Dans un poignant discours prononcé ce matin à l’occasion du dévoilement de deux plaques commémoratives au Bassin des Esclaves, à Pamplemousses, le père Philippe Fanchette, président du Centre Nelson Mandela pour la Culture africaine, a déclaré que « la discrimination raciale est encore très forte à Maurice et c’est ce qui empêche certains enfants de progresser ». C’était dans le cadre des commémorations du 180e anniversaire de l’abolition de l’esclavage à Maurice.
Pour le père Philippe Fanchette, ce qui importe aujourd’hui ce n’est pas tant l’histoire, mais la construction de l’avenir. Lors de son intervention, il est revenu sur un débat qui a longtemps passionné les historiens et ceux qui se sentent directement concernés par l’histoire orale attachée aux lieux symboliques : l’emplacement du Bassin des Esclaves et du marché des esclaves de Pamplemousses. « Est-ce en ces lieux que les esclaves se baignaient avant qu’ils ne soient vendus ? En histoire, ce que les gens racontent fait partie de la tradition ».
Pour l’intervenant, le décalage entre histoire orale et histoire écrite importe peu, l’important étant la reconnaissance de la tradition orale. Il estime qu’« on ne peut imaginer la souffrance des esclaves et pleurer » pour la simple raison que personne ne l’a vécue et que l’histoire est toujours une reconstruction. « Seki importan, se ki sakenn ena so plas e so rekonesans », a-t-il fait ressortir, récusant par là même le terme de « descendants d’esclaves ». Il ajoute que, depuis 1967, il fait partie d’un groupe qui effectue un pèlerinage annuel en ces lieux symboliques afin de garder vivante la mémoire des esclaves qui y sont passés.
Rappelant que les Nations unies avaient reconnu en 1976 que le coeur du problème était la discrimination raciale, Philippe Fanchette a avancé que le problème est « encore là » à Maurice. « Ou santi li ankor byin for dan sa pei-la. Ansam, anou ini pou debaras nou de seki pe anpes boukou zanfan avanse ver zot lavenir ». Pour ce faire, il lance un appel pour que « nou osi nou bizin pran nou prop liberte e kas sa diskriminasion rasial-la ». Relevant les noms inscrits sur les plaques, il a estimé qu’ils n’avaient pas lieu d’être puisque ce lieu de mémoire est en hommage aux esclaves. « Les noms cachent ce qu’il y a derrière ces plaques ».
Le ministre des Arts et de la Culture, Santaram Baboo, a évoqué l’importance du village de Pamplemousses dans l’histoire du pays et souligné que « malheureusement, nous ne connaissons pas l’emplacement exact de ce Bassin des Esclaves, car ce sont des données d’archives qui pourront nous le confirmer ». Il a toutefois précisé que certains lieux avaient été identifiés à partir de la tradition orale et qu’il était important de les respecter. Le président du conseil de village de Pamplemousses et le président du conseil de district du Nord ont également pris la parole à cette occasion.
Après les discours officiels, trois enfants de l’école primaire de Pamplemousses, à savoir Anya Adelaïde, Kishan Auckloo et Amélie Antoine, ont récité un poème en mémoire de ceux enlevés de leur lieu natal et mis en état d’esclavage. Santaram Baboo et Philippe Fanchette ont ensuite procédé au dévoilement de deux plaques commémoratives : la première au lieu où se trouve le Bassin des Esclaves et la deuxième à celui connu comme ayant été le marché des esclaves.