Dans un entretien accordé tout récemment à FIFA.com, le président de la FIFA, Sepp Blatter, a évoqué entre autres sujets la discrimination et le racisme, la technologie sur la ligne de but, les matches truqués et l’importance de la Coupe du Monde U20.
L’année 2013 a débuté sur un regrettable incident survenu lors d’un match de l’AC Milan. Le racisme n’est pas un phénomène nouveau dans la société et dans le football mais ce problème semble difficile à traiter. Quelles sont vos solutions ?
Dans ce cas, le football est victime de la société. La discrimination et le racisme y sont omniprésents. Le monde du football ne peut pas être tenu pour responsable d’un mal qui concerne l’ensemble de la société. Qu’il s’agisse de problèmes personnels, professionnels ou politiques, on ne résout jamais rien en prenant la fuite. Comme je l’ai déjà dit, je comprends et je soutiens l’action de Boateng. Il a envoyé un signal fort. À nous maintenant de prendre les bonnes mesures. Selon moi, nous devrions demander aux associations nationales et aux confédérations, particulièrement aux commissions de discipline, de se montrer très fermes sur le sujet. Les pénalités financières ne suffisent pas. Il reste la possibilité de condamner un club à jouer à huis clos mais je crois que la meilleure solution reste la déduction de points et la relégation. En effet, je pense que les clubs sont responsables de leurs supporters.
La technologie sur la ligne de but a été utilisée pour la première fois pendant la Coupe du Monde des Clubs de la FIFA. Aucune action n’a nécessité son intervention. S’agit-il selon vous d’une étape importante dans l’histoire de l’arbitrage ?
Les arbitres nous ont dit que ce dispositif leur était très utile. Cette solution permet de dire avec certitude si le ballon a franchi la ligne ou non. Les caméras de télévision ne peuvent pas tout voir et l’oeil humain non plus car le ballon va trop vite. Désormais, nous avons un système fiable, nous devons l’utiliser. J’ai pris cette décision en constatant que tous les téléspectateurs avaient vu le but de Frank Lampard contre l’Allemagne pendant la Coupe du Monde 2010 mais pas les arbitres. J’ai pensé que, si nous disposions d’un système efficace, nous devions l’utiliser pour la prochaine Coupe du Monde. Si nous ne le faisons pas et que la situation se reproduit, nous allons passer pour des irresponsables. Les systèmes sont prêts et nous les avons utilisés pendant la Coupe du Monde des Clubs. La prochaine étape consistera à les utiliser pendant la Coupe des Confédérations. À terme, les grands championnats les utiliseront aussi car les arbitres en ont besoin. Cette technique est la plus sûre lorsqu’il s’agit de déterminer si un ballon a franchi la ligne ou non.
En ce moment, on parle également beaucoup des affaires de matches truqués. Est-ce un danger pour le football ?
C’est l’un de nos pires ennemis. Si les gens savent que le résultat d’un match peut être truqué, ils n’ont plus aucune raison de s’intéresser à notre sport. Nous travaillons sur ce dossier en collaboration avec les responsables politiques et Interpol. Il faut que la communauté du football fasse preuve de solidarité. Quand les joueurs, les entraîneurs et les arbitres sont approchés par ces gens, ils doivent en parler immédiatement et sonner l’alarme. C’est indispensable pour que nous puissions intervenir. Vicente Del Bosque, le meilleur entraîneur du monde, a évoqué cette question lorsqu’il a parlé d’éthique et de solidarité dans le football en recevant son titre d’Entraîneur de l’Année.
Vous avez rejoint la FIFA il y a 38 ans. Vous avez connu des moments de calme mais aussi des périodes plus agitées. Pourtant, vous n’avez rien perdu de votre enthousiasme. D’où vient votre motivation ?
Je suis arrivé à la FIFA en février 1975. Je me suis lancé parce que j’avais la possibilité de travailler dans le football, un sport qui m’avait toujours passionné. J’ai moi-même été footballeur et il m’arrive encore de taper le ballon de temps en temps. Quand j’ai débuté à la FIFA, je me suis tout de suite rendu compte que le football était bien plus qu’un jeu, surtout en Afrique. Mais c’est vrai partout dans le monde. Ce sport est toute ma vie et je suis toujours convaincu que nous allons dans la bonne direction. Le football doit jouer un rôle social et culturel dans notre société, à travers la discipline, le respect et le fair-play. Si nous pouvons introduire ces éléments dans nos familles, nos écoles, nos gouvernements, notre économie, partout, nous aurons réussi quelque chose. Ça ne sera pas facile. Dans une famille de 300 millions de personnes, tout le monde n’est pas toujours sur la même longueur d’onde, mais cela ne nous empêchera pas d’essayer. La question de la santé est également une grande préoccupation pour l’avenir. Il ne sert à rien d’avoir toujours plus de joueurs, d’entraîneurs et d’arbitres si nous ne prenons pas soin de leur santé.
En 2013, la Coupe du Monde U20 de la FIFA aura lieu en Turquie. Pourquoi ce tournoi revêt-il un caractère particulier à vos yeux ?
La Coupe du Monde U20 est l’une des premières compétitions que nous avons mises dans notre programme quand nous avons commencé à travailler avec João Havelange, mon prédécesseur à la présidence de la FIFA. Il pensait que le football devait être universel et son programme de développement était basé autour de cette idée. Mais pour que le football grandisse, il fallait d’autres outils que les Jeux Olympiques et la Coupe du Monde. Nous avons lancé une compétition réservée aux U19, dont la première édition a eu lieu en Tunisie en 1977. La deuxième, organisée à Tokyo, a connu un beau succès et a été marquée par les premiers pas de Diego Maradona sur la scène mondiale. Après avoir été menée par l’URSS, l’Argentine a inscrit trois buts dans les dix dernières minutes. À partir de ce moment, la Coupe du Monde U20 est devenue le terrain de jeu des stars de demain. En termes d’importance, cette compétition occupe la deuxième place, juste derrière la Coupe du Monde.