Après une légère accalmie sur le front politique, avec les différentes missions officielles à l’étranger du Premier ministre Navin Ramgoolam, les observateurs politiques ont les yeux braqués sur la dernière semaine du mois d’août. En effet, au retour de Navin Ramgoolam du sommet de la Commission de l’Océan Indien (COI) aux Comores, le week-end prochain, un round crucial est annoncé dans la série de « koz koze » politique avec le leader du MMM et de l’opposition, Paul Bérenger. Ce dernier s’est fixé une échéance avec la prochaine assemblée des délégués convoquées initialement pour le dimanche 31 août avec l’alliance électorale PTr/MMM à l’ordre du jour. Mais cette réunion des membres de cette instance dirigeante du MMM pourrait être repoussée d’une semaine supplémentaire si les exigences des négociations politiques à haut niveau l’imposent.
Qui dit décision sur un éventuel accord politique rouge/mauve, dit également l’éventualité d’élections générales anticipées, selon toute probabilité, avant la présentation du prochain Budget 2015 à l’Assemblée nationale au cours de la prochaine quinzaine du mois de novembre. A ce stade, l’homme qui détient les prérogatives en vue de dissoudre l’Assemblée nationale avant le mardi 7 octobre et de convoquer le pays aux urnes, refuse d’emboîter le pas à Dog Berry préférant faire durer le suspense .
Néanmoins, des urgences se font sentir sur le plan local. La récente publication de Statistics Mauritius, en l’occurrence la perception des Mauriciens par rapport au taux de criminalité, constitue un signal d’alarme que l’on s’éloigne de laComfort Zonesur le plan duLaw and Order.Les thuriféraires pourront argumenter que Maurice peut s’enorgueillir de faire partie de onze pays au monde considérés comme ne présentant aucun risque de conflits comme la Suisse, entre autres.
Au chapitre économique, le tableau continue àémettre des signes de précarité. Le bilan trimestriel des principaux groupes d’affaires confirme un essoufflement certain dans les activités économiques et commerciales du pays. Le niveau de profitabilité enregistre une baisse, y compris des banques commerciales, affichant jusqu’à tout récemment des profits à dix chiffres. Elles doivent faire des provisions en hausse au titre des Impairment Chargespour combler le trou des Non Performing Loansen raison des difficultés de trésorerie rencontrées par les compagnies endettées.
Contre-performances
Toutefois, les dernières prévisions économiques établies par Eurostat sur le front européen, représentant les principaux marchés d’exportation, en fin de semaine, sont venues se greffer sur les incertitudes, qui planent depuis quelque temps déjà à l’horizon. Ainsi, les principaux moteurs de l’économie, que ce soit la France ou même l’Allemagne, connaissent des contre-performances. Au cours du second semestre, l’Allemagne, connue pour la robustesse de son économie, a connu une décroissance de 0,2%, soit la même que celle enregistrée par l’Italie pour la même période.
De son côté, la France a abandonné toute idée de respecter l’objectif fixé par l’Union européenne par rapport au déficit pour cette année. Le ministre français des Finances, Michel Sapin, n’a-t-il pas trouvé, selon The EU Observer, que, “the EU’s big engine, Germany, is today negative. There is therefore a French problem and a European problem”.Une indication de la gravité des problèmes dans la zone Europe avec des répercussions éventuelles sur Maurice.
Dans la conjoncture, l’un des rares espoirs de pouvoir relancer l’économie mauricienne concerne le démarrage du méga-projet du Mauritius Light Rapid Transit (MLRT), dont le coût est estimé à quelque Rs 22,9 milliards. En dépit de la demande du leader de l’opposition en vue d’un report de l’adjudication du projet après les prochaines élections générales, l’Hôtel du gouvernement garde le tempo pour entamer les premiers travaux vers la fin de l’année avec l’octroidu contrat au plus tard en octobre prochain..
