L’année 2013 se termine comme elle a commencé avec un positionnement tous azimuts en vue des prochaines échéances électorales que le Premier ministre a toujours annoncé avec persistance pour 2015 alors que du côté de l’opposition MSM et MMM surtout on estime qu’elles peuvent intervenir à n’importe quel moment et on se prépare en conséquence.
C’est le PMSD qui s’est mis sous les projecteurs de l’actualité dans le cadre d’un contentieux avec le ministre du tourisme Michael Sik Yuen, qui s’est retrouvé en porte à faux avec son parti depuis le limogeage d’un proche de son leader Xavier-Luc Duval, Robert Desvaux. Après une vaine tentative en vue de demander la révocation du ministre du Tourisme, les dirigeants du parti bleu sont revenus à la charge en cette fin d’année afin de demander sa révocation du parti. Les dirigeants du PMSD refusent à ce stade de révéler leur stratégie. Cependant, visiblement le PMSD veut retrouver sa force de frappe au sein du gouvernement, soit en remplaçant le ministre Sik Yuen par un parlementaire fidèle au PMSD et éventuellement faire entrer un nouveau député.
L’année 2013 a été marquée par une guerre des nerfs permanente entre l’alliance gouvernementale et les deux principaux partis de l’Opposition réunis au sein du Remake 2000 avec en premières lignes Navin Ramgoolam, Rashid Beebeejaun et Xavier-Luc Duval dans le camp de la majorité et Sir Anerood Jugnauth et Paul Bérenger dans l’opposition.
L’année a commencé avec à l’esprit les dernières élections municipales qui avaient permis à l’opposition de contrôler trois municipalités sur cinq dont la capitale Port-Louis. Ce qui était considéré par l’Opposition comme une performance honorable, capable d’être répliquée sur le plan national.
Semaine après semaine, l’Opposition, à travers des conférences de presse ou des campagnes de meetings et de congrès à travers le pays, a dénoncé le pouvoir en place, son maintien au pouvoir avec l’aide des dissidents du MSM, la corruption, les abus de pouvoir. Il faut dire que l’opposition n’a parfois pas eu à chercher très loin pour faire ses choux gras. Ainsi les allégations d’agression à la suite d’un accident de la route à Sodnac ont débouché sur la démission de Yatin Varma comme Attorney General lorsqu’il a été révélé que des négociations avec la victime étaient en cours. Les allégations de pédophilie contre un enseignant du MITD ont placé le ministère de l’Éducation et son ministre Vasant Bunwaree dans un véritable tourbillon politique. Les problèmes rencontrés par l’EIILM, un institut de formation appartenant à la famille Jeetah, n’ont pas manqué d’éclabousser le ministre de l’Éducation supérieure Rajesh Jeetah.
La lutte entre les deux principaux protagonistes a été sans merci avec les dirigeants de l’Opposition, en particulier sir Anerood Jugnauth, s’attaquant directement au Premier ministre et leader du PTr Navin Ramgoolam. Ce dernier, en raison sans doute de la fragilité de sa majorité au sein du Parlement, s’est retrouvé souvent sur la défensive et n’a pas épargné l’opposition, utilisant à fond la MBC/TV et les cérémonies socioculturelles pour s’attaquer à ses adversaires du jour. Ses adversaires, eux, l’accusent d’utiliser la police afin de neutraliser ses adversaires politiques. Cependant le PM reconnaît lui-même que faute de majorité confortable il a les mains liées et n’est pas en mesures d’apporter les reformes qu’il aurait souhaité avec pour résultat que des projets majeurs sont en attente, à commencer par la réforme électorale qui est évoquée systématiquement depuis le début de l’année mais qui se fait toujours attendre. Une des dernières déclarations du Premier ministre a été que le livre blanc sur la réforme électorale sera publié incessamment. Mais aucune date n’a encore été fixée. Une loi sur la presse annoncée avec force dans le sillage du passage à Maurice de Geoffrey Robertson qui devait être faire l’objet de discussions a été mise aux oubliettes. A la surprise générale le gouvernement a annoncé la possibilité pour des opérateurs privés de créer des chaînes de télévision privée sans pouvoir toutefois diffuser d’informations. Beaucoup trouvent que l’absence de fermeté de la part du gouvernement a fait qu’en cette période de fin d’année la capitale et certaines autres villes sont devenus des foires ouvertes au détriment des commerçants réguliers et au point de devenir un problème sociétal.
Les débats sur le budget cette année se sont déroulés dans une atmosphère particulière. L’Opposition a visiblement épargné le ministre des Finances sans toutefois faire de cadeau au Premier ministre. L’examen du budget en comité a permis à l’opposition de solliciter beaucoup d’informations, allant jusqu’à mettre en difficulté certains ministres.
L’année 2013 a aussi été marquée par son lot de drames causés soit par la nature soit par des erreurs humaines. Ainsi, l’annonce publique du leader de l’Opposition et du MMM Paul Bérenger qu’un début de cancer avait été identifié au niveau de son amygdale gauche, nécessitant un long traitement à l’étranger, avait provoqué un émoi non seulement dans les milieux de l’Opposition mais dans le pays tout entier. Malgré le fait le fait qu’il a été remplacé avec brio par Alan Ganoo tant au niveau du MMM que du Parlement, son absence devait provoquer un vide politique tant au parlement qu’en dehors du parlement, tenant en compte sa place historique au sein de la société mauricienne durant les 44 dernières années. C’est non sans soulagement que les Mauriciens ont appris que les derniers examens médicaux ont révélé que le cancer a désormais été enlevé, bien qu’un suivi devra être effectué l’année prochaine.
Deux événements devaient toutefois marquer le premier semestre de cette année. En premier lieu les inondations du 30 mars dernier qui ont fait onze victimes. Si les Mauriciens ont bien compris que ce caprice météorologique était le résultat du changement climatique, il était difficile de comprendre les raisons qui ont motivé autant d’accumulation d’eau dans les rues de Port-Louis. De l’avis général cette situation était due à des erreurs humaines. Un malheur ne vient jamais seul, l’accident de l’autobus de la CNT à Sorèze, à l’entrée de Port-Louis, le 3 mai, qui a fait une dizaine de victimes et de nombreux blessés, provoqua un véritable état de choc dans le pays. Ces deux événements ont été au centre des débats politiques durant plusieurs semaines, mettant en exergue des faiblesses infrastructurelles.
L’année 2014 sera-t-elle l’année des élections générales ? C’est la grande question en cette fin d’année d’autant que le gouvernement a décidé de ne pas organiser le sommet du Commonwealth initialement prévu en 2015. Toujours est-il que l’année prochaine sera celle de la campagne électorale. On s’attend à un durcissement des débats et à une radicalisation des positions respectives. L’alliance gouvernementale part avec l’avantage d’avoir bon an mal an permis au pays de traverser la crise internationale et de le positionner vers la reprise. L’Opposition insistera sur les nombreux scandales qui ont caractérisé le pouvoir en place depuis 2010. La lutte ne sera pas facile pour d’un côté comme de l’autre. L’essentiel est que le pays puisse en sortir gagnant.