agences humanitaires et organisations de la société civile, mais exclut les deux belligérants, l'armée et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR).

Le représentant américain a appelé les deux parties au conflit à "une pause de trois mois" dans les hostilités, une trêve humanitaire "sans aucune condition préalable" pour travailler à "un cessez-le-feu permanent" et à une "transition politique".
De précédentes rendez-vous similaires ces deux dernières années, à Londres et Paris, n'avaient pas permis de percée diplomatique.
- "Déchirant" -
"Les gens sont épuisés", témoigne Amgad Ahmed, 42 ans, à Omdurman, ville jumelle de Khartoum, la capitale soudanaise.
"Nous avons perdu notre travail, nos économies et tout sentiment de stabilité", confie l'homme, resté chez lui durant tout le conflit.

Près de 700 civils ont été tués dans des frappes de drones depuis janvier, les deux camps ayant intensifié leurs attaques, en particulier dans les États du Kordofan-Sud (sud) et du Nil Bleu (sud-est), selon l'ONU.
Un calme fragile s'est toutefois installé dans la capitale, reprise par l'armée en 2025, où la reconstruction a commencé dans certains secteurs.
Les marchés ont rouvert, le trafic automobile a repris, les examens de fin d'études secondaires se sont tenus cette semaine, après presque deux ans de fermetures massives d'écoles.
D'après l'ONU, environ 1,7 million de personnes sont revenues à Khartoum. Mais le danger y rôde encore et les autorités s'emploient lentement à neutraliser des dizaines de milliers de bombes non explosées.
Al‑Bachir Babker al‑Bachir, 41 ans, revenu à deux reprises après trois ans d'absence, estime que la ville aura besoin de plusieurs années pour se relever. "La route menant à l'université où j'ai étudié n'est plus la même, les murs sont noirs (...) Ce ne sont plus les mêmes endroits", raconte-t-il à l'AFP.
- Violences sexuelles, déplacements, morts -
Les efforts diplomatiques menés par le "Quad" (États‑Unis, Arabie saoudite, Émirats arabes unis et Égypte) ont jusqu'à présent échoué, les deux camps continuant de se disputer le contrôle du pays - le troisième plus grand d'Afrique - en bénéficiant du soutien de parrains étrangers.

L'Arabie saoudite, l’Égypte et la Turquie soutiennent l'armée soudanaise, et les Émirats arabes unis sont accusés d'armer les FSR. Tous nient une implication directe dans les hostilités.
Les pourparlers menés par le Quad ont également été interrompus après que le chef de l'armée, Abdel Fattah al‑Burhane, a remis en cause la participation d'Abou Dhabi.

Au-delà de la destruction généralisée des infrastructures, la guerre a précipité davantage la population - quelque 50 millions d'habitants - dans l'insécurité alimentaire et la pauvreté. Mais l'appel aux dons lancé par l'ONU pour 2026 n'est pour l'instant financé qu'à 16%.
La famine a été déclarée l'an dernier dans les capitales du Nord-Darfour, El-Facher (sud-ouest), et du Kordofan-Sud, Kadougli (sud), avec 20 autres zones à risque, selon l'ONU.
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