On le connaissait surtout comme sportif. Mais Bernard Baptiste, qui a amélioré à trois reprises le record national du lancer du poids le week-end dernier aux championnats nationaux d’athlétisme Vital, avec une performance de 16,47 m, excelle aussi sur le plan académique. Classé troisième côté Sciences à l’issue des examens du HSC à Rodrigues, c’est dans la médecine que ce jeune Rodriguais de 26 ans a choisi de faire carrière. Preuve que la santé, qui passe aussi par le sport, revêt une grande importance pour lui. Le nouveau champion national nous raconte comment c’est davantage la discipline et la rigueur qu’il a eu à adopter qui lui aura permis de jongler entre entraînements et internat à l’hôpital de Rose-Belle. Côté sport, il nous confie que son ambition est de décrocher la médaille d’or aux prochains Jeux des Îles (JIOI) et « tant que je n’atteindrai pas les 18 m, je n’arrêterai pas ! » dit-il, déterminé. Autre corde à son arc, il a été aussi fooballeur de haut niveau. Il était l’attaquant de l’Association sportive de Vacoas Phoenix (ASVP), équipe de Premier League (depuis reléguée), durant la saison 2013-2014.
Aux  Championnats nationaux d’athlétisme Vital le week-end dernier, à Réduit, Bernard Baptiste a non seulement battu le record, jusqu’ici détenu par son ami Sylvain Pierre Louis, mais l’a en outre amélioré à trois reprises, avec 16,20 m au premier essai, 16,32 m au deuxième et 16,47 m au dernier essai. Ce qui a fait de lui le meilleur athlète de ces championnats organisés en prélude aux JIOI, prévus du 2 au 6 août à La Réunion. Cette performance, à n’en point douter, est le résultat d’entraînements intenses qui, avoue le champion national, sont difficilement conciliables avec son année d’internat à l’hôpital de Rose-Belle. Après cinq ans et demi d’études à la SSR Medical School, Bernard Baptiste complète ses 18 mois d’internat à l’hôpital. Dans quelques mois en effet, soit en mars prochain, et « si tout se passe bien », préfère-t-il dire par prudence, il prononcera le serment d’Hippocrate.
Mais comment le champion national se débrouille-t-il pour jongler entre ces deux « métiers » très prenants ? Bernard Baptiste n’a pas de réponse. Quelque peu dépassé par le rythme effréné de sa vie, il ne peut que rire : « Jusqu’à maintenant, je me demande comment j’ai fait. » D’autant que les jours où il est de garde à l’hôpital, ce futur médecin commence sa journée à 9 h du matin pour ne finir que le lendemain à… 16 h.
Entraînements intensifs
Quant aux entraînements, il s’y met à raison de deux fois par jour, soit entre midi et 13 h et entre 16 h et 19 h 30. « Vu l’intensité des fréquences d’entraînement, j’essaie de ne pas en faire les jeudis, samedis et dimanches, car un lanceur de poids a aussi besoin de repos. » Comment gère-t-il l’interférence de sa vie sportive avec son internat ? « Les collègues se montrent très compréhensifs à mon égard. Lundi, ils ont même collé une photo du journal montrant ma performance du week-end. Je pense qu’ils sont contents qu’un médecin fasse aussi du sport en dehors de son travail. Le matin, s’il arrive que je sois en retard, je les préviens et ils comprennent. L’après-midi, souvent, on me dépose à Réduit pour que je m’entraîne au stade. Même la direction de l’hôpital m’a tout de suite permis de me rendre en Afrique du Sud dernièrement. » N’empêche que, reconnaît Bernard Baptiste, « c’est loin d’être évident de concilier les nuits à l’hôpital et les entraînements », ajoutant : « De l’autre côté, votre fiancée se plaint de ne pas vous voir suffisamment… Vous n’avez pas de temps à vous. » Mais c’est un sacrifice auquel ce natif de Grande-Montagne a accepté de consentir. Au fil de la conversation, Bernard Baptiste réalise que c’est la discipline et la coopération entre collègues qui l’aident à garder la tête hors de l’eau.
