La Private Notice Question du leader de l’opposition Paul Bérenger sur la contrebande de bois de rose, une essence à forte valeur ajoutée, entre Madagascar et Maurice a débouché sur un vif accrochage verbal entre le Whip de l’opposition Rajesh Bhagwan et le vice-Premier ministre et ministre des Finances Xavier-Luc Duval. L’affaire portait sur la présence alléguée d’un dénommé Christian Tonta lors d’un voyage effectué par Xavier-Luc Duval dans la Grande île l’année dernière. Le Speaker Kailash Purryag a dû intervenir fermement pour éviter d’autres dérapages sur ce qu’il a qualifié de sujet extrêmement sensible. De son côté, le Premier ministre Navin Ramgoolam a pris fait et cause pour Xavier-Luc Duval en avançant que « c’est facile de jeter de la boue ». Il dit regretter que le ministre des Finances ait initié des mesures pour la saisie de ces six conteneurs de bois de rose dans le port en juin 2011. « Aujourd’hui, on tente de le mettre dans le box pour cette même affaire. »
Sur un autre ordre d’idées, le Premier ministre a confirmé que, devant le délai accumulé pour le démarrage d’un Forensic Auditing par la Banque mondiale, le gouvernement a pris la décision de nommer une équipe de Custom Forensic Investigators étrangers et indépendants pour mener une autre enquête sur ce scandale. Malgré la demande du leader de l’opposition, Navin Ramgoolam n’a pas voulu révéler le nom de cette firme de consultants en vue de ne pas porter préjudice à cette nouvelle enquête. Il a exprimé sa détermination d’aller au fond de cette affaire afin de traduire devant la justice les coupables.
Le chef du gouvernement a ajouté que les enquêtes de la police et de l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) sont en cours. La commission anticorruption a déjà soumis un premier rapport sur ses findings au Directeur des poursuites publiques (DPP) alors que la Financial Intelligence Unit a démarré une autre enquête sur d’éventuels délits de blanchiment de fonds. D’autre part, vu que son nom a été cité comme un des quatre parlementaires à avoir effectué des déplacements à Madagascar, le député du MMM Kee Cheong Li Kwong Wing devait intervenir pour éclaircir la Chambre sur ses déplacements.
Bérenger : Par rapport au cas allégué de contrebande de bois de rose de Madagascar en juin 2011, le Premier ministre peut-il obtenir du commissaire de police des informations sur si l’enquête a été bouclée et si le Mauricien interpellé à Antananarivo la semaine dernière est lié à cette affaire et qu’en est-il de celle de l’ICAC. Peut-il également confirmer si la Banque mondiale a déjà constitué son équipe pour l’exercice de Forensic Auditing, si l’ambassade de Maurice a été impliquée dans le déplacement du journaliste Josian Valère de la MBC dans la Grande île à cet effet et si des parlementaires mauriciens ont effectué des déplacements à Madagascar, et des parlementaires malgaches à Maurice en 2011 et depuis janvier dernier jusqu’à ce jour ?
Communiqué
Ramgoolam : Comme je l’avais dit en réponse à une précédente PNQ en date du 22 mai dernier, la police a initié une enquête dans cette affaire de contrebande le 19 juin de l’année dernière. C’est notre souhait le plus sincère que cette enquête soit bouclée et que les coupables soient traduits devant la justice. Le commissaire de police m’a informé que cette enquête est toujours en cours. Je dois informer la Chambre que j’ai pris la décision de nommer des Forensic Customs Investigators pour ouvrir une enquête dans cette affaire qui est complexe.
En ce qui concerne l’arrestation intervenue à Madagascar, un dénommé N.R.L., un ressortissant mauricien d’origine hongkongaise, a été arrêté le 20 juin dernier. Ce développement est intervenu suite à des dénonciations d’une dénommée Bernadette pour une affaire d’exportation d’épices. Une interdiction de quitter le territoire malgache pèse sur le dénommé N.R.L.
N.R.L. est né en Chine le 4 décembre 1965. Le 5 décembre 1965, il a débarqué à Maurice. Il a entrepris des démarches pour obtenir la nationalité mauricienne le 18 juillet 1985. Mais après examen de son dossier, le 24 juin 1987, les autorités sont arrivées à la conclusion qu’il n’était pas qualifié pour la nationalité mauricienne. Le State Law Office d’alors a même recommandé qu’il soit déporté. Mais il avait déposé une demande pour une naturalisation le 18 juin 1987. Usant de ses pouvoirs discrétionnaires et sur recommandation du ministre des Finances d’alors, la décision fut accordée en faveur de N.R.L. le 14 août 1987.
L’enquête de l’ICAC est toujours en cours. Je suis informé qu’un premier rapport a déjà été soumis au DPP alors que la Financial Intelligence Unit a également ouvert une autre enquête.
Comme l’a fait ressortir le vice-Premier ministre et ministre des Finances en réponse à une interpellation parlementaire en date du 26 juin dernier, une demande en vue d’une Forensic Investigation a été transmise à la Banque mondiale sur cette même affaire de contrebande de bois de rose.
