Le procès intenté au député Jean-Claude Barbier et à Selvanaden Mootoosamy devant la Cour correctionnelle de Port-Louis pour agression s’est poursuivi hier avec l’audition des témoins. L’un des plaignants dans cette affaire, Mano Mungur, a été contre-interrogé. Pendant plus de deux heures, la présumée victime a été confrontée à ses contradictions dans les dépositions qu’elle avait données à la police et en cour. « Lakour bizin kone si li kapav fer ou konfians », a lancé Me Steven Obeegadoo, avocat de Jean-Claude Barbier. Mano Mungur est revenu plusieurs fois sur ce qui s’était passé ce jour-là.
Mano Mungur, l’un des plaignants, a raconté en cour que, le soir du 29 avril 2013, il rentrait chez lui en compagnie d’un ami après avoir collé des affiches. « Mo ti pe marse kan kikenn inn pous mwa par deryer, linn trap mo latet linn tap lor koltar », a-t-il relaté. Son présumé agresseur, qu’il avait reconnu comme étant le député Jean-Claude Barbier, l’aurait menacé avant de lui faire comprendre que « mo pou fini tou malbar dan No 1 », allègue-t-il.
Dans sa déposition à la police, Mano Mungur avait déclaré avoir été grièvement blessé à la tête, au bras et sur plusieurs autres parties du corps. Or, Me Obeegadoo l’a confronté au rapport du médecin qui l’avait examiné ce jour-là. Il a fait ressortir qu’il n’y avait aucune fracture, le médecin ayant évoqué de “mild injuries”.
L’avocat de la poursuite a demandé à Mano Mungur pourquoi, le lendemain de l’agression, il était allé au quartier général du PTr avant de se rendre à la police, et la raison pour laquelle il avait donné une conférence de presse. Mano Mungur a, à maintes reprises, refusé de dire qui était présent à la réunion au quartier général du PTr et pourquoi il avait fait une conférence de presse. « Mo pa kone kisana ti prezan, ti ena enn ta dimounn. Bouku mamb ti prezan. Mo ti vinn explike kinn arive, mo pa kone si zournalis ti la », a-t-il répondu.
La magistrate Manjula Bhoojarut, qui préside le procès, a insisté auprès du plaignant pour qu’il réponde à la question posée par l’avocat de la défense. « Ena de dimounn ki mo pe zize-la. Li inportan, ou bizin reponn », lui a fait comprendre la magistrate. Me Obeegadoo a aussi attiré l’attention de la cour sur le fait que la mémoire du plaignant « est très sélective ». Il ne se souvenait en effet pas de plusieurs détails importants, mais pouvait raconter en détail comment il avait été agressé. « Mo nepli kone komie version ou ena. Sak fwa ou koze ou dir enn nouvo zafer », a fait remarquer l’homme de loi. Et le témoin de répondre : « Tou kou mo pe sey explike kinn arive ! »
Tout au long du procès, le témoin a refusé de donner une réponse directe, martelant à chaque fois, « mwa, monn soufer, mo pe koz la verite. » Avant de se faire reprendre par Me Obeegadoo : « Mwa mo dir ou ki sa case-la se enn konplo avek ou bann responsab ou parti dan ou landrwa pou kre problem, gat repitasion M. Barbier ek fer aret li ! » Me Raj Nuckcheddy, qui défend le coaccusé Selvanaden Mootoosamy, a interrogé Mano Mungur sur les raisons l’ayant poussé à aller vers la presse avant de solliciter l’aide de la police dans cette affaire. Là encore, il n’a pas été en mesure de répondre.
L’autre plaignant, Soorain Draunath Parbotteah, a aussi été entendu. Les avocats de la défense le contre-interrogeront le 8 février, date à laquelle le procès a été renvoyé. Rappelons que Jean-Claude Barbier, 55 ans, a été arrêté le 3 mai 2013 par la CID de Port-Louis alors qu’il se trouvait en compagnie de Selvanaden Mootoosamy, 34 ans. Les deux arrestations faisaient suite à une plainte de deux activistes du PTr, Mano Mungur et Soorain Draunath Parbotteah, pour une agression survenue dans la soirée du 29 avril 2013 à La Tour Koenig. Il est reproché au député du MMM d’avoir agressé Mano Mungur alors que Selvanaden Mootoosamy, lui, est accusé de s’en être pris à Soorain Draunath Parbotteah. Ils ont plaidé non coupable.