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La Fête du Travail revêtira cette année une importance particulière sur le plan politique. D’abord, ces manifestations politiques sont organisées dans un contexte spécial, avec en toile de fond le projet de réforme électorale éliminant la déclaration communale des candidats aux élections générales et l’introduction d’une dose de proportionnelle. La plateforme populaire du 1er-Mai pourrait se prolonger en tant que tremplin car, comme ne le cesse de répéter le leader de l’opposition et du MMM, Paul Bérenger, « as from May 2015, the House (l’Assemblée nationale) stands dissolved », ce qui donne à lévénement un parfum de campagne électorale. Les deux principaux blocs, que ce soit l’alliance gouvernementale PTr-PMSD ou le Remake 2000 MSM-MMM de l’opposition, savent pertinemment bien qu’ils n’ont pas le droit de rater leur entrée en scène.
Sur le terrain, la campagne de mobilisation pour rameuter les partisans et militants bat son plein, les états-majors politiques définissant les stratégies dites payantes. En marge de l’espace occupé par les politiques sur l’échiquier, le mouvement syndical se retrouve en face d’un nouveau handicap majeur à surmonter. Les syndicats s’afficheront en ordre encore plus dispersé pour la prochaine Fête du Travail en vue de faire entendre leur voix. Le Muvman Premye Me de Jack Bizlall, en partenariat avec la Confédération des Travailleurs du Secteur Privé (CTSP), assurera sa présence à Beau-Bassin, comme cela a été le cas pour ces dernières années. Par contre, la General Workers Federation (GWF), avec le concours de Rezistans & Alternativ, tentera le pari de faire bande à part avec un rassemblement contre le communalisme et en faveur de la justice sociale au stade Nelson Mandela à Cité Vallijee.
Indépendamment de l’importance cruciale que revêt le projet de réforme électorale, avec l’échéance du 5 mai prochain pour la soumission des observations et commentaires sur le Consultation Paper on Electoral Reform, l’enjeu de la joute populaire du 1er-Mai demeure les prochaines élections, le mandat du présent gouvernement arrivant à terme dans un an, soit en mai de l’année prochaine. Le consensus sur les grandes orientations de la réforme du système électoral entre le Parti Travailliste et le MMM est déjà du domaine public et ne souffre pas de contestation de fond.
Réforme électorale
« Au MMM, nous sommes conscients que la réforme électorale est plus que nécessaire à ce stade. Il est temps de mettre un terme à la pratique de déclaration de l’appartenance ethnique des candidats aux élections générales. Il est temps d’accorder une plus grande représentation féminine à l’Assemblée nationale. Il est temps de reléguer au second plan l’éventualité des 60/0 dans une varie démocratie. Puis, comme l’a répété Paul Bérenger, la réforme électorale est dans l’intérêt de Navin Ramgoolam en vue d’assurer l’existence politique du Parti Travailliste avec le tsunami politique qui surgira dès l’annonce des prochaines élections », déclare Rajesh Bhagwan, secrétaire général du MMM et responsable de la coordination de la mobilisation pour le 1er mai au sein du Remake 2000.
« Au sein du Remake 2000, nous sommes encore plus conscients des manoeuvres de nos adversaires politiques et plus particulièrement de l’intention de Navin Ramgoolam avec le projet de réforme électorale. Il croit pouvoir remettre en cause le Remake 2000 dans la conjoncture ou encore semer le doute parmi nous militants. Ramgoolam a déjà reçu le message qu’il ne réussira pas à atteindre cet objectif. Il doit être en présence des différents rapports sur notre campagne de mobilisation sur le terrain pour le 1er mai. Pas plus tard qu’hier soir, nous étions dans son fief de Triolet. Il sait à quoi il doit s’attendre personnellement. Ramgoolam doit comprendre que leker militan li dan Remake 2000, réforme ou pas », s’appesantit Rajesh Bhagwan, qui rappelle l’invitation du Remake 2000 au Premier ministre pour venir de l’avant avec le projet d’amendement à la Constitution.
De son côté, Patrick Assirvaden, président du Parti Travailliste, se veut également politique sur la question de réforme électorale. « La Fête du Travail sera célébrée à la veille d’une des plus importantes constitutionnelles après l’indépendance. Ce sera un moment historique et un des enjeux de mobilisation du Parti Travailliste », indique-t-il d’emblée.
« Toutefois, je ne crois pas que les rassemblements pour la Fête du Travail feront pencher la balance de la réforme du système dans un sens ou dans l’autre. La réforme électorale transcende toute question politique ou autre. Mais ce que nous savons au Parti Travailliste, c’est que l’électorat prendra connaissance de la vraie valeur du MSM sur la place électorale. L’indication la plus sûre est cette demande du MSM en vue de réduire de 10% à 5% le seuil de la qualification pour la représentation proportionnelle. C’est tout vous dire de la self-evaluation du MSM. Nous disons que ce parti ne vaut pas plus de 2% », riposte le président du Labour.
