Chapeau bas àl’île de la Réunion qui organise en ce moment une exposition retraçant les oeuvres et la vie de Bernardin de St-Pierre pour commémorer le 200e anniversaire de sa mort. Au musée Léon Dierx on peut avoir une idée précise de cet homme, ingénieur du roi après la liquidation de la Compagnie des Indes Orientales Françaises ; il était aussi officieusement un évangéliste, devenu avec le temps un littérateur hors du commun malgréles commentaires de certains de ses détracteurs qui trouvent rien de littéraire chez Paul et Virginie et rien de naturaliste dans ses oeuvres traitant de la nature exotique et endémique de l’ancienne île de France. Et de souligner de surcroît qu’il y a une philosophie parallèle et similaire entre Bernardin de St-Pierre et Rousseau.
 La grandeur de Bernardin de St Pierre réside dans les faits que Paul et Virginie est avant tout un livre thématique du catholicisme tandis que La Chaumière indienne, un autre de ses ouvrages, met en exergue le système brahmanique aryanisé. Il est aussi question de classe avec Mme de La Tour et Mme Marguerite. Il y a làun antipode. Si on peut diviser Paul et Virginie en deux parties distinctes je dirai sans ambages que la première partie se rapporte àl’Ancien Testament et la seconde au Nouveau Testament. Un amour mythique et platonique a étél’effet dialectique. Ici, il s’agit d’un grand moment oùla théologie religieuse a réussi sa mission d’amour et de paix.
Étude de la Nature, Harmonie de la Nature entre autres ouvrages de cet auteur constituent aussi des chefs d’oeuvre. Une analyse scientifique et empirique s’avère primordiale. Les Mauriciens ne peuvent se permettre de rester àl’écart de ce riche patrimoine.
Le héros et l’héroïne de Paul et Virginie, en dépit de leur caractère légendaire, sont les prénoms des enfants de Bernardin de St Pierre dans la réalité; Paul étant le fils de la jeune épouse tandis que Virginie est la fille de la vieille épouse de l’auteur de ce célèbre roman. D’oùla caricature de l’hebdomadaire satirique lEclipsedans l’édition du 7 novembre 1875 portraiturant Bernardin, le vieil homme portant sa fille, Virginie, ou peut-être la jeune épouse pour traverser la rivière `Tanier` àgué. Ce dessin signéGill est bourréde significations les unes plus profondes que les autres… Peut-on concevoir ici comme ailleurs cet inceste de la nuit des temps ? Il est question de la relation père-fille et du rapport frère-soeur du berceau au tombeau. Si l’île Maurice ne souffrait pas d’un sens prononcédu tabou j’aurais abordéde manière pédagogique la littérature mauricienne sur cet aspect important. Cela aurait certainement crééun tollé. Dommage, nous ne sommes pas des gens mûrs en ce pays!
 Pour Bernardin de St Pierre, àtitre symbolique et littéraire, Paul est St Paul et Virginie, la Sainte Vierge. C’est cela le côtésublime de ce livre. Que c’est instructif quand on retrouve une ligne de démarcation entre littérature et laïcitéchez Bernardin de St Pierre!
Récemment, Barlen Pillay, haut cadre àla Chambre de Commerce et de l’Industrie de l’île Maurice, a portéàma connaissance une analyse inédite sous sa plume sur le système politique, économique, social et culturel au temps de Bernardin de St Pierre avec pour toile de fond l’esclavage colonial.
Par ailleurs, le livre-document du Dr Vijayen Valaydon sur Paul et Virginie recèle des informations fort intéressantes. Aussi, la télévision nationale doit nous faire vivre l’histoire de Paul et Virginie racontée par cette vieille dame habitant la CitéPaul et Virginie àPamplemousses dans le cadre de cet anniversaire vu que la MBC/TV en avait enregistréde belles séquences.
L’île Maurice, qui a étéle théâtre oùse déroule ce roman tragique, doit éprouver de la honte de n’avoir rien fait pour honorer cette célébrité. Sur ce point on doit remercier notre voisin qui a voléànotre secours. L’île de la Réunion n’est plus l’île soeur mais l’île mère. Voilàune belle leçon d’amour-propre !
Entretemps, en cette île Maurice INDÉPENDANTE et RÉPUBLICAINE (vous autres) on parle beaucoup du mauricianisme mais quand une occasion en or pour construire cette même mauricianitése présente on est comme des c… De quelle identité, parle-t-on donc ? Hypocrisie ou idiotie !« Ki pou fou ar nou, zis blage e kritik lezot ki nou bon ».
 Et pourtant Paul et Virginie, écrit en 1788, est notre fierté; a fait connaître l’île Maurice sur le plan international et aussi dans l’univers littéraire. L’orgueil est un élément vital pour l’émergence d’une nation forte et respectueuse. Heureusement que nous avons de la chance mais malheureusement point de connaissance…
Au cours d’une exposition-vente àl’Aventure du Sucre il y a quelques années de cela j’ai étéémerveilléde voir l’effort qu’avait fait J.C. de L’Estrac : en vue d’encourager la préservation de notre héritage, il avait achetéune édition ancienne de Paul et Virginie pour une assez grosse somme bien qu’il ne soit pas connaisseur. L’instinct parfois nous est utile afin que des livres rares ne quittent pas le territoire mauricien. D’autres qui côtoient le monde patrimonial du Livre n’ont pas débourséun seul sou pour se procurer un exemplaire ou un souvenir de Bernardin de St Pierre. Et puis ils iront faire la leçon aux autres.
De mon côtéje suis en train de traduire Paul et Virginie en kreol sans trahir Bernardin de Saint Pierre. La richesse linguistique et philologique de la langue créole peut aisément relever ce défi. A chaque fois que je vais en France je me fais un devoir d’aller déposer une gerbe de fleurs sur la tombe de Jacques Henri Bernardin de St Pierre, le plus grand ambassadeur de tous les temps que l’île Maurice ait connu, et celle de Ferdinand de Lesseps, qui sont enterrés au cimetière Père Lachaise, Paris XX, parmi les plus connus de ce monde. Un certain Bissoondoyal en avait fait de même.
J’organiserai aussi àMaurice une belle exposition sur Bernardin de St Pierre. Lithographies, estampes, iconographies, gravures sur bois, textes en plusieurs langues aux éditions anciennes, sculptures, horloges, assiettes, tasses, services àdîner, plaques et lanterne magique, cartes, tapis artistique, etc. Et que dire de cette remarquable édition mauricienne qui n’a pu être répertoriée par Paul Toinet dans Répertoire Bibliographique et Iconographique(1963)? Ou encore de Hugues de Jouvencourt avec ses rares lithographies bleues? Mon but ici ne consiste pas àentrer en compétition avec le musée Léon Dierx mais je veux être complémentaire en aidant àtitre bénévole mon pays àse positionner par rapport aux grandes nations culturelles car nous sommes trop loin derrière en termes de sauvegarde de la mémoire.
A quand un musée sur Bernardin de St Pierre oùl’on pourra développer toutes ces idées, ces demi-phrases et faire découvrir de nouvelles avenues aux Mauriciens et aux étrangers? Il est grand temps de nous ressourcer, ne pouvant fournir quelque prétexte cette fois-ci, étant donnéque la source des éléments patrimoniaux est proche… Au travail M. Le Ministre ! Aret dormi, Monsieur le ministre!!!
En attendant, contentons-nous de la collection Bernardin de St Pierre du Blue Penny Museum.