La seconde tranche du Question Time, qui s’annonçait sans relief compte tenu de la teneur des Parliamentary Questions et de l’absence de Substantive Ministers, a connu des rebondissements. La Vice-première ministre et ministre des Administrations régionales, Fazila Daureeawoo, est revenue à la charge au sujet des camions des sapeurs-pompiers en panne, en rejetant la responsabilité sur le dos de l’actuel leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval, du temps où il assumait les fonctions de ministre des Finances sous le Prime Ministership de Navin Ramgoolam. Cette remarque de la nouvelle N° 4 du gouvernement MSM/Muvman Liberater, très pointilleuse pour répondre du tac au tac, a eu pour effet de relancer l’ardeur des députés du PMSD, dont Patrice Armance, Thierry Henry et Adrien Duval, qui ont assuré en grande partie l’animation.
Les ministres-substituts, soit ceux appelés à assurer la suppléance à leurs collègues en mission, en l’occurrence Eddy Boissézon, Sunil Bholah et autres Soodesh Callichurn, n’ont pas eu la partie facile. Ils ont été poussés dans leurs derniers retranchements avec des interpellations supplémentaires. Pour tenter de sortir d’affaire, ils n’ont eu d’autre choix que d’avoir recours à la formule magique « I’ll pass on the request to the substantive minister ».
«African Town»
D’autre part, l’ombre de l’ancien vice-Premier ministre et ministre des terres, Showkutally Soodhun, a plané sur cette partie des travaux de l’Assemblée nationale. Le Deputy Prime Minister, Ivan Collendavelloo, le backbencher-transfuge de la majorité, Joe Lesjongard, qui a été gratifié d’une promotion en devenant le Chairman du Parliamentary Committee de l’Independent Commission Against Corruption (ICAC), en remplacement de Maneesh Gobin, promu Attorney General, et dans une moindre mesure le député de l’opposition, Alan Ganoo, n’ont pas manqué de souligner les efforts de l’ancien N° 4 du gouvernement en vue d’alléger les difficultés des habitants d’African Town de Bel-Ombre. Les maisonnettes de ces derniers devront être pourvues d’électricité avant la Noël. C’est ce qu’a indiqué le Deputy Prime Minister et ministre des Services publics.
La séance du Question Time aurait manqué son cachet authentique sans les échanges hebdomadaires et le porte-parole du MMM pour le dossier des Sports, Franco Quirin, et le ministre Stephan Toussaint. Le match s’est joué en deux sets, soit la menace de retrait de la Réunion des prochains Jeux des îles de l’océan Indien et les allocations à la délégation de kickboxing, qui est rentrée à Maurice avec le titre de champion du monde dans l’escarcelle de Fabrice Bauluck.
Le Question Time devait connaître un semblant d’animation avec la PQ inscrite au nom du député du PMSD, Salim Abbas Mamode, portant sur les camions de sapeurs-pompiers en panne et abandonnés dans les différentes casernes. La Vice-première ministre et ministre des Administrations régionales a révélé qu’il y a huit camions et huit autres véhicules pour le transport de l’eau, qui attendent d’être envoyés à la casse après les procédures établies. Mais très vite, elle a mis le feu aux poudres sur ce dossier, qui avait constitué l’ossature de la Private Notice Question (PNQ) de la matinée consacrée à l’incendie de Shoprite, ayant fait une victime.
« I find it strange that you are putting these questions now. When the leader of the opposition was minister of Finance and in the budget of 2014 he decreased the budget allotted to the Fire Services », a soutenu Fazila Daureawoo en réponse aux accusations de longs retards. Et le tour était joué.
Bancs de l’opposition: Get dan retrovizer mem…
La Speaker, Maya Hanoomanjee, qui n’avait pas eu à intervenir précédemment pour calmer les ardeurs des parlementaires, a d’emblée tenté d’éteindre ce feu. Au même moment, le leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval, a fait son entrée au sein de l’hémicycle en prévision des prochains débats sur des amendements à l’Equal Opportunities Act.
Henry : (indiquant Xavier-Luc Duval, qui prenait sa place) A la li-la… Dir li.
Daureeawoo : Let me answer…
Nouvelle intervention de la présidente de l’Assemblée nationale.
Daureeawoo : These guys should be fair. You put a question. Now you have to listen to the answer.
Henry: On a point of order. I have put a supplementary. This has nothing to do with the budget of 2014.
Le Front Bench du gouvernement, avec le Deputy Prime Minister en tête, encourage la Vice-première ministre à tenir tête aux députés du PMSD.
Speaker : This is no point of order. Elle fait allusion aux sapeurs-pompiers.
