Mauriseeds, une petite entreprise d’agribusiness créée l’année dernière pour transformer l’ail local, se lance dans la production de semences locales de légumes cultivés à Maurice… comme à l’époque de nos grands-parents, qui produisaient eux-mêmes leurs propres semences. « Nos légumes avaient alors du goût et de la qualité, qu’on ne trouve plus depuis les trois ou quatre dernières décennies », lance Manoj Gooniah, agro-entrepreneur et directeur de Mauriseeds, sis à La Marie.
Manoj Gooniah se souvient de cette époque lorsque quelqu’un faisait cuire du chou par exemple. « Tout le voisinage était alerté rien que par le parfum qui se dégageait de sa cuisine. » Encore jeune, il entendait souvent les voisins lui dire : « To pou manz lisou aswar. » Et c’était vrai, ajoute-t-il. La même chose pour la « margoze », qui avait « un goût superbe », tout comme la pomme d’amour de la variété « kat kare », qu’on pouvait conserver longtemps hors du réfrigérateur. « Cette époque-là est révolue mais nous comptons bien la faire revenir », déclare l’agro-entrepreneur.
Mais pour quelle raison les légumes d’antan avaient un meilleur goût que ceux d’aujourd’hui ? « Les semences étaient une variété locale, qu’on ne trouve plus à Maurice dans certains cas, et très peu dans d’autres. La majeure partie des semences que les planteurs utilisent à Maurice sont importées », répond Manoj Gooniah. Avec, pour conséquence, « que nous avons perdu le goût tropical de nos légumes ».
Cet agro-entrepreneur n’en est pas à sa première expérience dans la production de semences locales. Déjà, avant la création de Mauriseeds, associé à quelques autres planteurs, il cultivait des concombres et des pâtissons qu’il vendait à la station agricole de Barkly à des fins de production de semences. Il livrait entre 500 à 600 unités par an mais, pour des raisons qu’il ne connaît pas, le projet a été mis en veilleuse pendant les trois ou quatre dernières années. Jusqu’à l’année dernière, lorsqu’il a obtenu une nouvelle commande de 2 500 unités de pâtissons.
Cette année, Manoj Gooniah a décidé de se lancer lui-même dans la production de semences, aidé d’un groupe de planteurs. « Nous lançons notre propre business en produisant, dans un premier temps, des semences de pâtissons, de concombres, de calebasses. Nous verrons ce que nous dira la Seeds Act, qui est en préparation, et nous allons nous conformer aux règlements », lâche-t-il.
Selon notre interlocuteur, les variétés locales sont uniques à Maurice. Il s’embarque dans ce projet en vue de les propager et aussi vu que de plus en plus de consommateurs réclament des « legim lokal ». Il explique : « Les gens comprennent mieux maintenant la différence entre un concombre local et un qui est importé. Très souvent, ils cherchent le petit margoze local, mais n’en trouvent pas. »
Mais pour quelles raisons les agriculteurs ont-ils abandonné les variétés locales pour adopter celles qui sont importées ? À cette question, Manoj Gooniah répond que les variétés étrangères ont été introduites pour améliorer la production de légumes à Maurice car le rendement des variétés locales est moindre comparé aux variétés étrangères. « Nous avons adopté les variétés étrangères sans penser aux conséquences sur nos variétés locales, qui ont été préservées pendant de nombreuses années par nos grands-parents », souligne-t-il.  
Cependant, le principal obstacle à ce projet de Mauriseeds est la mouche des fruits qui, quelquefois, prend des proportions épidémiques, comme c’est le cas actuellement dans certaines régions du pays. « Ces insectes réduisent la production de 30 à 40%. Il nous faut un Integrated Pest Management Program, comme on a fait dans le passé à Plaine-Sophie, où le programme a fait ses preuves », fait-il ressortir. Et d’insister qu’il faut contrôler tout le pays, avec le soutien de toute la population. « Nous sommes tous concernés, mêmes les consommateurs. Pa kapav atan minister vin ramas fruit pouri dan nou lakour », soutient Manoj Gooniah.
Mauriseeds compte d’abord produire des semences pour le marché local avant de viser le marché régional. Ses semences devraient être commercialisées vers avril/mai prochain.