Frayeur, manque de confiance, pleurs, cauchemars, colère… C’est ce que ressent Anastasia (nom fictif), 17 ans et mère d’un garçon de six mois, depuis qu’elle a subi deux agressions sexuelles. Plus d’une année s’est écoulée depuis ce cauchemar; la jeune femme parvient difficilement à se relever. Comme Anastasia, ils sont nombreux à éprouver cette souffrance. Un long et difficile processus qui demande un encadrement solide.
Durant ces dernières semaines, plusieurs cas d’abus sexuels ont été dénoncés dans les colonnes des faits divers de plusieurs publications locales. Rappelons le cas de la collégienne de 14 ans qui avait déclaré avoir eu des relations sexuelles avec son amoureux de 19 ans; l’écolière de 12 ans, habitant Baie du Tombeau, qui avait été abusée sexuellement par ses deux oncles, âgés de 16 et 19 ans ou encore la fille de 12 ans qui avait été victime d’attouchements par un homme de 38 ans.
Cauchemar.
Frayeur, dépression, détresse, manque de confiance, pleurs, cauchemars, colère… Autant de sentiments auxquels doivent faire face les jeunes victimes après une agression. Beaucoup d’entre eux, dont les espoirs à l’adolescence étaient grands, tentent difficilement de se reconstruire. Comme Anastasia, 17 ans, qui élève seule son fils de six mois, né des suites de deux agressions sexuelles de son petit ami de l’époque, alors âgé de 19 ans.
La jeune fille doit se battre pour joindre les deux bouts afin de subvenir aux besoins de son fils. Elle essaie tant bien que mal à effacer de son esprit le double cauchemar qu’elle a vécu. Un après-midi de 2011, alors qu’elle rend visite à Bob (prénom fictif), son petit ami, à son domicile, ce dernier l’oblige à se soumettre à des actes sexuels. “Il a insisté pendant un long moment en me disant que cela faisait déjà un an que nous nous connaissions et que pour prouver notre amour, nous pouvions faire l’amour. C’est en me voyant lui résister qu’il m’a jetée violemment sur le sofa du salon, m’a arraché les vêtements et m’a violée.”
Confiance.
Même si elle est déçue de ce que lui a fait subir son amoureux et qu’elle est effrayée à l’idée de le revoir, Anastasia finit par accepter les excuses de Bob une semaine après cette première agression, et décide de lui donner une seconde chance. “Il m’avait promis qu’il ne recommencerait plus.” Quelques semaines plus tard, Bob donne rendez-vous à sa petite amie à son domicile. Cette fois, il lui laisse croire que ses parents seront présents. “J’avais à peine franchi le seuil de la maison qu’il m’a enlevé mes vêtements et a abusé de moi à nouveau. Je n’ai pas osé crier, de peur qu’il me fasse du mal ou qu’il me tue. Je l’ai laissé faire sans réagir.” Anastasia n’a pas prévenu les autorités parce qu’elle avait peur de la réaction de Bob. Ce dernier l’avait menacé de lui faire du mal si elle osait en parler à quelqu’un.
Aujourd’hui encore, Anastasia ne peut expliquer pourquoi Bob lui a fait subir de telles choses. “Je le connaissais bien et il n’y avait aucune raison que je me méfie de lui. J’avais vraiment confiance en lui.”
Séquelles.
Dans la plupart des cas d’agressions sexuelles, la victime est proche de son agresseur, souligne Kunal Bhagan, le psychologue clinicien de la Mauritius Family Planning Welfare Association. “C’est quelqu’un qu’elle connaît et en qui elle a confiance. Il peut être un père, un oncle ou encore un voisin.”
Perdue dans ses pensées au moment où elle nous raconte le cauchemar qu’elle a subi, Anastasia nous confie qu’elle repense sans cesse à ces deux jours. Les images défilent avec la même violence. Elle a du mal à s’endormir, tellement la blessure est toujours vive. “J’ai peur de dormir. Quand je pose la tête sur l’oreiller, je repense à ce que j’ai subi. Je fais souvent des cauchemars.” Chaque détail de ce moment d’horreur restera à jamais gravé dans la mémoire d’Anastasia. La peur, le désarroi… Cette blessure profonde que l’agression violente laisse dans l’âme et le coeur.
Les séquelles sont toujours présentes et se manifestent sous différentes formes. Alors que certains peuvent choisir de s’isoler, d’autres ont parfois recours au suicide, confie le psychologue. “De nombreuses victimes choisissent de se taire. Mais elles finissent par laisser exploser leur frayeur par des actes anormaux, tant elles sont perturbées moralement. Il y a eu le cas de cette petite fille de 9 ans qui avait subi des agressions sexuelles de son cousin de 16 ans et qui avait fait deux tentatives de suicide. Ce n’est qu’après avoir été interrogée à plusieurs reprises qu’elle avait finalement dénoncé le jeune homme. Elle avait décidé de se confier aux autorités car elle avait peur d’être enceinte.”
Méfiance.
Cauchemars, pleurs, pipi au lit, dépression, isolement, crises de nerfs sont des signes auxquels on doit faire attention et qu’il faut prendre au sérieux chez un enfant, surtout s’ils sont fréquents, précise Kunal Bhagan.
Pour Anastasia, le plus dur aujourd’hui est de se relever et d’apprendre à refaire confiance. Depuis son agression, elle a du mal à faire confiance aux hommes et à s’engager dans une relation amoureuse. Ce n’est surtout pas l’envie qui lui manque. Mais la jeune femme explique que bien que ceux qu’elle rencontre semblent avoir de bonnes intentions à son égard, elle se montre très méfiante. “Je ne sais pas si un jour cela changera. Pour le moment, je ne veux pas me lancer dans une relation à deux, de peur d’être à nouveau blessée et de connaître une autre agression. Rien que me retrouver seule en la présence d’un autre homme me fait peur. Je me méfie de tous ceux que je croise.”
Violence.
Comme Anastasia, les victimes d’agressions sexuelles se relèvent difficilement et peinent à replacer leur confiance dans les gens, explique le psychologue. “Que ce soit vis-à-vis des étrangers ou même des proches, elles préfèrent se renfermer, tant la perte de confiance est grande. Il y a aussi le fait qu’un enfant victime d’abus sexuels prolongés développe une mauvaise estime de lui-même; il a le sentiment d’être un bon à rien. Ce qui fait qu’il se retrouve dans l’incapacité de révéler la vérité et de se confier.”
Des cas similaires à celui d’Anastasia sont fréquemment dénoncés à Maurice. Chaque année, l’on déplore quelque 300 cas d’abus sexuels au sein des familles, rapportés à la Child Development Unit (CDU). Filles et garçons ne sont pas à l’abri de ce genre de violence. “C’est sûr que le manque d’éducation sexuelle contribue à une telle situation. Mais il faudrait aussi entreprendre une étude sur la perversion et la frustration sexuelle de bon nombre d’individus à Maurice”, souligne Kunal Bhagan.