«I’m stating facts»
Daureeawoo : (en direction du leader de l’opposition) It’s not a question of kindness. I’m stating facts. J’ai dit que les réparations n’ont pas été effectuées. I’ve to say that when the leader of the opposition was minister of Finance, the budget of the Fire Services was reduced by Rs 400 000. This government has made it a must to give the necessary budget. We are going to do the needful. Nous avons besoin d’un service de pompes à incendie qui soit à la hauteur et professionnel.
Adrien Duval : Cela fait trois ans que ce gouvernement dirige les affaires de la cité. Ce matin même la Vice-première ministre a révélé que la moitié de la flotte des sapeurs-pompiers est en panne. Half of the vehicles are not working. Peut-elle nous dire ce qui a été fait pour remédier à la situation ?
Daureeawoo : Nous avons pris des mesures et nous allons nous assurer « that we have the best service ».
À ce moment précis, le leader de l’opposition et le Premier ministre, Pravind Jugnauth, se lancent des invectives pour n’avoir rien fait en vue de rectifier les budgets des Fire Services.
XLD : To bliye twa to ti minis Finans de-z-an…
Rutnah: Sur les 32 camions des sapeurs-pompiers, 14 sont hors d’usage pour des raisons de panne. Peut-on savoir depuis quand dure cette situation ?
Daureeawoo : I don’t have the exact dates.
Adrien Duval : I’m very concerned with the situation. D’autant plus que l’incendie de Shoprite a fait une victime. La ministre prendra-t-elle des mesures pour que les dix-huit camions des pompiers en panne soient réparés dans les meilleurs délais? She has said that there is no funding. Elle peut solliciter les ressources nécessaires du ministère des Finances à cet effet.
Daureeawoo :… It should have been a non-controversial issue. It’s a pity…
Adrien Duval: You made it controversial.
Daureeawoo: I have never said that there was no money. I’ve said that there is money and there is always room for improvement.
Auparavant, le ministre Boissézon — qui assure la suppléance au ministère de la Technologie, des Communications et de l’Innovation en l’absence de Yogida Sawmynaden — n’a pas eu la partie facile avec les deux Parliamentary Questions du député Armance portant sur le Mauritius Research Council et le National Computer Board.
En crescendo
Au sujet du Mauritius Research Council, il a annoncé que le Mauritius Research and Innovation Council Bill, annoncé dans le dernier budget, qui est sous la forme d’une ébauche, fait actuellement l’objet de consultations parmi les stakeholders. Il a ajouté que ce texte de loi pour la transformation du MRC en MRIC sera présenté à l’assemblée une fois cette étape franchie.
La pression est montée crescendo sur le ministre suppléant lors des questions supplémentaires sur les budgets alloués à cet effet, ou encore l’identité du Chairman du MRC. En fin de compte, Eddy Boissézon a jeté l’éponge en avouant « I don’t have the information ».
Quasiment le même scénario pour l’interpellation axée sur la composition du National Computer Board. Le ministre Boissézon avait cru avoir réglé le problème en déposant sur la table de l’Assemblée nationale les éléments de réponse. Mais le député Armance s’est intéressé davantage à la compétence en informatique du fonctionnaire placé à la présidence du Board du National Computer Board.
Devant les détails fournis au sujet d’un appel à candidatures pour le poste d’Executive Director, la Speaker est intervenue pour rappeler à Eddy Boissézon que « you don’t need to give all these details », ajoutant « please reply to his question ». À la supplémentaire sur les raisons du délai pour remplir ce poste, le ministre suppléant a préféré déclarer : « I’m not in a position to answer this question. I’ll submit to the substantive minister ».
De son côté, le ministre Sunil Bholah, qui remplaçait le ministre des Terres, Mahen Jhugroo, au sujet de l’allocation de terrains aux habitants de Camp-Carol (Kenya) n’a pas hésité dès le départ de la série des supplémentaires à lever le drapeau blanc parlementaire en déclarant « I will ask the substantive minister to see to it ».
Le ministre du Travail et des Relations industrielles, qui remplaçait l’Attorney General, a littéralement subi le même traitement lors des supplémentaires avec la PQ sur la mise sur pied d’un Land Tribunal pour se pencher sur la « dispossession of lands in regard to descendants of slaves and indentured labourers ». Aux questions d’Adrien Duval sur le ministre qui a pris la succession de Xavier-Luc Duval à la tête du comité ministériel sur ce sujet à portée historique, ou encore le nombre de fois que cette instance s’est réunie depuis décembre 2016, date du départ du PMSD du gouvernement, il a déclaré « I’m not in a position to say who is in charge of that committee » ou encore « unfortunately, I don’t have the answer ».