D’ailleurs, le PTr ne cache pas le fait pour confirmer que la cible privilégiée pour le 1er-Mai sera le MSM et plus particulièrement les Jugnauth. « Il est important de faire tomber le masque du MSM, qui ne cesse de berner la population quant à son réel intérêt de s’agripper coûte que coûte au pouvoir. Le mandat du MSM se résume à la protection envers et contre tout des intérêts de la famille Jugnauth. Jean-Mée Desveaux, dont on connaît les affinités politiques, a parfaitement résumé cette équation Jugnauth/pouvoir. Dans nos interventions pour la Fête du Travail, nous allons faire la démonstration de l’agenda réel du MSM au gouvernement, soit défendre les intérêts du clan Jugnauth. Les faits parleront d’eux-mêmes », poursuit Patrick Assirvaden.
La teneur des interventions annoncées pour le 1er-Mai, que ce soit sur l’estrade de l’alliance gouvernementale à Vacoas ou du Remake 2000 à Port-Louis, se résumera à un combat de chefs. « Nous ne serons pas en campagne car les élections générales sont pour l’année prochaine et nous avons un bilan de gouvernement à présenter. Le thème qui reviendra comme un leitmotiv sera la juxtaposition du modernisme du gouvernement avec le passéisme de l’autre camp. Navin Ramgoolam a su faire preuve de son rôle en tant que dirigeant moderne et a su être à la hauteur de sa réputation de rassembleur. Il n’a jamais blessé une communauté et même dans la réforme électorale, ce principe est respecté », déclare le président du PTr.
Guerre des foules
Patrick Assirvaden ne ratera pas l’occasion pour dresser le parallèle avec sir Anerood Jugnauth. « De l’autre côté, que voit-on ? Un chef passéiste, utilisant un langage du passé et se contentant de descendre dans la bassesse des palabres. Qu’a-t-on entendu lors des deux précédents meetings de la Fête du Travail du Remake 2000 ? Le masque du MSM devra tomber afin que l’électorat puisse découvrir le vrai visage des Jugnauth. Nous ferons tomber le masque des Jugnauth », maintient-il.
Et au secrétaire général du MMM de porter l’estocade. « Pour le Remake 2000, le rassemblement pour la Fête du Travail constituera la consécration de l’alternance à Navin Ramgoolam et le gouvernement PTr-PMSD avec les transfuges. Les signes de la fin du régime travailliste sont tangibles. Le Remake présente des leaders et des doers avec des track records et qui ont également fait leurs preuves. L’heure a sonné pour régler les comptes à la campagne de leurre de Ramgoolam à l’effet que Mo pou sanz ou lavi dans 100 zour. Le vrai changement de la population de l’enfer quotidien de Navin Ramgoolam sera l’oeuvre du Remake 2000 et nous nous mettrons en marche de manière irrémédiable à partir du 1er mai », confie Rajesh Bhagwan.
« L’empire de Navin Ramgoolam avec sa clique de manzé-bwar et de jouisseurs est en net déclin. Le peuple n’oubliera pas les épisodes de Macarena, campement de Roches-Noires, Jean Suzanne, Somduth Dulthummun. Already, there is a wind of change blowing in Mauritius. Un tsunami se déclenchera dès le jour de la dissolution de l’Assemblée nationale et balaiera tout sur son passage au sein du gouvernement jusqu’à la proclamation des résultats. Le modernisme, dont se gargarise le PTr, profite seulement à Navin Ramgoolam et sa bande qui circule en BMW Série 7. Les autres ne sont que des laissés-pour-compte et ne font qu’attendre le moment pour sceller le sort de ce gouvernement », s’indigne le secrétaire général du MMM.
Au-delà des joutes oratoires, la bottom line de ce 1er-Mai demeure la guerre des estimations de la foule. Déjà, le PTr affiche les couleurs. « Nous remporterons la bataille au niveau de la mobilisation. Nous pouvons compter sur l’ardeur des partisans du PTr aux étapes déterminantes de l’Histoire politique du pays. Le hard core du Labour est toujours là et ne demande qu’à être réveillé. Ensuite, il n’y a pas de doute que la jeunesse, notamment les first time voters dans la tranche d’âge de 18 à 20 ans, sont avec le PTr et Navin Ramgoolam », conclut le président du PTr.
Dans le camp du Remake 2000, la confiance est de mise pour le rassemblement politique à Port-Louis. La logistique est mise en place avec un accent particulier sur le transport. « Dans une telle organisation, le facteur clé reste le transport. Nous avons déjà effectué les réservations de bus auprès de la Corporation Nationale de Transport et d’autres compagnies de bus. J’ai même eu l’occasion de dire au Chairman de la CNT de pa zwé kokin avek nou. Il ne faut pas oublier aussi le rôle, que je qualifierai de mépris, de la MBC dans la couverture des événements politiques et la manipulation de l’appareil de l’État par le pouvoir à la veille des élections. Nous avons déjà pris nos dispositions pour faire respecter nos droits démocratiques. Le message que transmettra la foule mobilisée à Port-Louis est simple : Navin to pé asiz lor enn tawa so ek bato lalyans gouvernamn pe al koulé. Pé déza éna sauve qui peut… », laisse comprendre le secrétaire général du MMM à quinze jours de ce premier grand rendez-vous politique sur la route des prochaines élections.