Abaim revient à la genèse et sort Nomm mwa : Sega Tipik. Treize titres qui s’inspirent des règles du typique pour le conjuguer au présent. Un véritable travail de sauvegarde présenté dans le rythme et à travers de jeunes voix adaptées au genre. Accompagné d’une collection de cartes postales, d’un livret expliquant la structure de la musique et ses instruments, ce CD s’inscrit dans la continuité de l’objectif du groupe de préserver le patrimoine intangible du pays et de lui apporter un nouveau souffle. Après Kanar, Ti-Marmit, Alime tegn et d’autres titres, Maurice fredonnera bientôt Zoana mo p’ti ser.
Joanna n’habite pas loin des champs. Un jour, elle y a emmené Alain après le passage des laboureurs qui, la tâche terminée, avaient déjà “rann karo”. Dans le voisinage, tout le monde le sait : au départ des machines et des travailleurs, il suffit de fouiller un peu pour déterrer les pommes de terre abandonnées. “Lerla an semenn, tou dimounn landrwa manz chips, gratin, mash pomdeter”, disent Aurélie et Esthel, en rigolant. Dans ce quartier de Beau Bassin, la scène fait partie d’une tradition lorsqu’arrive la récolte.
Pour chanter cela, il fallait des voix haut perchées, aiguës : “High pitch”, précise Marousia Bouvéry. Dans l’intro du premier morceau du CD, celle d’Esthel s’élève en solo : “Zoana mo p’ti ser / Nou atann soley tonbe / Anou atann soley bes inpe / Mo amenn twa dan karo nimero 7.” La Ti-Marmit de 16 Ti Morso Nu Lanfans (2002) a aujourd’hui 23 ans, est devenue mère il y a peu. Elle avait 21 ans quand la chanson a été enregistrée, il y a deux ans. Sur l’album, l’intonation d’Esthel est dans le ton. Elle rejoint la plainte de Josiane Cassambo qui, en 1981, racontait : “Mo tangale li finn ale”, dans la cour familiale à Petite Rivière. Seri Coco, Zegwi masinn, etc., Zeness Ti-Rivier les ont immortalisées en live dans la cour des Cassambo, sous la direction de Pierre Argo et de l’ingénieur du son Philippe de Magnée.