«Dife lor li »
Toutefois, une réplique du ministre Callichurn sur le Land Tribunal a provoqué des réactions de la part des députés Rajesh Baghwan et Veda Baloomoody. Il a indiqué que ce dossier avait été soumis à la Land Reform Commission pour des propositions. « A kor Gulbul pou gagn letan okip sa. Dife lor li », ont repris les deux compères en faisant allusion aux derniers développements devant la Commission d’enquête sur la drogue, présidée par l’ancien juge, Paul Lam Shang Leen.
Le Deputy Prime Minister et ministre des Services publics a saisi la prochaine électrification, soit avant la Noël, des maisonnettes des habitants d’African Town à Riambel, qui sont les détenteurs de bail de l’Etat, pour rendre un hommage à l’ancien N° 4 du gouvernement, Showkutally Soodhun, devenu aujourd’hui simple Backbencher. Il a fait état des efforts déployés par le ministre démissionnaire alors qu’il était au gouvernement pour améliorer les conditions de vie de ces habitants.
Le backbencher de la majorité, Joe Lesjongard, a rejoint le N° 2 du gouvernement en parlant du « travail abattu par l’ancien vice-Premier ministre en faveur des habitants d’African Town ».
Ganoo : Le Deputy Prime Minister peut-il confirmer que la venue de la fée électrique à African Town est la conséquence de la décision de l’ancien vice-Premier ministre et ministre des Terres pour régulariser le bail de ces occupants des terres de l’État, permettant du coup au Central Electricity Board de procéder à l’électrification de cette région ?
Collendevalloo : L’ancien vice-Premier ministre et ministre des Terres a beaucoup fait pour ces squatters. The ex-VPM did everything to regularise the lease of State Lands. What was done before 2014? Everyone will agree that it was shameful.
Auparavant, Ivan Collendavelloo avait eu un mot spécial pour les deux députés de Savanne/Rivière-Noire, Joe Lesjongard et Alan Ganoo, qui n’ont raté aucune occasion pour plaider la cause des habitants d’African Town.
En guise d’entrée en matière des échanges hebdomadaires entre Franco Quirin et Stephan Toussaint, ce dernier a annoncé que la menace de désistement de l’île de la Réunion des prochains JIOI de 2019 sera discutée lors d’une réunion du Comité international des Jeux (CIJ) le 12 décembre. Ce qui a été loin de satisfaire le député du MMM.
Quirin : Il y a une réunion du CIJ qui a été convoquée en décembre pour débattre de la question. Peut-on savoir les points de désaccord de la Réunion et quelles sont les solutions envisagées ?
Toussaint : La Réunion demande au CIJ de revoir l’Article 7 de la Charte des JIOI.
À la question du député de l’opposition, le ministre se lance dans des explications étendues au sujet des dispositions de l’Article 7, en particulier le critère de Licensing pour la sélection des athlètes représentant les différents pays.
Quirin : Parlez-nous des points de désaccord exprimés par la Réunion ?
Le ministre de la Jeunesse et des Sports cite de larges extraits de la correspondance du CROS adressée au président du CIJ, Antonio Gopal, soulignant que pour la Réunion « l’article 7 (2) de la Charte des JIOI est discriminatoire » et qu’au bout de 40 ans d’existence, il est temps de revoir ces dispositions.
Quirin : Quelle est la position du ministère de la Jeunesse et des Sports à la proposition de la Réunion en vue d’amender l’Article 7 ?
Toussaint : Il serait assez délicat de donner une opinion. Il faudra attendre la réunion du 12. Les Mauriciens vont écouter les différentes parties et à la lumière de ces échanges, on espère trouver une solution à ce problème.
Quirin : En cas de désaccord, est-ce que le gouvernement est disposé à organiser les prochains sans la Réunion ?
Toussaint : La question ne se pose pas. Ce n’est qu’une supposition.
Cette conclusion est accueillie avec une dose de scepticisme dans les rangs du MMM.
Les Out-of-Pocket Allowances accordées aux athlètes prenant part à des compétitions internationales ont donné lieu à des moments de passion et de tension. Franco Quirin a dénoncé l’absence de considération du ministère à la délégation de kickboxing pour la participation aux récents championnats du monde. « Il est bon que les fédérations prennent leurs responsabilités », a déclaré le ministre Toussaint en rappelant que pour le déplacement d’une délégation de six personnes, dont cinq athlètes, le ministère a alloué des fonds de Rs 592 650 pour assurer les coûts des billets d’avion et d’hébergement, alors que les Out-of-Pocket Allowances se montaient à Rs 52 000.
Quirin : Je suis étonné de voir l’honorable ministre justifier l’injustifiable ? Rs 52 000 d’Out-of-Pocket pour un titre de champion du monde.