Avec 572,632 visiteurs de janvier à juillet, le taux d’arrivées touristiques pour les sept premiers mois de 2014 affiche une progression de 4,3%, comparée à celle enregistrée pour la même période l’année dernière. Le mois de juillet 2014 enregistre, avec 81,935 visiteurs, une progression de 5,9% comparé à juillet 2013 où 77,374 personnes ont foulé le sol mauricien. Si cette donne confère une certaine positivité pour notre industrie touristique, de nombreux petits opérateurs disent peiner à garder la tête hors de l’eau. Restaurateurs, petits hôtels, chauffeurs de taxi, plaisanciers et autres acteurs du secteur disent avoir du mal à se positionner, notamment en raison des arrivées touristiques en provenance d’Europe en baisse ou stagnantes et qui “pèsent lourd sur la balance”, représentant un manque à gagner conséquent.
De janvier à juillet, Maurice a accueilli 572,632 visiteurs, soit 4,3% de plus de touristes qu’en la même période en 2013. Une progression notée principalement sur la région Asie qui enregistre une croissance de 25,6%, avec une hausse de 80% du nombre de visiteurs en provenance de la Chine, s’élevant à 38,512 touristes pour la période janvier-juillet 2014. En 2013, le nombre de Chinois ayant visité le pays s’élevait à 21,401 et pour juillet 2014 uniquement, 6,574 Chinois ont foulé le sol mauricien, soit une hausse de 52,5%, comparé à juillet 2013 où 4,311 touristes Chinois étaient venus à Maurice.
Si les chiffres publiés par le bureau des Statistiques sont positifs dans l’ensemble, il n’en demeure pas moins que les arrivées sur certains marchés, dont l’Europe, notre principal pourvoyeur, restent inquiétantes. D’autant que le nombre d’arrivées en provenance de notre principal marché, la France, accuse une baisse de 4%, avec 133,674 arrivées en janvier-juillet 2014, contre 139,224 pour la même période en 2013.
Le mois de juillet 2014 n’a pas été bénéfique pour le marché français qui enregistre une baisse de 1,4% du nombre d’arrivées, avec 14,822 visiteurs contre 15,030 en juillet 2013. Idem au niveau du marché allemand qui, s’il connaît une croissance de 2,3% pour les 7 premiers mois de 2014, a enregistré une baisse de 3,6% en juillet 2014 avec 2,943 arrivées contre 3,054 en juillet 2013.
Le taux d’arrivées d’Italie flanche également, le nombre de visiteurs s’élevant à 15,535 en janvier-juillet 2014, contre 16,054 en 2013. Si avec une croissance de 10% – 57,574 arrivées depuis le début de l’année contre 52,320 de janvier à juillet 2013 –, le marché britannique sauve la mise, le marché russe – que les autorités mauriciennes tentent d’intégrer dans les marchés émergents – accuse une baisse de 14,8% avec 7,933 visiteurs en janvier-juillet 2014, contre 9,309 en 2013.
L’Inde, également décrite par les autorités comme un des marchés émergents, a elle enregistré une croissance de 2.9% avec 37,686 voyageurs ayant foulé le sol mauricien. L’Afrique du Sud se démarque avec une croissance de 27% pour le mois de juillet 2014, enregistrant 7,689 visiteurs contre 6,054 en juillet 2013, conférant au marché sud-africain une croissance totale de 1,5% pour les 7 premiers mois de l’année, avec 47,691 visiteurs contre 46,994 pour la même période en 2013. Le marché réunionnais enregistre, lui, une hausse 0,5%, le nombre d’arrivées s’élevant à 84,270 en janvier-juillet 2014 contre 83,821 en 2013. L’Australie accuse une baisse de 6.8%, le nombre de visiteurs s’élevant à 9,736 en janvier-juillet 2014 contre 9,810 en 2013.
Inquiétude
Ces chiffres publiés par le Bureau central des Statistiques, en début de la semaine dernière, sont diversement commentés par les professionnels du tourisme. Les observateurs avertis rappellent que juin-juillet-août sont des mois difficiles pour le secteur. Plusieurs professionnels soutiennent, d’ailleurs, que “la tendance n’est pas si mauvaise, car avec une progression de 4.3% pour les sept premiers mois de l’année, nous faisons un peu mieux qu’en 2013.”