 Généraliste à Rodrigues
La médecine, c’est un peu par hasard que notre interlocuteur dit l’avoir choisie. « Comme j’avais eu de bons résultats à l’issue des examens du HSC, ce à quoi je ne m’attendais pas – parce que juste avant, j’avais participé aux JIOI de 2007 à Madagascar –, j’ai fait une demande de bourses pour des études en Chine, en Inde et à Maurice. Sans ces bourses, mes parents n’auraient jamais eu le moyen de me payer mes études. J’ai reçu une réponse positive de Maurice et de la Chine. J’ai décliné celle-ci à cause de la barrière de la langue. Il est vrai que maman est “charge nurse” à Rodrigues, mais c’est davantage cette bourse qui m’a décidé de choisir la médecine. » Bientôt, un troisième membre de la famille se lancera dans le métier de la santé, en l’occurrence la soeur du futur médecin, qui entreprendra à Maurice une formation en “Nursing”. Quant à notre champion national, après quelques années d’exercice comme généraliste à Rodrigues – car la bourse qu’il a reçue l’oblige à retourner dans son île natale pour y exercer –, il se verrait bien en spécialiste en médecine sportive.
Que lui apporte le sport pour qu’il y consacre autant d’heures ? « Le sport, surtout le lancer du poids, est un déstressant. Quand vous avez eu une dure journée, cela vous permet de vous défouler et vous évite de manifester de la violence envers votre entourage. J’ai toujours eu besoin du sport. » Bernard Baptiste se souvient que, dès sa quatrième année à l’école primaire, il avait participé au Cross Country. « J’étais quatrième », se souvient-il avec autodérision. À partir de l’âge de dix ans, il pratiquera la course, le javelot et le lancer du poids. Son premier championnat national, il l’a disputé alors qu’il était en Form III. « J’étais classé second. C’est à partir du Form IV que j’ai commencé à être premier. »
Maurice a des chances
Le sport, l’aurait-il aidé à réussir dans ses études, en stimulant chez lui l’esprit compétitif ? « Oui. Quand j’étais au collège, je n’avais pas le temps de faire n’importe quoi. Après les classes, ma vie était rythmée par une routine : entraînements, dîner, douche, devoirs et dodo. Le sport vous apprend à devenir rigoureux, discipliné, voire maniaque. Un lanceur de poids a besoin de beaucoup de discipline et de rigueur. Le sport a aidé à forger mon caractère. Je suis calme et badin. Mais quand il faut travailler, il faut du sérieux. »
Les ingrédients ayant mené à son succès : « Le dur labeur. Il faut savoir se fixer un objectif et travailler dur pour l’atteindre. Il ne faut à aucun moment en dévier. ». Quant à sa devise, c’est de « rester humble et aller de l’avant, même s’il y aura toujours des personnes pour vous mettre des bâtons dans les roues ».
Côté sport, Bernard Baptiste espère détrôner La Réunion aux prochains JIOI en rapportant la médaille d’or car, en 2007, « ils nous prenaient pour des gamins, ce qui était vrai ». Il poursuit : « Sylvain Pierre-Louis (Ndlr : ancien meilleur lanceur de poids national) et moi avions participé ensemble aux JIOI 2007. Nous étions encore jeunes. Il était classé quatrième et moi cinquième. Aujourd’hui, notre désir, c’est de rafler les trois podiums. Nous avons beaucoup mûri depuis 2007. Beaucoup s’accordent à dire que Maurice a des chances de réaliser un triplé en lancer du poids. » Si le nouveau champion compte y rester jusqu’à ses 33 ans, « je ne m’arrêterai toutefois pas sans avoir marqué les 18 mètres ! ». Avec un tel état d’esprit, la chance ne peut que jouer en sa faveur. Du moins, on l’espère !