À ce stade de sa réponse, le Premier ministre se lance dans une chronologie des échanges de correspondances entre le secrétaire financier Ali Mansoor et le siège de la Banque mondiale au sujet de cette demande. Ces correspondances couvrent la période du 22 mai au 9 juin derniers et portent sur les modalités de cette Forensic Investigation de la Banque mondiale, qui attend toujours de démarrer. Auparavant, il a donné lecture d’un communiqué émis par la Banque mondiale faisant état que l’approbation du Top Management de la Banque mondiale doit être obtenue au préalable. La teneur de ce communiqué avait déjà été révélée à la Chambre par le vice-Premier ministre et ministre des Finances auparavant.
Ramgoolam : En ce qui concerne le déplacement du journaliste Josian Valère à Madagascar, l’ambassade de Maurice à Antananarivo n’était nullement concernée. Je compte venir avec un Statement au sujet des déplacements des parlementaires mauriciens dans la Grande Île et des parlementaires malgaches à Maurice.
Comme on peut le constater, plusieurs institutions, dont la police, l’ICAC, la FIU, la Banque mondiale, en attendant la décision, et maintenant des Foreign Customs Investigators enquêtent sur cette contrebande de bois de rose. Dois-je réitérer le fait que c’est mon souhait de voir cette enquête arriver à terme et de voir les coupables répondre de leur acte devant la justice.
Bérenger : Cela fait plus d’une année que la police et l’ICAC mènent des enquêtes sur cette contrebande de bois de rose. Maintenant, nous apprenons que des Foreign Forensic Investigators ont été appelés à la rescousse. Peut-on savoir qui a pris cette décision ? Quand ? Et comment a été fait le choix des enquêteurs ?
Ramgoolam : Comme je l’ai dit c’est une affaire très complexe. Souvent, nous nous sommes retrouvés en présence d’informations contradictoires. Nous ne recevions pas les informations que nous recherchions. Le leader de l’opposition était arrivé à la conclusion que c’est très complexe et dépasse les compétences de la police. Il était question d’instituer un Select Committee. J’ai pris des contacts avec des spécialistes en enquêtes douanières et cette firme de consultants indépendants a été nommée.
Bérenger : Répondant à la PNQ du 22 mai, le Premier ministre a déclaré que la police allait dépêcher des enquêteurs à Madagascar. Peut-on savoir si tel a été le cas ?
Ramgoolam : The police send people there. Je crois que ce sont des limiers de l’ADSU qui sont partis.
Bérenger : Toujours le 22 mai dernier, le Premier ministre a adopté un ton des plus convaincus à l’effet que des personnes à Maurice sont impliquées dans cette contrebande. Il avait cité un gérant de société, un ancien conjoint de celle-ci et le PDG d’une compagnie à Maurice. C’était trois noms à Maurice. Malgré tout, ce qui est étonnant c’est qu’il n’y a eu aucune arrestation jusqu’ici à Maurice. Comment expliquer cela ?
Feu vert de la BM
Ramgoolam : We are still investigating. It seems to be broader that we thought. C’est clair qu’il y a d’autres personnes qui sont impliquées…
Bérenger : Revenons à l’arrestation du Mauricien à Madagascar le 1er juillet. La presse malgache en a fait état. Il est question de contrebande de bois de rose alors que le Premier ministre parle d’épices. J’ai entre mes mains une coupure de la presse malgache, qui fait état de cette affaire. Les personnes concernées parlent de trafic de bois de rose ?
Ramgoolam : We have to go by what the Malagasy authorities have said. Ce sont des épices qui sont concernées et non le bois de rose. L’arrestation de ce Mauricien est intervenue le 20 juin dernier…
Bérenger : Il avait été initialement appréhendé dans un casino de Madagascar le 20 juin. Puis il a tenté de prendre l’avion le 1er juillet quand il avait été arrêté. L’ambassade de Maurice était-elle impliquée dans cette affaire ?
Ramgoolam : Not at all !
Bérenger : Dans des extraits des correspondances avec la Banque mondiale cités par le Premier ministre, il est question du feu vert du Top Management avant le démarrage de l’enquête Forensic. Or, voilà, le gouvernement fait appel à des consultants étrangers ?
Ramgoolam : That’s right. We can’t wait for that long.
Bérenger : En réponse à une interpellation parlementaire en date du 26 juin, le vice-Premier ministre a fait comprendre qu’il avait besoin de consulter le Premier ministre et la Banque mondiale avant de déposer sur la table de l’Assemblée nationale la série d’e-mails échangés avec la Banque mondiale. A-t-il obtenu la permission du Premier ministre et de la Banque mondiale ?
Ramgoolam : Il s’est entretenu avec moi sur la question. Je l’ai dissuadé de le faire. There are sensitive issues. Je ne voulais pas porter préjudice à l’enquête en cours.
Bérenger : Le Premier ministre a nié toute implication de l’ambassade de Maurice à Antananarivo dans le déplacement du journaliste de la MBC. Aucune implication en matière de réservation, de rendez-vous avec des officiels malgaches, de transport ou encore de paiements ?