Cependant, au niveau des petits opérateurs, la situation est décrite comme étant “pénible.” Restaurateurs, chauffeurs de taxi, plaisanciers et autres fournisseurs de services témoignent de la difficulté à garder la tête hors de l’eau. Depuis la crise, disent-ils, le secteur s’est assombri, la situation est globalement difficile et la saison creuse renforce la morosité.  “Il y a quelques années, même en période creuse, je sortais une centaine, voire 200 clients par jour en bateau. Aujourd’hui, c’est à peine si je peux faire sortir une cinquantaine en une semaine”, dit un plaisancier de la région ouest. Même son de cloche au niveau des chauffeurs de taxi qui se plaignent de rester pratiquement toute la semaine en stationnement dans les parcs, en attendant qu’un client se pointe. “Les clients ne sortent plus des hôtels”, disent-ils, soutenant que “non seulement le concept All-inclusive des hôtels est en train de tuer les petits opérateurs, mais aussi les clients ne dépensent plus.” Les touristes qui ne vont pas dans les grands hôtels, préférant de louer des villas privées ou des bungalows, n’ont pas les moyens de trop dépenser. “Ils se contentent du dépaysement et de se reposer sur la plage. Ils feront une sortie, un resto, une attraction, mais pas plus. Pour eux, le billet d’avion était déjà cher. Ils réduisent au maximum les dépenses”, avancent plusieurs opérateurs.
Lèche-vitrine
C’est ce que font également ressortir les gérants de magasins, soulignant que si ce n’est pour faire du lèche-vitrine, ils ne reçoivent pratiquement plus de visite des touristes. Un manque à gagner également pour les chauffeurs de taxi qui ne perçoivent, dès lors, plus les commissions qu’ils devraient en apportant les clients. “Les touristes qui viennent n’ont pas d’argent à dépenser. Ils ne veulent même pas se rendre dans les magasins. D’ailleurs, ce n’est plus la peine pour eux de sortir des hôtels puisque tout est inclus dans leurs offres”, déplorent les petits opérateurs. La situation est tout aussi critique au niveau des restaurateurs sur la côte, apprend-on. Qu’il s’agisse du repas de midi ou de celui du soir, que ce soit en semaine ou en week-end, les tables en salles de restaurant restent vides. Tant et si bien que de nombreux restaurateurs se sont retrouvés contraints de réduire leur personnel.
Une situation à double tranchant, car dans beaucoup de restaurants, avec la réduction du personnel, la qualité du service a baissé, note la clientèle. Des touristes témoignent avoir attendu plus d’une heure devant un restaurant pour y avoir accès et encore plus d’une heure pour se voir servir leur plat, le serveur, débordé, se trompant même dans les commandes. “On ne reviendra plus dans ce restaurant car le service laisse à désirer”, disent-ils.
Touristes chinois v/s touristes européens
Les petits opérateurs se disent “très inquiets” de leur avenir. “Nous savons qu’en saison creuse, on a du mal à se positionner. Mais la situation dure depuis plusieurs années maintenant et même durant la haute saison, nous avons d’énormes difficultés à joindre les deux bouts et à rembourser nos dettes. Aujourd’hui, le taux de touristes qui fréquentent Maurice a baissé. Même si les statistiques montrent une croissance de 4,3%, la réalité est pénible”, disent-ils. Et de faire ressortir que si le nombre de visiteurs des pays d’Asie augmente, “les touristes chinois ne sont pas comme les européens. Nous avons beaucoup de mal avec cette nouvelle clientèle qui, outre un mode de vie différent, communique difficilement.” C’est la raison pour laquelle les petits opérateurs estiment que “des efforts concertés doivent être faits sur le marché européen afin de rétablir cette clientèle qui a toujours privilégié Maurice mais qui, aujourd’hui, en raison d’un manque de finances et de la cherté du billet d’avion sur l’île, préfère aller aux Maldives ou aux Seychelles.”