Après avoir découvert les différentes étapes de la fabrication du sucre et la riche histoire de Maurice intrinsèquement liée à la canne à sucre, au musée de l’Aventure du sucre, les visiteurs peuvent aujourd’hui expérimenter la coupe de la canne en se rendant aux champs en compagnie de Jean-Alain Carmagnole. Le défi : réussir la coupe en un mouvement, comme les professionnels.
Qu’il pleuve ou qu’il fasse froid, ces hommes et ces femmes quittent leur demeure avant même le lever du soleil. Serpe en main et bottes aux pieds, ils se rendent aux champs pour pratiquer l’un des métiers ayant forgé l’identité historique et économique mauricienne : laboureur. De nos jours, les silhouettes cultivant les champs à l’aurore sont de plus en plus rares… la nouvelle génération n’ayant pas accroché à un travail si ardu, l’homme a été remplacé par la machine. Néanmoins, la fascination derrière ce mode de vie unique n’a cessé d’exister. Incarnant cette génération qui disparaît, Jean-Alain Carmagnole transmet sa propre expérience comme laboureur aux visiteurs de l’Aventure du Sucre et les initie à la coupe de la canne.
Tous les mercredis, à 10 h 30, l’Aventure du Sucre offre cette nouvelle activité. L’incursion dans cet univers du sucre commence alors dans les champs réservés spécialement pour l’activité. D’abord, les visiteurs rejoignent leur guide à l’arrière de l’usine convertie en musée où la distribution des gants se fait. Jean-Alain Carmagnole transporte dans sa brouette les différents outils, à savoir des serpes, une version plus récente de l’ancienne « Panga », mais aussi des morceaux de canne à sucre déjà coupés pour la dégustation.
Alors que le visiteur enfile ses gants ou déguste un morceau de canne, Jean-Alain Carmagnole évoque, de manière succincte, son introduction et son développement à Maurice. « Introduits par les Hollandais, ils utilisaient la canne surtout pour faire de l’arak », dit-il avant de toucher à la douloureuse histoire des esclaves travaillant les champs suivis de celle des immigrants indiens. Se basant sur sa propre histoire, le guide relate : « Mon père et moi, nous avons tous les deux travaillé dans les champs. On devait se réveiller à 3 h du matin pour nous préparer avant de nous rendre aux champs. D’habitude, les coupeurs de canne partent très tôt avant le lever du soleil pour ne pas être exténués et pour avoir une avance sur le lot de travail à accomplir ». Il invite ensuite le visiteur à s’approcher pour prendre possession de ce qu’il appelle « son compagnon, la serpe ».
« Approchez, je ne coupe que la canne », lance-t-il en souriant. Il explique au visiteur comment tenir la canne et la serpe. « Il faut la couper en biais, tout près de la racine », indique-t-il en faisant une démonstration. La canne doit être découpée en biais pour éviter de se blesser à la jambe. Le sucre se trouve quant à lui près de la racine. « En coupant plus près du bas, on permet à la plante de repousser », ajoute Jean-Alain Carmagnole. Ensuite, il tranche la partie supérieure pour enlever les feuilles qui seront, par la suite, utilisées comme nourriture pour bétail ou pour recouvrir les toits, « comme on le voit dans les hôtels », confie le guide.
Un à un, dans une ambiance bon enfant, les visiteurs s’adonnent à l’activité. Des cris de joie sont exprimés lorsque l’un ou l’autre arrive à découper la canne en un mouvement. Pour d’autres, c’est plus difficile, il faut compter plusieurs coups de serpe s’ils n’y arrivent pas à la deuxième tentative, non plus. Les cannes sont rangées dans la brouette au fur et à mesure qu’elles sont coupées. Pour ceux qui ont vécu à proximité des champs de canne, cela ravive des souvenirs et des visions « de corbeilles au beau milieu des champs ou des sentiers ».
Aux touristes qui s’essaient à plusieurs reprises pour couper une canne, Jean-Alain Carmagnole révèle que le coupeur de canne prend en main cinq à six cannes qu’il coupe en un seul mouvement. « Payé à la tonne, le laboureur doit pouvoir couper entre six à huit tonnes entre 5 h du matin et midi… Il n’a pas le choix ». Il ajoute que dans le passé, ils utilisaient les « pangas », plus petits que les serpes, rendant par conséquent la tâche plus ardue. Selon le guide, si aujourd’hui, dans beaucoup de régions, l’homme a été remplacé par la mécanisation, sur les pentes, le travail se fait souvent manuellement.
Après la coupe de la canne, direction la visite du musée pour se familiariser avec l’histoire et les différentes étapes de la fabrication du sucre. Ensuite, les visiteurs sont invités à venir presser les cannes qu’ils ont coupées avant de participer à la préparation d’un cocktail à base de ce jus et des sucres et rhums spéciaux développés exclusivement pour le musée. Les ingrédients sont placés sur un fût tandis qu’une hôtesse propose une recette que l’on suit à la lettre. La visite se termine par une dégustation du cocktail.