Ramgoolam : That’s my understanding. The embassy did not even know…
Bérenger : En ce qui concerne la dernière partie de la PNQ sur les déplacements des parlementaires, il a annoncé un Statement. Peut-il vérifier s’il n’y a pas de va-et-vient suspects entre Maurice et Madagascar en 2011 et depuis le début de l’année jusqu’à maintenant ?
Ramgoolam : There are suspicious people travelling to and from Madagascar. Les informations qui sont en ma possession indiquent qu’il y a quatre déplacements parlementaires, soit le vice-Premier ministre et ministre des Finances en date du 27 janvier de l’année dernière suite à une invitation à dîner, le ministre Boolell pour des missions officielles…
Bérenger : Sa bois de rouge sa !
Ramgoolam : Le député Li Kwong Wing…
Un brouhaha monte au sein de l’hémicycle.
Bhagwan : Je suis content d’entendre le Premier ministre déclarer qu’il ne s’épargnera aucun effort pour faire toute la lumière sur cette contrebande de bois de rose. Peut-il confirmer qu’un dénommé Christian Tonta a voyagé en compagnie du vice-Premier ministre et ministre des Finances…
Duval : (d’un ton des plus secs) : Never !
Bhagwan : Why are you replying ? La question s’adresse au Premier ministre…
Duval : Jamais ! Du n’importe quoi…
Bhagwan : I don’t understand why the minister is getting so nervous. Je demande au Premier ministre de vérifier avec la police si le dénommé Christian Tonta a voyagé…
Les parlementaires de la majorité protestent en criant « nek zet laboue même » et les bancs de l’opposition ripostent.
Ramgoolam : The vice-Prime Minister has just answered ; he said never…
Bhagwan : Ask the Passport and Immigration Office… Mo pa kwar li…
Ramgoolam : In fact…
Duval : Ki to été toi…
À ce stade, le Speaker tente d’intervenir une première fois. Mais la polémique enfle de plus belle avant que le Premier ministre ne puisse poursuivre sa réponse.
Ramgoolam : Jeter de la boue c’est facile…
Les invectives reprennent des deux côtés de la Chambre et Kailash Purryag doit faire usage de grands moyens pour rétablir le calme. Le président du Parti travailliste et PPS Patrick Assirvaden ouvre un autre front en lançant « Toorab Bissessur ». Il est repris de manière énergique par le leader de l’opposition sur cette affaire qui relève de l’enquête sur la fusillade mortelle de la rue Gorah Issac en octobre 1996, à la veille des élections municipales.
Speaker : I say Order. I appeal on both sides of the House to make use of moderate language. It’s a sensitive issue.
Les députés Roopun et Uteem prennent le relais avec des interpellations supplémentaires. En réponse à Reza Uteem, le Premier ministre confirme que les autorités chinoises ont également été contactées dans le cadre de cette enquête vu que la cargaison de bois de rose était destinée à ce pays.
Jugnauth : Puis-je obtenir confirmation que l’ancien Premier ministre malgache Camille Vital, qui avait invité à dîner le vice-Premier ministre, avait plaidé en faveur du Release d’une précédente cargaison de 79 conteneurs de bois de rose saisis ?
Ramgoolam : C’est un fait ; dois-je faire ressortir que l’ancien président malgache Marc Ravalomanana avait plaidé pour le retour de cette cargaison de bois de rose. À cette époque, nous avions accepté. Mais cette fois-ci non.
Baloomoody : Les informations sont que deux Mauriciens sont impliqués. Ils ont été interrogés mais aucune charge n’a été retenue contre eux. Il n’y a aucune interdiction de quitter le territoire logée contre eux. Peut-il s’assurer qu’ils ne s’immiscent pas dans cette enquête ?
Ramgoolam : I don’t think that the Honourable Member has all the information.
À l’intervention du député MSM Mahen Jhugroo, la tension remonte encore avec notamment le ministre Jeetah. Le Speaker intervient alors que le leader de l’opposition soutient que c’est le ministre de l’Éducation tertiaire qui a cherché la bagarre en premier. Le député Li Kwong Wing tente en vain de donner des explications sur ses déplacements à Madagascar.
Bérenger : Voila un an s’est écoulé. Il y a eu enquêtes de la police, de l’ICAC, de la FIU et nous attendons toujours celle de la Banque mondiale. Maintenant des Customs Forensic Investigators, dont le Premier ministre refuse de divulguer les identités et la date de cette décision…
Ramgoolam : La police, l’ICAC, la FIU et la Banque mondiale enquêtent. Le leader de l’opposition avait déclaré que cette enquête dépasse les compétences de la police. Nous voulons aller au fond de cette affaire.
Bérenger : Lors de la PNQ du 22 mai, il avait fait des déclarations catégoriques au sujet de possibilité de Cover-Up dans cette affaire à Madagascar. Le croit-il encore ?
Ramgoolam : J’avais fait cette déclaration parce que nous étions en présence d’informations contradictoires venant de Madagascar. That is what I said. I believe somewhat…