Sur les pesticides, Le Mauricien, dans sa page Forum du 30 juillet 2015, avait déjà tiré la sonnette d’alarme et mis en exergue le danger que représentent ces produits de haute toxicité pour l’écologie et la santé humaine. Si la politique du gouvernement visant à encourager la production des biofertilisants – compostage des déchets organiques, l’utilisation de la bouse et l’urine des bovins, etc –  est tout à fait salutaire, la quantité de pesticides importés – plus de 2000 tonnes –, bien qu’étant en légère baisse ces dernières années – ce dû  principalement à une réduction de la superficie sous la canne –, demeure néanmoins toujours préoccupante pour une île comme la nôtre. Le salut de notre système agro-écologique repose, dans une grande mesure, sur la méthode biologique.
 Il est connu que certaines molécules produites par des organismes vivants ont la propriété de neutraliser des agents pathogènes in vitro comme in vivo ou de stimuler le système immunitaire de leurs hôtes. C’est effectivement par pur hasard qu’Alexander Fleming découvrit la pénicilline en 1929 et ouvrit la voie au traitement antibiotique et que Edward Jenner inventa le premier vaccin contre la variole, maladie qui a finalement  été éradiquée en 1980. De nombreuses études démontrent que les principes d’action de ces méthodes sont efficaces et dans le domaine de la pathologie des plantes.  D’ailleurs, l’effet du biopesticide à base de la bactérie Bacillus thirungiensis dont les spores produisent une protéine toxique pour les larves ravageuses de l’insecte, Plutella xylostella dans les cultures de choux, n’est plus à prouver.
 Dès la fin des années 90, il avait été démontré par des chercheurs de l’université de Kentucky que le traitement des semences suivi  éventuellement de l’aspersion des plantes de concombre par les métabolites obtenus dans un milieu liquide du champignon Sclerotinia sclerotiorum (Lib) de Bary, l’agent pathogène de la pourriture blanche chez cette cucurbitacée, réduit jusqu’à 60% l’infection dans les champs. Des résultats quasi similaires avaient été obtenus  à l’Académie agricole de Moscou en ce qu’il s’agit du charbon du maïs provoqué par le champignon Ustilago maydis (Dc) Cda. En effet, le traitement des semences durant 24 heures par les métabolites de l’agent pathogène de même que ceux de Penicillium cyclopium a eu pour résultat, dans les deux cas, une réduction marquante de la maladie traduite par une augmentation significative de la récolte bien que la méthode de « vaccination » impliquant l’agent pathogène démontre des effets plus prononcés.
 Parmi les maladies des plantes provoquées par des champignons microscopiques, celles touchant les organes souterrains – rhizomes, racines – sont particulièrement difficiles à combattre par des moyens chimiques traditionnels. Ainsi, des champignons appartenant à la famille des pythiacées déterminent des baisses de rendement importantes dans de nombreuses cultures. Tout comme le Fusarium oxysporum, responsable de la pourriture des racines et de la nécrose du collet dans les cultures de la pomme d’amour. Dans le cas de cette fusariose donc, des études menées par des chercheurs français de l’INRA ont permis de sélectionner une souche non pathogène de la même espèce que l’agent nuisible mais qui possède des caractéristiques particulières qui en font un compétiteur efficace du pathogène. Elle ne le détruit pas mais inhibe son activité dans le sol, la rhizophère et à la surface des racines. Le principe et mécanisme du contrôle biologique étant globalement les mêmes, la méthode de lutte appropriée peut aussi être envisagée contre les champignons Phytophthora infestans et Alternaria solani qui provoquent pas mal de dégâts chez la pomme de terre – mais pas seulement –, culture de base pour une large frange de la population mondiale mais aussi contre d’autres infections telles la rouille, l’anthracnose, le mildiou, etc.
 À un moment où il est beaucoup question de la sauvegarde de notre biosphère, de l’exploitation de l’énergie renouvelable, il est temps de songer à une agriculture propre, débarrassée totalement des produits toxiques. Or, manifestement, les agriculteurs mauriciens demeurent très conservateurs et réticents à changer leur fusil d’épaule. Certains font même des cocktails de pesticides sans se soucier des risques éventuels d’une telle pratique pour la santé et l’environnement. Un vaste programme de sensibilisation et de formation s’impose afin de promouvoir une agriculture responsable et soutenable.