L’Ong Eco-Sud a logé en juillet une injonction pour réclamer l’arrêt des travaux sur un terrain près du parc marin de Blue-Bay. Le ministère de la Pêche, promoteur du projet, compte y ériger un centre de recherches destiné à ce site. Hier après-midi, le juge Pritviraj Fekna, en présence d’officiers de plusieurs ministères ainsi que des membres d’Eco-Sud et de leur homme de loi, Me Ruby Sarah, a fait un constat des lieux pour déterminer les répercussions des travaux sur le parc marin.
À Blue-Bay, précisément sur un lopin de terre appartenant au ministère de la Pêche – à proximité du parc marin –, les travaux avancent à grands pas, et ce bien que l’endroit ait été classé « site Ramsar » en 2008, soit 11 ans après avoir été décrété parc national. Les premiers blocs sont déjà entreposés pour ce qui servira de quartier général au Blue-Bay Marine Parc. Au ministère de la Pêche, on avance que l’édifice est nécessaire. L’ancien bâtiment abritant le centre d’informations, « un vieux campement » autrefois situé en face de la plage publique, est aujourd’hui en état de décrépitude. « L’édifice était loué par le ministère de la Pêche. Compte tenu de la situation, il était temps que le ministère se dote de son propre bâtiment », explique un officier du ministère de tutelle. C’est ainsi qu’en juin dernier, les premiers coups de pioches ont été donné sur une parcelle de terrain appartenant au ministère, proche du parc marin, pour le nouveau local. Un site où, selon notre informateur, « il sera plus facile de gérer les activités du parc marin ». Ce projet se butte toutefois aux activistes et écologistes de la région car, selon ces derniers, il représente une « menace » pour les 353 hectares de zones humides de cette région côtière, principalement pour la faune et la flore dont ils regorgent.
Eco-Sud, une des organisations siégeant au comité de gestion du parc marin, pointe du doigt surtout l’opacité de ce projet. Son président, Alain de Falbaire, indique qu’à aucun moment, « les promoteurs n’ont mentionné la nature des travaux et encore moins du bien-fondé de ce projet ». Déplorant l’absence d’une table ronde avec les stakeholders de la région, ce dernier indique que ce projet a éveillé « beaucoup de confusions » au sein de la communauté de Blue-Bay. Et de mentionner : « Du jour au lendemain, sans tambour ni trompette, nous avons vu que les travaux avaient bel et bien commencé. Mais quant à la nature du projet, nous n’en n’avons pas la moindre idée. » L’absence d’un Notice Board pour indiquer la nature des travaux est ainsi déploré.
Du côté des habitants, c’est la destruction potentielle d’un patrimoine marin qui est craint. Œuvrant pour la sauvegarde et la préservation du parc marin, il est principalement reproché aux autorités d’empiéter sur la « buffer zone » de ce site d’importance internationale. L’érosion des sols, avec l’abattage d’arbres dans cette région, est également craint car elle risquerait d’avoir des répercussions directes sur le parc marin, déjà vulnérable du fait de la sédimentation. Raison pour laquelle Eco-Sud est d’avis qu’un Environment Impact Assessement (EIA) est nécessaire. « Ce projet a mis la terre à nu, alors qu’avant, ce même lopin de terre était retenu par les arbres. Cette construction a provoqué la destruction d’un écosystème », soutient-il. Selon notre intervenant, un EIA aurait permis de limiter les dégâts.
Du côté du ministère de la pêche, on indique que le projet ne nécessite pas de tels permis. Pour les habitants, ce projet est synonyme de véritable « massacre ». Ayant fait une demande d’injonction, les protestataires espéraient que cette action juridique ralentirait les travaux. « Mais ceux-ci avancent à grand pas », déplore Eco-Sud. Alain de Falbaire explique : « La cour aurait dû demander l’arrêt temporaire des travaux. Le tort a déjà été causé. » Et d’estimer que les travailleurs engagés sur le site de construction auraient dû être sensibilisés pour limiter les dégâts.
Hier après-midi, le juge en chambre, Pritviraj Fekna, a effectué une visite des lieux pour mieux comprendre la position d’Eco-Sud et déterminer si ce projet du ministère de la Pêche doit être gelé ou pas. L’affaire sera appelée la semaine prochaine. Rappelons que le parc marin de Blue-Bay, l’estuaire de Terre-Rouge ainsi que les terrains marécageux de Pointe-d’Esny sont tous des sites classés Ramsar.