Dans le cadre des célébrations marquant le 179e anniversaire de l’abolition de l’esclavage, une plate-forme réunissant des organisations syndicales et des mouvements progressistes réclame des amendements fondamentaux à la Constitution. Une correspondance à cet effet a été adressée au Premier ministre en fin de semaine.
En premier lieu, dans cette lettre, les signataires – Serge Jauffret, Alain Edouard, Alain Kistnen, Judex Ramphul, Ashok Subron, Dany Marie et Devanand Ramjuttun – proposent que la Constitution reconnaisse que l’esclavage, tel qu’il existait à Maurice, a été et reste un crime contre l’humanité. Ces syndicalistes et membres de mouvements progressistes – provenant de l’Union of Artisans of the Sugar Industry (UASI), du Joint Negotiating Panel de l’industrie sucrière, de la Port-Louis Maritime Employees Union (PLMEA), du Syndicat des Pêcheurs, de la General Workers Federation, de Rezistans ek Alternativ, de l’Union of Bus Industry Workers et du Centre for Alternative Research and Studies (CARES) – attirent également l’attention sur le fait que les Nations Unies, ainsi que l’Etat français, ont déjà reconnu que l’esclavage est un crime contre l’humanité. Ils souhaitent également que la Constitution fasse mention que le peuple mauricien des générations précédant 1835 a subi des atrocités inhumaines pendant le système de l’esclavage et que les générations suivantes ont souffert des vestiges de ce système d’esclavage. Les syndicalistes proposent aussi que la Constitution présente ceux ayant participé à des actes de marronnage ou de résistances contre le système de l’esclavage comme des héros nationaux, des combattants de la liberté et des défenseurs des droits de l’homme.
Dans un autre volet, la correspondance mentionne également : « We propose that a fundamental amendment to the Constitution to recognize all human being who live on Mauritian Territory as human beings and citizens. This means the elimination in the First Schedule of the Constitution of all references which reduce human being as a communal category. The denial of recognition of human being per se, is a remnant of slavery and post slavery society. » Et de poursuivre : « During slavery human being were denied their very humanity and legally classified as ‘furniture’. During the indentured labour system, human being was reduced as “engagé”. During the colonial period we were all reduced to the status of ‘subject of the queen/king’. During post-independence, we are all reduced as a communal category, not as a human being. »
Plus loin, la plate-forme revendique l’inclusion d’une nouvelle section dans la Constitution. Ils réclament en effet que tous les droits sociaux, économiques et culturels, ainsi que les droits liés à l’environnement et la nature – tels que reconnus par les Nations Unies –, soient inclus dans la Constitution. « At present our Constitution only recognises civil and political rights and not economic, social and cultural rights. It is only through the permanent and progressive recognition of all human rights and freedom that a society emancipates itself from the remnants of slavery », affirment-ils.
D’autre part, les signataires de cette lettre proposent un changement constitutionnel afin que notre langue commune, « née pendant le système de l’esclavage », soit officiellement reconnue comme langue nationale commune. « La naissance de la langue créole est l’un des cadeaux les plus précieux que, paradoxalement, les enfants nés à partir du système de l’esclavage ont donné à notre République. Malgré le caractère génocidaire culturel de l’esclavage, la génération d’un langage montre la capacité créatrice des êtres humains. La langue créole est la langue la plus récente née de l’humanité. Malgré trois siècles de préjugés qui rappellent le système de l’esclavage, la langue créole est devenue notre langue commune et représente une de nos plus précieuses richesses. Il est grand temps de reconnaître notre patrimoine culturel, qui est notre langue commune, dans la Constitution », insistent Serge Jauffret, Alain Edouard, Alain Kistnen, Judex Ramphul, Ashok Subron Dany Marie et Devanand Ramjuttun.
Par ailleurs, dans le contexte du changement constitutionnel réclamé plus haut, ces citoyens engagés proposent également que, durant l’année 2014, le gouvernement prenne officiellement des mesures pour « re-habilitate » deux importants combattants de la liberté, en l’occurrence Anna de Bengale et Ratsitatane, qui ont marqué l’histoire de la résistance et du marronnage pendant la période de l’esclavage. « First, we propose that the government and the Ministry of Arts & Culture recognize officially Anna de Bengal and her comrades, as the first ‘freedom fighters’ of our country and that their act as the genesis and the constitutive act of the birth of the Mauritian nation. There is now ample historical evidence to show that the setting of fire and the destruction of the Fort Frederick Hendryk in 1695 Fort was the most important maroon attack against Dutch colonial rule in Mauritius. (…) We propose that a memorial be installed at the Frederick Hendryk Museum in honour of the act of Anna de Bengal and her comrades. History cannot be viewed through the prism of the oppressors. At least, the act and the truth from the point of view of the oppressed should be recognised at the Grand Port Museum and in official Mauritian history. »
En ce qu’il s’agit de Ratsitatane, ils souhaitent que son statut soit revalorisé en raison de son acte de résistance. À cet effet, ce regroupement propose  que la municipalité de Port-Louis attribue une reconnaissance appropriée à Ratsitatane avec l’installation d’un monument commémoratif à Plaine-Verte, où sa tête décapitée et celles de ses deux camarades ont été exposées.
Par ailleurs, cette plate-forme organise aujourd’hui une « caravane de la liberté » dans des endroits stratégiques à travers l’île. Le coup d’envoi sera donnée à 9 heures sur le site de l’Aapravasi Ghat. Les participants mettront ensuite le cap sur Camp-Yoloff, la région de Pamplemousses, au Musée Frederik Hendrik, à Vieux Grand-Port, avant de terminer au Morne.