Toutefois, cela fait bientôt six mois que le pays est suspendu aux moves politiques des leaders du Parti travailliste et du MMM quant à la conclusion d’un éventuel accord en vue des prochaines élections générales anticipées. L’échéance de la dernière semaine du mois d’août est présentée comme une étape cruciale dans l’éventualité deSnap Elections, se déroulant avant la présentation du budget en novembre prochain. Ce scénario est échafaudé à la lumière du dernier tête-à-tête à la Clarisse House entre Navin Ramgoolam et Paul Bérenger jeudi dernier.
Les deux interlocuteurs des différents épisodes de “koz koze” ont accordé leurs violons pour faite état“d’une très bonne rencontre qui a duré deux heures”.Ils sont également convenus d’une nouvelle rencontre après le retour du Premier ministre du sommet de la COI du week-end prochain. Que ce soit du côté de Navin Ramgoolam ou de Paul Bérenger, l’on s’accorde à résumer succinctement ces deux heures en affirmant que “les discussions ont beaucoup avancé et il reste quelques points à peaufiner”,sans laisser transpirer de détails précis.
Le Premier ministre prépare un aller-retour ce week-end pour le Zimbabwe en vue de participer au sommet de la Southern African Development Community (SADC) pour être de retour à Maurice dès demain après-midi. En fin de semaine, il devra mettre le cap sur Moroni pour les délibérations régionales de haut niveau, avec la participation du président français François Hollande.
La question de la dissolution de l’Assemblée nationale
La présence de Navin Ramgoolam aux Comores revêt une tout autre importance. La partie mauricienne veut donner un coup de pouce diplomatique à la candidature de Jean-Claude de l’Estrac pour la succession d’Abdou Diouf à la tête de la Francophonie. Cette question pourrait figurer à l’ordre du jour d’une éventuelle rencontre avec le président français à Moroni en marge de ce quatrième sommet de la COI, qui avait été reporté une première fois.
Dès son retour au pays au débutde la dernière semaine d’août, Navin Ramgoolam devra remettre le calendrier politique et électoral en haut de son agenda. Cette prochaine réunion avec Paul Bérenger devra permettre de préciser les détails de l’accord électoral en discussions ou encore de définir les principales étapes menant à des élections générales anticipées. La question est de savoir si la dissolution de l’Assemblée nationale interviendra avant la reprise prévue pour le mardi 7 octobre prochain ou après. Dans certains milieux politiques, l’on avance que la séance du 7 octobre sera du business as usualsans autre précision.
La réponse à cette question dépend d’un slalom politique entre différentes considérations relatives à des événements de nature religieuse avec des périodes de jeûne précédant la fête de Divali, qui sera célébrée le 23 octobre prochain et des séances de prières marquant le Doorga Pooja sans oublier la période des examens du Certificate of Primary Education (CPE) vers la fin d’octobre et dans un moindre degré ceux du School Certificate (SC) et du Higher School Certificate (HSC) de la fin de cette année.
D’aucuns affirment qu’il faudra attendre la conclusion formelle des “koz koze” pour être certain de manière définitive sur les intentions du Premier ministre et du leader de l’opposition, avec celui-ci laissant entendre sans broncher que, “we are nearly there”en terme d’accord électoral.
N’empêche que ce week-end a vu la Commission électorale amorcer un tournant dans les préparatifs dans l’organisation des élections générales. Les nouvelles listes d’électeurs, soit 936 975 au total, ont été publiées à l’officiel (voir la liste en hors-texte). Deux circonscriptions se retrouvent avec plus de 60 000 inscrits, soit Savanne et Rivière-Noire (62 524) et Pamplemousses/Triolet (62092).
Dès demain, il faudra s’attendre à voir les états-majors politiques prendre d’assaut le QG de la Commission Electorale pour récupérer ces listes d’électeurs par circonscriptions et par centres de vote. Ces documents constituent la Bible de tout candidat à des élections générales et en attendant le coup d’envoi de la campagne, les partis politiques devront procéder à une analyse complète de ces registres d’électeurs, qui seront utilisés pour toute élection se déroulant dans les prochains douze mois etimpérativement pour le scrutin à venir, car accord électoral PTr/MMM ou pas, “the National Assembly stands dissolved”à partir du 5 mai de l’année prochaine