Un show à l’américaine pour la petite fille des Mauriciens : c’est le cadeau que lui a offert son compagnon, Bruno Raya, et toute la grande famille qui accompagne Linzy Bacbotte depuis ses débuts, quand elle fut couronnée la Star 2000. Samedi soir, la scène du Swami Vivekananda Centre de Pailles a revêtu ses plus belles couleurs pour fêter dignement les 25 ans de carrière de cette jeune Mauricienne pas tout à fait comme les autres et qui essaye de l’être de toutes ses forces…
Une entrée en scène digne d’une star US, sur fond de l’enregistrement de la grande finale du concours de la MBC Star 2000 qui la consacrait, avec l’emblématique Marie-Michèle Étienne au micro, la petite Linzy Bacbotte, dans sa désormais légendaire robe rose à dentelles, laisse place à l’actuelle lady, sur les notes du même Promise me de Beverly Craven, qui la fit jadis sortir de l’ombre… Les images se mélangent et l’artiste transcende l’écran géant pour fouler la scène du SVICC. The show begins…
Avec une telle entrée en matière, c’est le la d’un show où l’on sentait que quasiment tout allait être minutieusement et soigneusement calibré qui allait être délivré à la très dense foule qui avait fait le déplacement, samedi soir. Cela faisait d’ailleurs très longtemps que l’on n’avait vu une telle foule se déplacer et investir le SVICC… Et pour cause, pour célébrer ses 25 ans de scène, « avec mes hauts et mes bas », ainsi qu’elle n’a eu de cesse de le répéter, Linzy Bacbotte aura fait dans le simple : s’entourer des meilleurs de la scène locale actuelle ! Et la recette a fait mouche…
Des indétrônables frères Ram et Nitish Joganah des Lataniers aux côtés de qui elle a grandi et fait ses premières armes à Palma à Laura Beg, la jeune voix toute en puissance, en passant par ses pairs et ses maîtres, nommément Sandra Mayotte, Serge Lebrasse, Désiré François, Gérard Louis et Toto Lebrasse, sans oublier le quatuor OSB, le spectacle 25 ans enchantant aura réussi son pari : Linzy Bacbotte est et restera encore longtemps une des voix les plus riches de notre scène.
Et pour le prouver, la jeune mère de Solena Jane et de Zion Jayzee s’est justement illustrée vocalement sur une multitude de registres : du séga typique avec le mythique Tangaley à Elle pleure, extrait de son dernier single inédit, sans oublier sa version de I’m every woman de son idole Whitney Houston, mais aussi des standards du reggae comme I can see clearly now de Jimmy Cliff, en duo avec Laura Beg… Au passage de ce marathon d’un peu plus de 150 minutes pleines et riches, des duos avec chacun de ses invités pour entrecouper ses numéros en solo. Linzy chante, danse, saute, pleure, rigole et entraîne son public sur un parcours dont elle a le secret : la communion parfaite ! Et c’est pour cela que ce grand public s’est déplacé samedi soir.
Au final, un show témoignant d’une très bonne qualité technique — bravo à ceux qui l’ont concocté dans ses détails les plus méticuleux et tant pis pour quelques ratages ; ce sont d’ailleurs des aléas d’un live — servi par une lady qui a su rendre justice à ses 25 ans de carrière. Linzy Bacbotte, on l’a déjà dit, c’est une voix plurielle, qui joue sur quasiment tous les registres. Ce qui peut être traduit comme une faiblesse pour certains qui diront qu’elle manque d’originalité. Mais qui se révèle également une force : celle d’une pro qui maîtrise ses cordes vocales. Et pour rappeler que notre Linzy nationale garde au fond d’elle, enfoui par un triste épisode de sa vie qui l’a forgé, cette voix limpide et douce à la fois, l’artiste gratifia l’assistance d’une interprétation unique d’Un autre horizon…
Autre moment inoubliable de son show : l’intermède impromptu avec Grégoire Amadeus, sur une composition totalement inédite autour de l’alcoolisme dont est victime depuis très longtemps l’un des proches de l’artiste. Linzy Bacbotte a, là, laissé la tomber tous les masques, pour dévoiler, en toute simplicité et sans fards, sa condition de femme et de fille, marquée dans son âme. Une mise à nu que l’artiste a réussi, au point d’émouvoir et d’extraire quelques larmes aux plus coriaces d’entre nous !
Au fil de ces 25 ans enchantant, Linzy Bacbotte, ses choristes, excellents, ses musiciens, dotés d’un son très puissant, et les danseurs, très efficaces, ont délivré un show de grande qualité qui ferait même de l’ombre à certaines productions étrangères déjà présentées dans le même lieu ! La qualité était au rendez-vous également en terme de contenu. Outre les différents registres sur lesquels la jeune femme s’est illustrée aux côtés de ses invités, les séquences vidéo retraçant sa carrière et ceux qui l’ont côtoyée ont complété le tableau.
25 ans enchantant : c’était LE rendez-vous populaire autour d’une artiste qu’on adore pour sa spontanéité, sa fougue sur et hors scène, et un petit bout de femme qu’on a tous vu grandir, mûrir, fléchir pour resplendir dans toute sa féminité. Ces 150 minutes de spectacle, c’était son moment de gloire à elle ; sa célébration de ses 25 ans bien remplis. Et c’était aussi son cadeau à cette grande famille mauricienne qui l’a choyée et aimée pour ce qu’elle est, avec ses forces et ses faiblesses. Sa manière à elle de dire merci à chacun et au créateur qu’elle n’a cessé de louer, au risque de paraître un peu “too much” pour certains.
Linzy, 50 ans de carrière : l’on ne sait ce qu’il en sera. Pour l’heure, comme l’un des deux titres de son single, un seul souhait lui est unanimement convié : Ne baisse pas les bras…